
11. Révélations de l'Ombre
by Janick
Jackie adopte deux nouveaux pensionnaires, des perruches ! Elles mettent de la joie dans la maison mais les réjouissances sont de courtes durée, Willy revient de sa sortie nocturne avec la queue cassée ! Quelle horreur, qui a pu faire mal à son chat. Jackie est confrontée à ses préconceptions, à son anxiété et à sa peur chronique de perdre ceux qu'elle aime. La non-violence lui est présentée comme solution, et toute cette aventure l'amène à penser que ce que l'on croit cache bien souvent une autre réalité, bien différente des histoires qu'on se raconte. Musique par Rahul Popawala
Script
Chapitre 11 Révélation de l'ombre Avertissement Les propos qui suivent traitent de sujets sensibles liés à des traumatismes profonds.
Chers auditrices et auditeurs,
Soyez avertis que ce récit pourrait déclencher des réactions émotives intenses,
Alors soyez à votre écoute et n'hésitez pas à demander l'aide dont vous avez besoin.
Janick,
Audrice et Conteuse 25 octobre 2021 Installée dans mon univers d'écrivaine,
Avec mon wheelie,
Ma musique,
Mes plantes et nos perruches.
Elles sont arrivées le 22 octobre comme wheelie l'an dernier.
On dirait que cette date devient la journée de l'adoption.
C'était vendredi dernier.
Le frère du collègue de travail de file,
Reparti pour l'Ukraine,
A laissé derrière lui son couple de perruches dans son petit appartement du centre-ville.
Ce collègue,
Qui habite cet appart à temps partiel,
A demandé à file s'il connaissait quelqu'un pour s'occuper de ses perruches.
Le téléphone a sonné et j'ai dit oui.
Pourquoi pas?
C'est ce qui manquait à notre écosystème,
Un couple d'oiseaux.
C'est aussi une façon d'offrir à wheelie des compagnons.
Coco et Cocha,
Une verte,
L'autre bleue.
Je leur ai fait chacune un bracelet de cristal pour les accueillir et j'ai pensé toute la journée au meilleur endroit pour installer leur cage en sécurité.
Après quelques aménagements,
Elles sont là,
Au centre du salon,
Avec une vue sur les arbres de or.
Wheelie s'est montré intéressé au début,
Mais maintenant il dort à côté de moi,
Même si les oiseaux jacassent.
File trouve que ça sonne comme si on était en forêt.
C'est encore plus vivant chez nous.
26 octobre 2021 Après une pleine lune remplie de cadeaux et d'amour,
Elle s'estompe et pallie.
Elle laisse de la place aux autres forces,
Dont celle de Mars,
Le dieu de la guerre.
Wheelie est revenu de sa sortie d'hier avec la queue cassée.
En le caressant,
J'ai remarqué l'enflure et lorsque j'ai touché à sa queue,
Il a miaulé.
Aussi,
Elle ne se soulève plus,
Même lorsque je lui donne à manger.
Il me regarde avec les yeux remplis d'amour et de détresse.
Qui a pu faire une chose pareille?
Ils sont tellement nombreux,
Ceux qui n'aiment pas les chats.
Il est couché entre mes jambes ce matin.
Nous écoutons les perruches chanter.
Il se repose et je vais l'imiter.
Il a la sagesse des bêtes.
Ce matin,
C'est la quinzième journée du voyage de 40 méditations sur la transformation.
Le thème,
La non-violence.
Moi qui cherche le coupable et la revanche envers celui qui a fait mal à mon chat,
L'univers avait une autre réponse à m'offrir.
En répétant mon mantra,
Assis au centre de mon salon tropical,
J'ai tenu bon.
Les dix premières minutes,
Je les ai pleurées comme la petite Jackie à qui on volait ses étampes et ses billes,
Comme cet enfant à qui on coupait les cheveux de ses poupées.
J'ai tellement pleuré à me demander pourquoi autant de violence,
Juste là,
Autour de moi,
En moi.
Ma mère est venue me consoler,
Ma grand-mère paternelle aussi.
Je sentais leurs mains frotter mon dos,
Comme une étreinte maternelle qui me berçait tendrement.
Quand je fus assez forte,
Je suis allée voir la femme sauvage.
Elle avait ouvert les fenêtres de sa maison.
La brise et les sons de la vie entraient dans sa demeure.
Elle faisait sa toilette.
Elle prenait sa douche dans la rivière mer,
Celle qui coule à mes pieds,
Celle qui adoucit même les cœurs les plus durs.
Elle est sortie de l'eau.
Elle était nue,
Grande,
Mince et rayonnante.
Nous nous sommes assises ensemble,
Propres et purs,
La vengeance laissée sur la berge comme des sédiments,
Prêts à être emportés par le courant de la prochaine marée.
Nous sommes revenus vers la maison,
Au sanctuaire,
Avec nos mains sacrées.
Nous avons offert à Willy un massage relaxant,
Un de ceux qui crée de la guérison pour sa queue.
Nous avons généré de l'espace rempli d'eau douce tournoyante,
Comme un virevent.
Je me retourne assise sur mon coussin.
Je sais quoi faire de ma journée.
Je vais faire du pain,
M'occuper de mes animaux et de mes plantes,
Faire de l'art et faire l'amour,
Parce que c'est la seule réponse possible à la violence du monde,
Juste un peu plus d'amour.
27 octobre 2021 J'ai récupéré un morceau de mon âme à force de méditer,
Une pièce que j'avais perdue quelque part dans un sous-sol,
Pendant au bout d'une corde.
C'est en quelque sorte ma radio que j'avais perdue,
Une belle boîte en bois,
Une boîte magique avec laquelle je pouvais capter plein de postes.
Quand j'étais petite,
Elle me faisait peur,
Car elle diffusait de la musique que je n'aimais pas,
Des nouvelles si tragiques,
Que j'ai préféré la garder fermée,
Rangée dans un coin,
Enterrée par mon bordel et oubliée.
Hier,
Phil m'a demandé à quoi ça sert d'aller voir les ancêtres et les vies antérieures.
Ma réponse n'est pas venue tout de suite.
Plus tard,
J'ai répondu que ça servait à ma guérison,
À la mienne et à celle de ceux tout autour.
Cette guérison,
Elle vient de ma capacité à capter des postes,
À aller dans ces univers parallèles qui sont juste là,
Autour de notre existence matérielle.
J'apprends,
Mais souvent je ne reçois que des confirmations de ce que je sais intuitivement,
Comme mon choix de vivre à l'Ouest,
Sur le territoire de la transformation,
Selon la roue de médecine.
Je reçois et je partage.
J'ai aussi commencé à diffuser mon propre savoir.
Je comprends encore plus l'importance de ne prendre que ce dont on a besoin.
Je me sens de moins en moins bizarre.
Je trouve mon chemin,
Mon rôle et ma communauté.
Phil,
Mon taureau ascendant taureau,
Semble encore douter de mes capacités.
Il croit que je confonds vision et imagination.
Ce n'est pas grave,
Car moi aussi,
Ce que je vois me laisse parfois sans voix.
J'explore à la façon des chamanes.
C'est une pratique tout indiquée,
À cause de l'endroit sur lequel je me trouve,
De ses portails,
De son histoire et de ses ressources.
D'ici,
Je peux aller partout,
Bien assise sur mon coussin.
28 octobre.
La lune s'en va.
Nous sommes entrés dans la saison du scorpion,
La saison du noir,
Des ombres et de la vie intérieure.
Je le sens bien.
Ma gorge est mouée.
Mes yeux sont pleins d'eau.
Mon corps est lent.
Mon cœur a mal aussi.
Je me sens tiré vers la forêt,
D'en dessous,
Sous la pluie,
Dans la nuit.
Ce sont des sensations desquelles je me distançais grâce à mes dépendances.
J'ai choisi la sobriété,
Mais j'avoue qu'en ce moment,
Je me servirais bien un petit verre.
Par expérience,
Je sais que ça me distrairait et m'apporterait ailleurs,
Loin des ombres.
Cette autre voie que j'ai empruntée n'est pas la plus aisée.
Au lieu de fuir,
Je dois m'asseoir avec mes ombres dans l'ombre.
Elles sont si nombreuses autour de moi.
J'en connais quelques-unes,
Mais il y a aussi toutes celles que je ne connais pas.
Je me sens comme si j'essayais de me faire un feu avec du combustible mouillé sous une averse.
Ça ne prend pas,
Ça fume et ça pue.
Je sais que je dois continuer à essayer,
Chercher des brindilles sèches sous les roches,
À l'abri.
J'en trouve assez pour me faire un micro-feu.
La seule combustion de ces brindilles suffit pour éclairer ma nuit.
C'est moins épurant.
Les ombres se transforment en quelque chose de familier,
De presque amical.
Grâce à ce petit feu que je nourris doucement pour ne pas l'étouffer,
Je peux amorcer une discussion avec ces ombres.
C'est ce que les spécialistes appellent le shadow work.
De retour dans mon monde matériel,
Je fais brûler quelques chandelles et de l'encens ce matin.
Willy est convalescent.
Je suis inquiète,
Mais un autre côté de moi sait que je ne devrais pas.
Il pleut abondamment dehors,
Mais je suis à l'abri,
Au chaud,
Et je n'ai rien à craindre.
Je repense à mes expériences de spiritisme entre mes quatorze et dix-sept ans.
Je n'étais pas alignée.
Je n'arrivais pas à partir en voyage astral.
Ma maison,
Là où ma mère est morte,
N'était pas un environnement sain pour moi.
Je repense à ces sessions avec des copains du secondaire où mon chat noir,
À l'époque,
Avait des choses à me dire,
Ou à cette fois aussi où la soeur décédée d'un ami était venue le visiter.
Il avait troué le mur de ma chambre avec un coup de poing qu'il destinait à la destruction de cette entité.
J'étais chamane déjà,
Ou bien sorcière.
J'ai,
Depuis 2017,
Suivi la route chamanique sans le savoir consciemment.
J'ai quitté l'Est pour m'installer à l'Ouest.
Dès mon arrivée,
Ma transformation s'est amorcée,
Au début par le plus évident,
Avec mon physique qui s'est amincie.
Et plus je me rapproche de mes eaux,
Plus mes visions sont claires,
Plus j'accepte ma singularité,
Ma bizarrerie.
29 octobre 2021.
Nous avons finalement vu la plaie sur la queue de Willie.
Elle sent l'infection.
J'ai mis un peu de crème antibiotique.
J'essaie de ne pas jouer à Dieu.
J'ai échoué dans ma tentative de vivre cette épreuve avec détachement.
J'ai eu une attaque d'anxiété.
Je suis allée dans la zone sombre,
Dans celle des annonces de mort imminente.
Je pouvais sentir la peur brasser toutes mes cellules,
Comme une tempête qui se déchaîne en moi,
Incapable d'aligner une séquence de pensées,
De gestes,
Plus capable de faire assouper propos incohérents,
Visions troubles.
Cette zone,
La dernière fois que je l'ai visitée,
J'y avais symboliquement coupé la tête de mon ex en lui annonçant mon départ vers l'ouest,
Dans les bras de son meilleur ami.
Phil a dû me réveiller de ce cauchemar éveillé.
Il m'a rappelé à l'ordre.
Je voyais Willie mourir,
Comme tout ce que j'aime,
Comme tout ce que j'ai aimé.
J'aime trop.
J'aime mal.
Je prends tout sur mes épaules.
Je me substitue à ce Dieu.
Je ne fais plus confiance à rien,
Sauf en ma capacité à sauver celui,
Celle ou ceux que j'aime.
Je me pose en super-héros,
En super-savante.
Je prends la responsabilité et la souffrance des autres.
Je prends tout,
Mais à la fois,
J'ai peur.
Tellement peur de tout perdre que j'en perds les pédales.
Humilité.
Je ne suis rien,
Juste un autre parasite qui se raconte des histoires et qui se croit en plus.
Je dois revenir sur terre,
Proche du monde,
Proche de mon Philou.
1er novembre 2021 Lundi matin,
Tout est gelé à part nous deux et ceux qui ont pu passer la nuit en dedans.
J'ai pu passer une bonne nuit avec Willie tout près de moi,
Mon charré Guy.
Il nettoie sa plaie,
Sa queue s'est remise de son infection et a repris sa position en forme de point d'interrogation.
On voit bien les marques de crocs,
La peau et le poil arrachés,
Probablement lors d'une course pour s'échapper.
Ce n'est pas un humain qui a fait mal à Willie,
C'est un autre animal,
Un chien,
Possiblement.
Alors Willie est ainsi passé dans le monde des adultes.
Il a reçu son initiation.
Pour passer dans l'autre monde,
Il a dû traverser le territoire sacré gardé par des portiers armés de crocs.
Il a dû affronter les bêtes,
Courir pour sauver sa peau et il leur en a laissé une petite bouchée.
Vivant,
Maintenant portant la marque de sa bravoure,
Il a gagné le respect des portiers et celui des autres chats de la communauté,
Non celui de la chatte pas-de-queue,
Qui en est la chef.
Je repense à cette grande tante qui avait la maladie des os de verre,
L'ostéogénèse imparfaite,
Une maladie génétique rare.
Elle était fragile comme une poupée de verre,
Toujours brisée.
Ça me redonne à penser au roman Maria Chabdelaine que je viens de relire,
Avec tout ce que je sais maintenant à propos de mon histoire.
Ce roman se déroule à la même époque,
Dans la même région.
Mais au lieu d'écrire une histoire d'amour proprette,
La vision d'un homme,
D'un Français en visite,
Je pourrais écrire l'histoire d'un peuple poussé à la consanguinité et aux abus par le contexte social et les institutions en place.
Après la maison de mes grands-parents,
Veillez les montagnes bleues,
Un territoire sauvage,
Peuplé d'ignorance.
La vraie histoire est beaucoup plus sale que celle qu'on réédite depuis cent ans.
Elle traîne dans l'abou,
La sueur et le sang.
Cette histoire ne peut pas se nettoyer à l'eau bénite.
Seule ma guérison pourra dissoudre le mal et la souffrance vécues par ce peuple de colons.
2 novembre 2021 J'utilise cette fin de cycle lunaire pour faire un tirage au tarot,
Seulement avec les arcanes majeures.
J'utilise la croix et j'interpelle l'intégration du nouveau moi.
La lune est au sommet,
Le soleil à ma gauche,
L'étoile au centre,
La carte sans nom est à droite et le mât se retrouve en dessous.
Encore une confirmation que je suis à la bonne place et que je fais les bonnes choses.
Je suis partie en voyage à l'intérieur de moi.
J'ai fait chauffer mes identités au soleil,
Je les ai mises à nu et je les ai fait grandir.
Je fais face à la mort.
J'ai mis en lumière ce qui était caché,
Là,
Au fond de l'eau.
J'éclaire ma nuit,
Maintenant.
Je porte en moi l'histoire qui m'a été révélée.
Je la laisse couler,
La nature est tout autour.
J'alimente les flots de mes urnes au son des oiseaux.
Dans ma quête,
Celle qui m'amène à un nouvel équilibre,
J'ai pris et je continue de prendre les moyens pratiques pour comprendre.
C'est dans mes profondeurs que sont cachés mes talents,
Comme mon livre,
Et ça me rend heureuse de pouvoir les partager.
Je dois,
Comme me le montre l'arcane sans nom,
Faucher,
Couper des têtes,
Travailler mon sol,
Faire des jardins et fleurir,
Ma vie d'avant.
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