
Conte les Deux Martins Live
Conte sur l'amitié, cette présence à l'autre et à soi si intense que la rencontre coeur et esprit est entière. Les différences et les similitudes prennent alors une dynamique nourrissante. Dans la puissance et la profondeur de la simplicité, celle des deux Martin qui retournent à la Source. Et se retirent, à la façon du Tao pour prendre sa place unique parmi les étoiles. J'ai inventé et conté cette histoire en live et remercie de tout coeur la vie Merci Zidong Li de Pexel pour la photo
Script
Très chers tous,
Je vais vous raconter l'histoire des deux Martins.
C'était au temps jadis qui pourrait être demain.
Les deux Martins ne se connaissaient pas et pourtant ils se connaissaient déjà.
Le premier Martin était musicien.
Il allait de ville en ville avec un talent hors du commun.
Tout ce qu'il touchait était musique.
Bien sûr,
Il avait son piano.
Bien sûr,
Il avait sa trompette.
Mais ses instruments étaient faits de bruit,
De papier qu'on froisse,
De petits morceaux de bois avec lesquels on fait de la musique.
Martin était très talentueux.
Martin était musique.
Martin était l'air qui passe dans la trompette.
Martin était note de musique,
Note de musique,
Harmonie,
Mélodie,
Rythme.
Il ne vivait que pour sa musique.
En saltimbanque,
Il allait de ville en ville faire entendre ses notes.
Martin pratiquait également le papier froissé.
Il pratiquait également le rasoir électrique.
Il pratiquait également les noyaux de cerise et les tuyaux d'arrosage.
Martin aimait la musique et il allait de ville en ville faire écouter ses sons.
Il allait regarder avec ses petits yeux tout rond,
Vif,
Espiègle parfois.
Il allait donner généreusement,
Donner,
Donner ce qu'il était.
Et ce qu'il était,
Était son,
Sonorité,
Musique,
Chant parfois.
Lorsqu'il voyait un piano,
Il ne pouvait pas résister.
Il allait de blanc en noir et sautillait à l'intérieur.
Ça ne se voyait pas dehors.
Martin avait développé tout un univers que chacun pouvait sentir,
Pouvait voir.
Et puis,
Il y avait un autre Martin.
Celui-là était clown.
Si le premier Martin avait fait de tous ses instruments de musique sa famille,
Le second Martin avait eu le bonheur de naître dans une famille qui l'aida,
Qui l'aida à grandir,
Qui l'aida à apprendre,
Qui l'aida à devenir ce que sa famille trouvait bon qu'il devint.
Mais ce second Martin n'était pas satisfait.
Ce second Martin voulait vivre pleinement,
Danser,
Crier,
Chanter,
Rire.
Mais sa famille était bien trop sérieuse.
Sa famille voulait qu'il fasse des études,
Qu'il fasse cagne,
Hippocagne,
Qu'il devienne sérieux,
Un vrai monsieur.
Mais lui,
Ça ne l'intéressait pas.
Alors bien sûr,
Pour ne pas vivre le détachement,
Il a choisi de faire ses études.
Et puis,
Il est devenu un monsieur,
Un monsieur sérieux.
Mais par chance,
Un jour,
Le deuxième Martin est tombé dans le clown.
Alors là,
Les moustaches lui ont poussé,
Il les a frisés.
Oui,
Il en avait des bacantes,
Des bacantes avec une petite forme ronde.
On aurait dit une balançoire,
On aurait dit une balançoire pour les mouches.
Et ça,
Elle faisait beaucoup rire,
Le second Martin,
D'avoir ces bacantes.
Et ce second Martin,
Très sérieux,
Lui aussi,
Dès qu'il pouvait s'extraire de son métier sérieux,
Aller de ville en ville,
De cœur en cœur,
Jouer le clown.
Et ces deux Martins vivaient leur vie tranquillement,
Parfois sérieusement et parfois moins sérieusement.
Ces deux Martins vivaient un peu en parallèle l'un de l'autre.
Ils sillonnaient les villes,
Ils sillonnaient les villages.
Et puis un jour,
Très étonnamment,
Le Martin musicien était extrêmement pressé.
Alors il courait dans une ville où on court,
Où tout le monde court d'ailleurs.
Et sans regarder où il allait,
Il est rentré,
Pouf,
Dans l'autre Martin.
Et l'autre Martin a frisé ses moustaches et a vu le premier Martin,
Avec tous ses instruments dans ses poches,
Ses petits bruits,
Ses musiques.
Ils se sont regardés,
Et comme les regards que nous connaissons si bien,
Ces regards qui permettent de voir l'autre vraiment,
Ils se sont vus dedans,
Ils se sont rencontrés.
Quel bonheur !
Ni l'un ni l'autre ne trouvaient que dire.
Et juste dans l'instant de cette rencontre,
Les pieds bien sur terre et la tête complètement en l'air,
Ils se sont regardés.
Et surtout,
Ils se sont vus.
Alors les deux Martins se sont dit,
Nous devons faire quelque chose ensemble.
Alors l'un et l'autre ont associé leur capacité à la musique,
Leur capacité à la clonerie.
Et ils ont commencé à déconner,
Mais complètement déconner.
Ils racontaient des histoires,
Tout aussi délirantes les unes que les autres,
Et ils hurlaient de rire,
D'un rire parfois fracassant,
D'un rire qui était tellement communicatif qu'autour d'eux,
D'autres rencontres étaient possibles.
Et alors,
Ils essaimaient,
Ils essaimaient cette liberté d'être,
Cette brusquerie parfois.
Martin se mettait au piano,
Martin se mettait à l'histoire,
Et il partait en embarquant tout le monde dans le voyage,
Transformant chacune des personnes qui venaient s'agglutiner à ce brouhaha,
Devenaient le héros de sa propre vie.
Et ces deux Martins explosaient de rire,
N'arrêtaient pas de sauter,
De calembours,
En jolis mots et parfois en grossièreté.
Ces deux Martins s'entendaient tellement bien.
Lorsqu'ils étaient ensemble,
Quelque chose pouvait s'embraser,
S'embraser tellement fort que l'ensemble des personnes qui les entouraient brûlaient avec eux,
Brûlaient d'une passion intense,
D'une passion qui rit,
D'une passion qui danse.
Cette passion les collait l'un à l'autre,
Et lorsqu'ils se décollaient,
Ils en étaient bien tristes.
Ce feu ardent adhérent était là et les consumait.
Et puis un jour,
Tout à fait par hasard,
Les deux Martins,
Bras dessus,
Bras dessous,
Marchaient dans une autre ville,
Une ville où l'on courait moins,
Une ville où l'on pouvait danser.
Les deux Martins étaient surpris parce que le Martin très sérieux n'aimait pas trop danser.
Il aimait bouger son corps,
Bien sûr,
Mais il n'avait jamais goûté la biodanza.
Il la trouvait un peu superficielle,
Un peu facile,
Un peu artificielle.
Et l'autre Martin,
Le Martin musicien,
Lui disait non,
Regarde,
Regarde,
Sans éprouve.
Et le second Martin était d'accord,
Mais pas très convaincu.
Et tous les deux,
En cheminant,
Entrèrent dans cette ville où l'on dansait.
Ils se mirent à danser,
Chacun avec son rythme,
Son envie,
Son vocabulaire,
Son histoire.
Et à un moment,
Martin le musicien prêta l'oreille et il dit à l'autre Martin,
N'entends-tu pas une source ?
Interloqué,
L'autre Martin tendit l'oreille à son tour.
Ah oui,
Tu as raison,
Un petit crépitement d'une source.
Qu'est-ce donc ?
Les deux Martins abandonnèrent la foule qui était en train de s'embraser de rire et suivèrent le son de la source.
À force de marcher,
Les deux Martins arrivèrent à une sorte de lac extrêmement tranquille,
Aux eaux cristallines.
Cet endroit était féerique,
Tout à fait surprenant puisqu'il était en ville,
Un endroit urbain et pourtant totalement sauvage.
L'eau était à la fois tranquille et de l'autre côté jaillissante,
Bouillonnante.
Les cascades faisaient un bruit terrible qui s'apaisait tranquillement à force de couler.
Les deux Martins se regardèrent,
Se regardèrent comme pour la première fois qu'ils s'étaient vus,
Avec ce regard qu'ils voient dedans.
Ils ne savaient pas de quoi il s'agissait,
Mais ils se sont dit « Quelque chose se passe sous nos yeux là maintenant,
Mais qu'est-ce donc ?
» Alors,
Ils ont décidé de s'immerger,
D'aller dans ce petit lac tranquille,
Aux eaux cristallines.
Le premier Martin immergea son corps et retrouva le plaisir de la danse.
Il était caressé de partout par ces eaux cristallines.
Et le second Martin frisa ses moustaches.
Voyez bien que le premier Martin prenait du plaisir à ces eaux cristallines,
À ce mouvement libre.
Et pourtant,
Pourtant quelque chose lui échappait.
Il regardait le premier Martin avec curiosité.
« Qu'est-ce qu'il a donc senti,
Touché,
Compris,
Que je ne saisis pas ?
» Les deux Martins se regardèrent à nouveau.
Et puis ils se dirent « Prêtons l'oreille,
Prêtons l'oreille à cette source.
» Et la source,
Progressivement,
Se mit à onduler.
La source abritait un être,
Un être qui n'était pas visible par des yeux inexpérimentés.
Un être qui ne pouvait être vu qu'avec les yeux du cœur.
Les deux Martins commencèrent à voir une forme féminine,
D'une douceur exquise,
D'une rondeur parfaite.
À force de regarder,
Les deux Martins virent que cette forme,
Cette forme aquatique,
Fluide,
Ondulante,
Avait des yeux d'un bleu aussi cristallin que le petit lac par lequel ils étaient entrés.
Les deux Martins commencèrent à étendre leurs mains pour essayer de saisir cette forme.
Mais cette forme était insaisissable.
Et pourtant,
Ils étaient comme enduits,
Comme si cette eau devenait un ongan qui les parcourait complètement.
Et ils se mirent à rire,
À rire,
À rire.
Le second Martin dit « Je ne comprends rien,
Mais c'est fantastique.
Je ne comprends rien,
Mais c'est tellement bon.
» Les deux Martins et la forme ondulante se mirent à danser.
Ils étaient tellement heureux de ce trio,
Un trio improbable et pourtant tellement puissant.
Les deux Martins commencèrent à essayer de caresser cette forme.
Et cette forme aimait sentir leurs mains,
Sentir leur contact,
Sentir leur présence.
Ils étaient comme deux grands séquoias.
Ils étaient immenses par rapport à cette petite forme ronde,
Aux yeux cristallins.
À un moment,
Les deux Martins se dirent « Mais lequel de nous deux peut prendre possession de cette forme ?
» Et puis la forme leur dit « Quelle drôle d'idée.
Pourquoi ?
Pourquoi ?
Pourquoi ?
Je n'ai pas envie de choisir entre vous deux.
Vous êtes mes séquoias.
Je sens qu'à votre contact,
Je peux continuer de gambader,
De couler,
De crépiter,
De sautiller.
Et ça me va comme ça.
» Les deux Martins étaient un peu interloqués.
Comment est-il possible que nous soyons unis tous ensemble dans cette même unité dansée,
Vivante,
Sans prendre possession,
Sans saisir ?
Et puis cette forme était tellement convaincante.
Avec ses grands yeux bleus,
Cette forme cristalline semblait dire « Laisse faire.
Entre dans le plaisir d'être.
Entre dans la jouissance d'être vivant.
» Progressivement,
Les deux séquoias sentirent que toute leur vie,
Ils avaient couru,
Chanté,
Dansé,
Fait les clowns,
Fait de la musique.
Mais ils n'avaient pas rencontré l'essentiel,
L'essentiel qui se miroitait dans ses yeux bleus cristallins.
L'essentiel était leur cœur.
Ils venaient de se sentir vivants de l'intérieur,
Plus besoin de public,
De déconnades et autres places.
Non,
Ils pouvaient s'asseoir et sentir qu'ils étaient vivants.
Et c'était tellement bon.
Alors,
Dans un élan d'affection totale,
Entière,
Libre,
Les deux séquoias et la forme ronde aux yeux cristallins se sont unis.
Se sont unis dans une immense,
Une immense forme qui voulait dire oui,
Oui,
Oui,
Oui à la vie,
Oui à la vie ici et maintenant,
Sans rien saisir.
Et puis,
Les deux martins ont décidé de boire à cette source,
De boire ce que cette source proposait,
De boire cette eau cristalline.
Cette petite rivière,
Cette petite source,
Ce petit lac étaient peut-être faits pour s'abreuver.
Alors,
Les deux martins se sont mis à boire,
À boire et à boire encore.
Et puis,
Une fois rassasiés,
Ils ont senti à l'intérieur que quelque chose se passait.
Parce que la petite forme cristalline n'avait pas tout dit.
Elle n'avait pas dit qu'elle n'appartenait pas à ce monde,
Qu'elle souhaitait n'être que merveille.
Et alors,
La petite forme cristalline s'était insérée dans le corps des deux grands séquoiens.
Et alors,
Qu'ils buvaient cette eau magique,
Cette eau merveilleuse,
La petite forme cristalline avec le ruisseau et le lac ont progressivement disparu.
Et les deux martins sont devenus progressivement matière céleste.
Et les deux martins sont allés au firmament ajouter leurs deux étoiles.
Et le soir,
Si vous le souhaitez,
Vous pouvez,
Lorsque le ciel est très dégagé,
Voir cette voix céleste,
Cette voix céleste,
Cette petite source cristalline était fille de la voie lactée.
Cette petite source cristalline est visible par nuit de ciel dégagé.
Et si vous regardez bien,
De chaque côté de la voie lactée,
Vous verrez deux étoiles qui ressemblent à des séquoias,
Deux étoiles qui brillent,
Qui brillent,
Qui brillent,
Parce que ce trio merveilleux,
Magique est réuni à jamais.
Et il est,
Pour tout le monde,
Pour tous ceux qui savent voir,
Source d'inspiration,
De volupté,
De créativité,
De rire,
Sérieux et profond.
Ainsi,
Si ce soir le ciel est dégagé,
Je vous invite à aller voir la voie lactée et peut-être verrez-vous cligner les yeux de la petite source cristalline et peut-être verrez-vous ces deux étoiles briller,
Briller,
Briller comme deux martins,
Séquoias.
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