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Avancer ensemble

by Florence Lamouret

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Conte enregistré en live, merci aux participants ! Je vous propose de partir à la rencontre de Yanis le pêcheur qui voulait être utile à la collectivité. Ensemble nous allons partager le chemin qui l’amène à mieux communiquer avec les gens de son village. Je vous invite à assister à sa prise de conscience, un peu comme si nous étions tout à côté de lui. Du fond de mon coeur Photo : merci à pexels pour cette jolie illustration

Script

Je vous invite à vous poser là où vous vous trouvez,

C'est-à-dire dans votre bassin.

Sentir vos pieds posés sur le sol,

Sentir la totalité de vos orteils dans vos chaussures et puis sentir que vous pouvez vous poser pleinement,

Totalement,

En vous-même en lâchant les épaules,

Lâchant la mâchoire,

Laissant la langue tomber dans la bouche,

Les yeux se poser dans leur cavité orbiculaire,

Comme des hamacs,

Les yeux se posent,

Se reposent.

Il n'y a rien à faire,

Juste être là et goûter ce qui se passe.

Vous pouvez sentir l'air qui entre quand vous inspirez,

L'air qui sort et tous les bruits qui nous entourent participent à ce moment de sieste méditative.

Un moment pour toi,

Un moment exclusivement pour toi,

Sentir à l'intérieur quelque chose se calme,

Quelque chose se pose,

Se dépose et alors que ma voix chemine dans cet espace que dehors des gens jouent,

Peut-être entends-tu ton souffle entrer,

Ton souffle sortir,

Peut-être entends-tu les battements de ton cœur,

Peut-être entends-tu les personnes qui bougent autour de nous et je vais t'inviter tranquillement à entrer dans une histoire.

Dans un village de pêcheurs au bord de la mer,

Les journées s'écoulaient paisiblement.

L'air portait l'odeur du sel et l'odeur des herbes sèches.

Chaque jour au retour de la pêche,

Les villageois se réunissaient pour se répartir le poisson de déjeuner.

Et chaque dernier dimanche du mois,

Tout le monde revenait sur la place du village pour examiner et réparer les filets.

C'était très difficile parce que les filets étaient tous mélangés.

Il y avait des filets de toutes les tailles,

Des vieux,

Des récents,

Des filets qu'on traîne au fond de la mer,

Des filets qu'on utilise à la surface de l'eau.

La place du village ressemblait à un marché encombré de couleurs,

De matières,

De tas de filets aux formes différentes.

Et tous les derniers dimanches du mois,

Les villageois se retrouvaient et prenaient le temps ensemble de décider ce qui était à faire avec ces filets.

Chaque décision semblait appartenir à tout le monde.

Est-ce que nous réparons ce filet ou bien faut-il le recoudre,

Le clouer,

Le coller ou bien le garder en l'état ou peut-être le découper ?

Parmi les villageois,

Il y avait un jeune homme prénommé Yannis.

Yannis n'était ni agité,

Ni bruyant,

Ni impatient mais en lui,

Les idées naissaient plus vite que la parole.

Comme si ces idées existaient déjà quelque part.

Quand il voyait une solution,

Il la voyait d'un coup.

Ce filet,

Il fallait le couper ou celui-là,

Il fallait le coudre ou bien il fallait défaire le nœud.

Alors,

Il agissait,

Il faisait comme il pensait bon de faire sans se soucier des autres.

Au début,

Cela surprenait tout le monde mais parfois,

Ça aidait qu'il agisse aussi vite.

Mais peu à peu,

Des silences,

Des regards,

Des tensions s'installèrent parce qu'il agissait tout seul.

Yannis ressentait ces tensions.

Il se disait,

Il y a quelque chose dans ma façon d'être qui dérange.

Je me sens rejeté alors que je fais de mon mieux pour aider le village à réparer,

Défaire,

Recoudre les filets.

Lentement,

Face à cette sensation d'être rejeté par le village,

Il commençait à se retenir d'agir.

Il laissait passer ses idées sans les partager.

Il attendait,

Observait et se calait sur le rythme des autres.

A l'extérieur,

Tout semblait fonctionner.

Le village retrouvait son calme habituel quand Yannis ne faisait pas.

Mais à l'intérieur de Yannis,

Quelque chose se contractait,

Quelque chose se resserrait.

Ses élans continuaient de naître,

Mais il restait enfermé à l'intérieur de lui-même.

C'était douloureux.

Une forme d'impatience,

Une forme d'irritation s'accumulaient.

Et régulièrement,

Sans prévenir,

Tout sortait d'un coup très fort,

Trop fort,

Comme si ce qu'il avait retenu cherchait à exister en une seule fois.

Alors il s'emparait des filets,

Découpait,

Cousait,

Dénouait.

Les villageois le critiquaient et le regardaient avec mépris parce qu'il agissait tout seul.

Mais ce dimanche,

Ce dernier dimanche d'avril,

Alors que les villageois étaient réunis face à un nœud complexe qu'ils ne parvenaient pas à défaire,

Ce dimanche,

Le ciel était couvert,

Le ciel était tendu,

Comme l'atmosphère du village.

C'était très embêtant,

Ce gros nœud qu'on n'arrivait pas à défaire,

Parce que justement ce filet-là,

C'est celui qui rapportait le plus de poissons.

Chacun commençait à avoir peur de ne plus avoir à manger.

S'il n'y a plus de nourriture,

Qu'allons-nous devenir ?

Yannis observait les mains des villageois qui cherchaient à défaire le gros nœud du filet.

Les villageois se fâchaient,

Ils n'étaient pas du tout d'accord sur ce qu'il fallait faire et plus ils tiraient et plus le gros nœud se serrait davantage.

Et soudain,

Ce fut évident,

Évident pour Yannis,

Il s'approcha,

Il prit le filet à pleine main,

Déplaça la main des autres villageois et tira tellement fort,

Avec une telle dextérité,

Que le nœud céda,

Assez rapidement d'ailleurs.

Le filet se déploya,

On aurait pu croire qu'un soulagement pouvait parcourir le village.

Et pourtant,

Le nœud défait,

Le filet déployé et pourtant,

Le visage des villageois était fermé.

Plus personne ne disait rien,

Le silence était lourd.

Un ancien français des sourcils éleva les yeux vers Yannis avec gravité et il dit « Ici,

On ne coupe pas les gestes des autres ».

Cette phrase resta suspendue dans l'air,

L'air était lourd,

Pesant,

Énorme.

Les villageois regardèrent Yannis avec mépris.

Dans la dureté de leurs regards,

Ils s'écartèrent de Yannis.

Yannis sentit quelque chose se refermer sur lui.

Il quitta le village avec la sensation d'être de trop.

Il était terriblement triste,

Il avait voulu aider,

Il avait même réussi à dénouer ce nœud et pourtant,

Le village l'avait rejeté.

C'était extrêmement douloureux pour Yannis,

Il ne comprenait pas.

Il s'assit face à la mer et se dit « Je voulais juste aider,

Mais c'est quoi ce malaise ?

Pourquoi me regarde-t-il avec autant de mépris ?

C'est quoi le problème ?

» Et puis,

Très triste,

Il se dit « Mais ce n'est pas la première fois que je ressens ça ».

Les images lui vinrent,

Les autres dimanches où il avait essayé d'aider à sa manière en prenant les filets tout seul pour dénouer ou pour recoudre ou pour couper.

Dans ces moments-là,

Il lui arrivait de couper la parole des autres villageois.

Sans s'en rendre compte,

Lui,

Il était désireux de régler le problème.

Un ensemble de moments lui revint à l'esprit « Ah oui,

C'est vrai,

J'ai agi tout seul peut-être,

C'est ça ce que voulait me dire le vieux,

Mais pourtant ce que je fais est juste,

Je parviens à réparer ou à défaire les nœuds ».

Il se sentait en décalage avec les autres,

Il ne comprenait pas pourquoi il était rejeté alors qu'il était utile au village.

Et il se dit « Mais est-ce que je m'impose ?

Est-ce que je suis trop ?

Ce n'est pas mon intention mais c'est peut-être ça ce qu'ils vivent,

Ils vivent peut-être le fait que je m'impose à eux ».

Et cette pensée fit venir un désespoir immense,

Un désespoir qui submergea Yanis comme une vague.

Le silence s'installa,

Il était là face à la mer,

Même le vent semblait s'être arrêté,

La mer semblait n'exister plus.

Une autre question émergea « Et si le problème n'était pas ce que je fais mais comment je le fais ?

».

Cette question ouvrit comme une sorte d'éclair,

Une éclaircie dans la pensée d'Yanis,

Comme un chemin.

Yanis sentit quelque chose bouger en lui,

Il décida de chercher une solution,

Alors il décida de se retenir complètement,

De ne rien dire,

De ne rien faire même s'il voyait clairement la solution dans le nœud des filets.

Les autres continuaient à leur rythme et bien sûr les filets ne se réparaient pas parce que les autres villageois étaient à leur rythme mais ils ne voyaient pas la solution.

Et à l'intérieur de Yanis,

C'était terrible,

Cette énergie était muselée,

Il se sentait complètement éteint,

À force de s'empêcher de dire,

Il s'était éteint.

Le soir il se dit « D'accord,

Je ne suis pas rejeté par les autres mais c'est tellement douloureux,

Je disparais à moi-même ».

Alors il tenta autre chose,

Il voulait maintenant être totalement lui-même,

Sans filtre,

Il parla comme avant,

Agit comme avant,

Suivit ses élans intérieurs sans attendre et les choses,

Bien sûr,

Revinrent comme avant,

Les autres le rejetèrent,

Les regards se fermèrent à nouveau et de nouveau il était exclu du village,

Le même malaise,

Le même profond désespoir et il se dit « Si je ne parle pas,

Je souffre dedans et si je parle,

Je suis rejeté mais que se passe-t-il ?

Donc ce n'est pas ce que je fais mais comment je le fais ?

» Il continue de chercher et il se dit « Peut-être que les autres se croient attaqués par le fait que j'ai la solution,

Par le fait que j'agisse très vite à mon rythme à moi et s'ils se sentent attaqués,

Ils se défendent.

» Alors le cœur de Yanis fut bouleversé par cette idée,

En fait ils ne me veulent pas de balle,

Ils se sentent juste agressés.

Yanis,

Face à la mer,

Sentit le vent plus présent cette fois,

Il sentit le vent sur sa peau et soudain une idée lui apparut,

Une idée toute simple « Je ne dois ni m'écraser,

Ni m'imposer,

Je ne dois ni m'écraser,

Ni m'imposer,

Je ne dois ni m'écraser,

Ni m'imposer.

» Mais alors quoi ?

Yanis resta là,

Respira le vent,

Laissant frissonner la surface de sa peau et regardant le vent plisser la surface de l'eau.

Et là,

Il comprit « Je n'ai pas besoin de changer qui je suis,

J'ai besoin d'annoncer,

De dire ce que je vais faire,

Pas demander la permission d'exister,

Non,

Je n'ai pas besoin de m'excuser d'être,

Je comprends enfin.

Je vais en somme ouvrir un espace,

Laisser les autres prendre le temps dont ils ont besoin.

Ce n'est pas ce que je fais le problème,

C'est comment je le fais.

Je me rends compte qu'en agissant tout seul,

Sans considération des autres,

Et bien les autres se sentent attaqués.

Mais si c'est ça,

Je peux faire autrement.

» Le mois suivant,

Devant les filets emmêlés,

Yanis sentit l'élan intérieur qu'il connaissait bien,

Cette envie irrépressible,

Cette envie puissante d'agir,

De parler même si les autres parlent aussi,

De couper la parole,

De faire.

Il sentit l'élan de dénouer tout seul.

Et puis il dit,

En regardant chacun des membres du village,

« J'ai une idée,

Je voudrais vous partager mon idée.

» Et il s'aperçut qu'il n'avait jamais regardé les membres du village.

Il leur dit,

« Mon idée peut changer les choses.

Est-ce que je peux vous la proposer ?

Vous voulez voir ?

» Alors,

Les villageois qui n'avaient jamais été regardés,

Purent enfin lâcher les mains et ouvrir l'espace pour que Yanis leur montre.

Le regard de Yanis,

Ouvert envers les villageois,

Yanis prit le temps de leur montrer.

Il leur montra ce qu'il faisait et comment il le faisait.

Et quelque chose changea.

Les autres pouvaient entrer dans le mouvement ou pas.

Ils n'étaient plus emportés malgré eux dans une solution qui leur était imposée.

Chacun avait le temps de choisir s'il participait ou pas,

Si la solution proposée leur parlait ou pas.

Et à partir de ce jour,

Yanis continua d'initier,

De proposer,

De transformer.

Parfois,

Cela dérangeait et parfois,

Cela ouvrait.

Mais depuis ce jour,

Il ne prenait plus ses réactions,

Les réactions des villageois,

Comme un rejet de qui il est.

Il comprit que son énergie n'était pas une erreur à corriger,

Mais une force à apprivoiser.

Il comprit qu'il n'avait pas à se retenir d'être qui il est.

Il avait juste à regarder les autres et à ouvrir la possibilité pour chacun d'exprimer ce qu'il est.

Il comprit que pour faire bouger le monde,

Cela demande parfois une chose très simple.

Laisser le vent être senti avant qu'il ne souffle,

Cela demande de laisser à chacun la possibilité d'exprimer à son rythme ce qui est important pour soi.

Et depuis ce jour,

Règne dans le village une paix renouvelée,

Une paix dans laquelle chacun peut exprimer à son rythme ce qui est important pour lui.

Et alors,

Tous les filets du village,

Enfin en bon état,

Recousus,

Dénoués,

Peuvent recueillir tous les poissons nécessaires à nourrir tout le monde.

© 2026 Florence Lamouret. All rights reserved. All copyright in this work remains with the original creator. No part of this material may be reproduced, distributed, or transmitted in any form or by any means, without the prior written permission of the copyright owner.

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