
Le Petit Prince (Chap.3-5)
by Kathy
Cette fabuleuse histoire a des messages intemporels pour tous les âges. Laissez-vous porter par les aventures de l'aviateur et de son jeune ami plein de sagesse et de douceur. Si vous appréciez ces premiers chapitres, faites un petit don ou envoyez moi un message: cela m'aidera à bientôt produire les enregistrements suivants. "S'il vous plaît... dessine-moi un mouton !" (Musique de Kai Engel et Doctor Turtle.)
Script
Troisième chapitre et il me fallut longtemps pour comprendre d'où il venait.
Le petit prince qui me posait beaucoup de questions ne semblait jamais entendre les miennes.
Ce sont des mots prononcés par hasard qui peu à peu m'ont tout révélé.
Ainsi quand il aperçut pour la première fois mon avion je ne dessinerai pas mon avion.
C'est un dessin beaucoup trop compliqué pour moi.
Il me demanda qu'est ce que c'est que cette chose là ?
Ce n'est pas une chose,
C'est un avion,
C'est mon avion.
J'étais fière de lui apprendre que je volais.
Alors il s'écria Comment ?
Tu es tombé du ciel ?
Oui,
Fis-je modestement.
Ah ça c'est drôle !
Et le petit prince eut un éclat de rire qui m'irrita beaucoup.
Je désire que l'on prenne mes malheurs au sérieux.
Puis il ajouta Alors toi aussi tu viens du ciel ?
De quelle planète es-tu ?
J'entrevis aussitôt une lueur dans le mystère de sa présence et j'interrogeais brusquement.
Tu viens donc d'une autre planète ?
Mais il ne répondit pas.
Il hochait la tête doucement tout en regardant mon avion.
C'est vrai que là dessus tu ne peux pas venir de bien loin.
Et il s'enfonça dans une rêverie qui dura longtemps.
Puis,
Sortant mon mouton de sa poche,
Il se plongea dans une contemplation de son trésor.
Vous imaginez combien j'avais pu être intriguée par cette demi-confidence sur les autres planètes.
Je m'efforçais donc d'en savoir plus long.
D'où viens-tu mon petit bonhomme ?
Où est-ce chez toi ?
Où veux-tu emporter mon mouton ?
Il me répondit après un silence méditatif.
Ce qui est bien avec la caisse que tu m'as donnée,
C'est que la nuit ça lui servira de maison.
Bien sûr !
Et si tu es gentil,
Je te donnerai aussi une corde pour l'attacher pendant le jour et un piquet.
La proposition parut choquer le petit prince.
L'attacher ?
Quelle drôle d'idée !
Mais si tu ne l'attaches pas,
Il ira n'importe où et il se perdra.
Et mon ami eut un nouvel éclat de rire.
Mais où veux-tu qu'il aille ?
N'importe où,
Droit devant lui.
Alors le petit prince remarqua gravement.
Ça ne fait rien,
C'est tellement petit chez moi.
Et avec un peu de mélancolie peut-être,
Il ajouta.
Droit devant soi,
On ne peut pas aller bien loin.
Chapitre 4 J'avais ainsi appris une seconde chose très importante.
C'est que sa planète d'origine était à peine plus grande qu'une maison.
Ça ne pouvait pas m'étonner beaucoup.
Je savais bien qu'en dehors des grosses planètes comme la Terre,
Jupiter,
Mars,
Vénus auxquelles on a donné des noms,
Il y en a des centaines d'autres qui sont quelquefois si petites qu'on a beaucoup de mal à les apercevoir au télescope.
Quand un astronome découvre l'une d'elles,
Il lui donne pour nom un zéro.
Il l'appelle par exemple Astéroïde 3251.
J'ai de sérieuses raisons de croire que la planète d'où venait le petit prince est l'astéroïde B 612.
Cet astéroïde n'a été aperçu qu'une fois au télescope en 1909 par un astronome turc.
Il avait fait alors une grande démonstration de sa découverte à un congrès international d'astronomie.
Mais personne ne l'avait cru à cause de son costume.
Les grandes personnes sont comme ça.
Heureusement pour la réputation de l'astéroïde B 612,
Un dictateur turc imposa à son peuple,
Sous peine de mort,
De s'habiller à l'européenne.
L'astronome refit sa démonstration en 1920 dans un habit très élégant.
Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis.
Si je vous ai raconté ces détails sur l'astéroïde B 612 et si je vous ai confié son numéro,
C'est à cause des grandes personnes.
Les grandes personnes aiment les chiffres.
Quand vous leur parlez d'un nouvel ami,
Elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel.
Elles ne vous disent jamais quel est le son de sa voix,
Quels sont les jeux qu'il préfère,
Est-ce qu'il collectionne les papillons.
Elles vous demandent quel âge a-t-il,
Combien a-t-il de frères,
Combien pèse-t-il,
Combien gagne son père.
Alors seulement elles croient le connaître.
Si vous dites aux grandes personnes,
J'ai vu une belle maison en briques roses avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit.
Elles ne parviennent pas à s'imaginer cette maison.
Il faut leur dire,
J'ai vu une maison de cent mille francs.
Alors elles écrient,
Comme c'est joli.
Ainsi si vous leur dites,
La preuve que le petit prince a existé,
C'est qu'il était ravissant et qu'il voulait un mouton.
Quand on veut un mouton,
C'est la preuve qu'on existe.
Elles hausseront les épaules et vous traiteront d'enfants.
Mais si vous leur dites,
La planète d'où il venait est l'astéroïde B612,
Alors elles seront convaincues et elles vous laisseront tranquille avec leurs questions.
Elles sont comme ça.
Il ne faut pas leur en vouloir.
Les enfants doivent être très indulgents envers les grandes personnes.
Mais bien sûr,
Nous qui comprenons la vie,
Nous nous moquons bien des numéros.
J'aurais aimé commencer cette histoire à la façon des contes de fées.
J'aurais aimé dire,
Il était une fois un petit prince qui habitait une planète à peine plus grande que lui et qui avait besoin d'un ami.
Pour ceux qui comprennent la vie,
Ça aurait eu l'air beaucoup plus vrai.
Car je n'aime pas qu'on lise mon livre à la légère.
J'éprouve tant de chagrin à raconter ces souvenirs.
Il y a six ans déjà que mon ami s'en est allé avec son mouton.
Si j'essaye ici de le décrire,
C'est afin de ne pas l'oublier.
C'est triste d'oublier un ami.
Tout le monde n'a pas eu un ami et je puis devenir comme les grandes personnes qui ne s'intéressent qu'aux chiffres.
C'est donc pour ça encore que j'ai acheté une boîte de couleurs et des crayons.
C'est dur de se remettre au dessin à mon âge quand on n'a jamais fait d'autres tentatives que celle d'un bois fermé et celle d'un bois ouvert à l'âge de six ans.
J'essaierai bien sûr de faire des portraits les plus ressemblants possible.
Mais je ne suis pas tout à fait certaine de réussir.
Un dessin va et l'autre ne ressemble plus.
Je me trompe un peu aussi sur la taille.
Ici,
Le petit prince est trop grand.
Là,
Il est trop petit.
J'hésite aussi sur la couleur de son costume.
Alors je tâtonne comme si,
Comme ça,
Tant bien que mal.
Je me tromperai enfin sur certains détails plus importants.
Mais ça,
Il faudra me le pardonner.
Mon ami ne me donnait jamais d'explication.
Il me croyait peut-être semblable à lui.
Mais moi,
Malheureusement,
Je ne sais pas voir les moutons à travers les caisses.
Je suis peut-être un peu comme les grandes personnes.
J'ai dû vieillir.
Chapitre 5.
Chaque jour,
J'apprenais quelque chose sur la planète,
Sur le départ,
Sur le voyage.
Ça venait tout doucement au hasard des réflexions.
C'est ainsi que le troisième jour,
Je connus le drame des Baobabs.
Cette fois-ci,
Encore,
Fut grâce aux moutons.
Car brusquement,
Le petit prince m'interrogea comme pris d'un doute grave.
C'est bien vrai,
N'est-ce pas,
Que les moutons mangent les arbustes ?
Oui,
C'est vrai.
Ah,
J'ai su content.
Je ne comprenais pas pourquoi il était si important que les moutons mangeassent les arbustes.
Mais le petit prince ajouta,
Par conséquent,
Ils mangent aussi les Baobabs ?
Je fis remarquer au petit prince que les Baobabs ne sont pas des arbustes,
Mais des arbres grands comme des églises,
Et que si même il emportait avec lui tout un troupeau d'éléphants,
Ce troupeau ne viendrait pas à bout d'un seul Baobab.
L'idée du troupeau d'éléphants fit rire le petit prince.
Il faudrait les mettre les uns sur les autres.
Mais il remarqua avec sagesse,
Les Baobabs,
Avant de grandir,
Ça commence par être petit.
C'est exact,
Mais pourquoi veux-tu que tes moutons mangent les petits Baobabs ?
Il me répondit,
Ben,
Voyons,
Comme s'il s'agissait d'une évidence.
Et il me fallut un grand effort d'intelligence pour comprendre à moi seul ce problème.
Et en effet,
Sur la planète du petit prince,
Il y avait comme sur toutes les planètes,
De bonnes herbes et de mauvaises herbes.
Par conséquent,
De bonnes graines,
De bonnes herbes,
Et de mauvaises graines,
De mauvaises herbes.
Mais les graines sont invisibles.
Elles dorment dans le secret de la terre jusqu'à ce qu'ils prennent fantaisie à l'une d'entre elles de se réveiller.
Alors elle s'étire et pousse d'abord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille inoffensive.
S'il s'agit d'une brindille de radis ou de rosier,
On peut la laisser pousser comme elle veut.
Mais s'il s'agit d'une mauvaise plante,
Il faut arracher la plante aussitôt,
Dès qu'on a su la reconnaître.
Or,
Il y avait des graines terribles sur la planète du petit prince.
C'était les graines de Baobab.
Le sol de la planète en était infesté.
Or,
Un Baobab,
Si l'on s'y prend trop tard,
On ne peut jamais plus s'en débarrasser.
Il encombre toute la planète.
Il la perfore de ses racines.
Et si la planète est trop petite,
Et si les Baobabs sont trop nombreux,
Ils la font éclater.
C'est une question de discipline,
Me disait plus tard le petit prince.
Quand on a terminé sa toilette du matin,
Il faut faire soigneusement la toilette de la planète.
Il faut s'astreindre régulièrement à arracher les Baobabs,
Dès qu'on les distingue d'avec les rosiers,
Auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont très jeunes.
C'est un travail très ennuyeux,
Mais très facile.
Et un jour,
Il me conseilla de m'appliquer à réussir un beau dessin,
Pour bien faire rentrer ça dans la tête des enfants de chez moi.
S'ils voyagent un jour,
Me disait-il,
Ça pourra leur servir.
Il est quelquefois sans inconvénient de remettre à plus tard son travail,
Mais s'il s'agit des Baobabs,
C'est toujours une catastrophe.
J'ai connu une planète,
Habitée par un paresseux.
Il avait négligé trois arbustes.
Et sur les indications du petit prince,
J'ai dessiné cette planète-là.
Je n'aime guère prendre le ton d'un moraliste,
Mais le danger des Baobabs est si peu connu,
Et les risques courus par celui qui s'égarerait dans un astéroïde sont si considérables que,
Pour une fois,
Je fais exception à ma réserve.
Je dis,
Enfants,
Faites attention aux Baobabs.
C'est pour avertir mes amis d'un danger qu'ils frôlaient depuis longtemps,
Comme moi-même,
Sans le connaître,
Que j'ai tant travaillé ce dessin-là.
La leçon que je donnais en valait la peine.
Vous vous demanderez peut-être,
Pourquoi n'y a-t-il pas,
Dans ce livre,
D'autres dessins aussi grandioses que le dessin des Baobabs ?
La réponse est bien simple.
J'ai essayé,
Mais je n'ai pas pu réussir.
Quand j'ai dessiné les Baobabs,
J'ai été animée par le sentiment de l'urgence.
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