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Fragments De Vie #1 — Quand Mon Corps M’a Dit De Partir

by Steve Dubois

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Voici la première histoire de la série Fragments de Vie, une scène vécue, racontée à voix haute. Dans cet épisode, je te raconte le jour où mon corps a fini par partir, alors que ma tête refusait encore de l'entendre. Tu y retrouveras peut-être un peu de ce que ton propre corps essaie de te dire depuis longtemps, sans que tu l'écoutes encore. Une histoire vraie, sans morale imposée, simplement un moment qui a tout changé.

Script

Fragment de vie,

Épisode numéro 1.

J'ai claqué la porte sans un centime et mon corps m'a dit merci.

Voici mon histoire.

Le téléphone sonne,

Encore et encore.

Au bout du fil,

Un client hurle,

Comme tous les jours depuis des années.

Je m'excuse,

Je rassure,

Puis je raccroche pour prendre l'appel suivant.

Le casque me serre les tempes,

Et autour de moi,

Le plateau vit au même rythme.

Une voix après l'autre,

Un sourire forcé après l'autre,

Parce que dans ce métier,

Même au téléphone,

On entend si quelqu'un sourit ou pas.

Ça fait des années que ça dure.

Des supérieurs qui nous encadrent à la baguette,

Des clients qui me voient comme un guichet à vider de leur colère.

Des journées entières au téléphone sans vraie pause pour respirer.

J'ai appris à rester disponible,

Poli,

Peu importe l'heure,

Peu importe la colère en face.

Plusieurs mois avant ce jour-là,

Pourtant,

Mon corps s'était déjà plié en deux.

Un mal de ventre de plus en plus oppressant.

Et rien que l'idée d'aller travailler me mettait en alerte.

Alors mes 15 minutes de marche jusqu'au bureau le matin étaient devenues ma façon d'évacuer,

Un peu de ce que je portais avant l'entrée.

Et dès que la lumière rouge du téléphone se mettait à clignoter,

Je redoutais déjà l'appel.

Alors je me demande aujourd'hui mais comment j'ai pu faire pour tenir deux ans dans ce rôle ?

J'étais bon malgré tout,

Et c'est peut-être ça justement le plus inquiétant.

À force de jouer un personnage,

On finit par ne plus très bien savoir où il commence et où,

Nous,

On s'arrête.

Mon corps,

Lui,

N'a jamais cru à ce personnage.

Il me disait depuis des mois.

Je ne l'ai pas écouté tout de suite.

Mais jusqu'au jour où il a réagi si violemment que je n'ai plus été capable de remettre les pieds dans ce bureau.

Deux semaines sans y retourner,

Sans donner de nouvelles,

En abandon de poste.

Puis j'ai pris mon courage à deux mains.

Je suis allé voir mon responsable dans son bureau pour clore les choses moi-même en face à face.

Et en entrant,

Je le trouve entouré de trois autres responsables venus eux aussi pour me mettre la pression.

Tous ce jour là,

Un rire totalement hypocrite,

Et me disent « il y en a plein qui attendent ta place ».

Ils pensent que la peur va me faire plier.

Pendant une seconde,

C'est presque le cas.

Puis une phrase sort de moi,

Plus vite que je ne l'ai pensée,

Venue d'un endroit que je ne connaissais même pas encore.

L'époque de l'esclavage est révolue.

Je me lève,

Je sors du bureau sans hangar pour les quatre visages tourner vers moi,

Et je claque la porte derrière moi pour la dernière fois.

Je sors dans la rue,

Je n'ai pas un centime de réserve,

Je n'ai aucun plan pour demain,

Et je ne sais même pas encore ce que je vais faire de ma vie.

Mais pourtant,

Mon dos se redresse d'un coup,

Comme si quelqu'un venait de retirer un sac que je portais depuis des années sans me rendre compte.

Je me sens si léger,

Comme une plume,

Et je sais déjà,

À cet instant précis,

Que je n'oublierai jamais cette sensation.

Alors ce qui me frappe encore aujourd'hui,

C'est l'écart entre les deux.

D'un côté,

Toutes les raisons d'avoir peur.

Pas d'argent,

Pas de filet.

Puis de l'autre,

Ce corps qui se redresse comme s'il venait enfin de rentrer chez lui.

Normalement,

La peur ferme le corps.

Là,

C'était complètement l'inverse.

Les semaines qui suivent,

Elles,

Ne ressemblent à rien de connu.

Pas de salaire le 30 du mois,

Pas de plateau à rejoindre le matin.

La veille encore,

Je n'avais pas la moindre idée que j'allais un jour ouvrir un commerce.

L'idée n'existait nulle part en moi.

Et pourtant,

Une sensation têtu.

Partir était la seule décision possible,

Même sans savoir où ça mène.

Je n'avais aucune preuve que ça allait fonctionner.

J'avais seulement cette certitude dans le corps et rien d'autre à quoi me tenir.

Alors trois mois plus tard,

Une commission de 20 professionnels à la Chambre de Commerce et de l'Industrie valide mon projet de salon de thé.

Le prêt bancaire suit,

Le local aussi.

Presque dans la foulée,

Comme si la vie elle-même avait attendu que je dise oui en premier.

Je n'avais rien calculé de tout ça.

C'est certainement l'un des exemples les plus nets de toute ma vie où je me suis laissé porter par elle,

Lui faisant confiance.

L'idée portait déjà,

En fait,

Ce qui habite aujourd'hui,

Ma façon de vivre,

Ma façon de voir les choses,

Et je crois que le thé bio servait de prétexte.

Le vrai sujet,

C'était le mieux-être,

Avec des livres et de la musique installées entre les tables.

D'ailleurs,

Mon salon de thé,

Je l'avais appelé la vie du bon côté.

Ce matin-là,

Est resté dans mon corps,

Un thé.

Personne ne m'a donné ce courage.

Mon corps le portait déjà,

Bien avant que ma tête comprenne quoi que ce soit.

Il avait fini d'habiter un rôle qui ne lui appartenait plus.

Ce personnage poli et disponible qui s'effaçait peu à peu à chaque appel.

Il attendait que je dise oui.

C'est cette intelligence du corps qui ne m'a plus jamais quitté depuis.

Le mental négocie,

Il recule,

Mais le corps,

Lui,

Sait avant.

Il se contracte quand une situation ne nous correspond plus.

Il se redresse quand un acte nous aligne.

Même quand cet acte n'a aucun sens sur le papier.

Alors cette histoire remonte à 19 ans,

J'avais 29 ans,

Et je ne savais pas encore que ce jour-là serait le début de tout un cheminement.

Je ne sais pas quelle porte toi,

Tu gardes,

Encore fermée,

Par peur de ce qu'il y a après,

Mais sache que ton corps,

Lui,

Le sait probablement déjà.

© 2026 Steve Dubois. All rights reserved. All copyright in this work remains with the original creator. No part of this material may be reproduced, distributed, or transmitted in any form or by any means, without the prior written permission of the copyright owner.

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