
Contemplation de l'impersonnalité du corps et de l'esprit
Compréhension des cinq agregats et contemplation de l'impersonnalité du corps et de l'esprit à partir des enseignements d'Ayya Khema et de Joseph Goldstein, guidée par Jeanne Schut. Comprendre l'illusion du moi est la base de l'éveil, le début du chemin, la porte sans porte.
Script
En position assise,
Le dos est droit et détendu,
Le visage est détendu,
Conscience de la posture,
Conscience de l'ensemble du corps,
Et puis conscience de l'état d'esprit,
À présent on laisse aller toutes les préoccupations,
L'état d'esprit,
Les pensées,
Et on revient à cet instant présent,
La seule réalité.
Le Bouddha a dit que cet ensemble corps et esprit,
Que nous appelons « moi » est une illusion,
Qu'il n'a aucune réalité absolue dans la mesure où il n'apparaît que lors d'un contact sensoriel.
Par exemple,
Si quelqu'un nous critique,
Ses paroles font apparaître un « moi » malheureux ou indigné,
Si on nous complimente,
C'est un « moi » heureux ou fier qui apparaît.
Or il ne s'agit que d'un contact entre nos oreilles et le son de la voix d'une personne.
Et puis posons-nous la question,
Entre deux stimulations de ce type,
Où se situe le « moi » ?
Où est donc sa réalité s'il dépend uniquement de contacts sensoriels,
Y compris au niveau mental,
Au niveau des pensées ?
Le Bouddha a proposé plusieurs façons de se libérer de cette illusion,
Et en particulier la contemplation des différentes parties qui composent cet ensemble corps-esprit,
Que nous appelons « moi » et que le Bouddha appelle les cinq agrégats.
Il y a d'une part le corps,
Et d'autre part quatre composants majeurs de l'esprit,
Les ressentis,
Les perceptions qui sont liées à la mémoire,
Les pensées et la conscience sensorielle.
Le Bouddha nous propose de déconstruire ce corps et ce mental en les décomposant,
Et puis d'observer leur impermanence et l'insatisfaction profonde qui est en nous du fait même de cette impermanence.
Commençons par observer la forme physique,
Ce corps.
Si nous nous identifions à notre corps,
C'est parce que nous nous satisfaisons de perceptions superficielles.
Par exemple,
Le matin,
Nous nous levons,
Et face au miroir de la salle de bain,
Nous reconnaissons des traits et une silhouette que,
Depuis des années,
Nous continuons à appeler « moi ».
Et à ce « moi »,
Nous donnons une substance réelle,
Alors que nous ne faisons que nous appuyer sur des perceptions,
Des contacts entre une image,
Les yeux et la mémoire.
Si nous nous identifions à ce corps,
C'est aussi parce que nous le décrivons avec des concepts et que nous croyons à la réalité ultime de ces concepts,
Alors qu'ils ne sont qu'une manière de communiquer.
Dans un état de concentration,
Lorsque la tension est finement aiguisée,
Nous pouvons déconstruire le « moi »,
Pièce par pièce,
Et nous libérer de l'illusion de sa solidité.
Nous prenons d'abord conscience de la nature composée du corps,
De toutes les parties qui le constituent.
Nous commençons par les passer en revue,
Lentement,
L'une après l'autre.
Il y a le squelette qui nous soutient en cet instant,
Cet ensemble d'os retenu par des tendons.
Passons-le en revue.
Il y a le système musculaire,
Le système nerveux,
Le système sanguin,
La circulation du sang,
Et puis les principaux organes,
Le cœur,
Les poumons,
L'estomac,
Le foie,
Les intestins.
Cette observation répétée,
Encore et encore,
Va nous permettre de constater que ce que nous appelons « mon corps » est en fait une abstraction,
Que la réalité de ce corps,
C'est qu'il est un ensemble de parties à la fois distinctes et reliées entre elles,
Qui fonctionnent selon les lois de la nature et sur lesquelles nous n'avons finalement que très peu de contrôle.
Les scientifiques qui peuvent observer le corps au niveau cellulaire et atomique nous disent que ce corps ne contient pratiquement que de l'espace vide,
Que si on retirait tout l'espace des constituants du corps,
Il ne resterait qu'un petit tas qui ressemblerait à une particule de poussière.
En méditation,
Nous devons passer de la perception illusoire de la solidité du corps à la compréhension qu'il s'agit simplement d'un système énergétique qui change constamment,
Comme les nuages dans le ciel,
Comme un torrent de montagnes,
Comme tous les éléments de la nature.
Laissons donc la nature suivre son cours sans prétendre contrôler ou être quoi que ce soit.
Nous créons aussi un fort sentiment de moi lorsque nous nous identifions aux agrégats mentaux qui le composent,
À commencer par les ressentis.
Les ressentis sont le produit naturel de contacts sensoriels,
Mais aussitôt nous les considérons comme agréables,
Désagréables ou neutres.
Il y a aussi les perceptions,
Qui sont liées à une mémoire.
Nous entendons des sons,
Nous goûtons des saveurs,
Nous sentons des parfums,
Et pour chacun de nous,
Ces contacts sensoriels ont une résonance particulière selon un vécu stocké dans notre mémoire.
Et puis il y a les formations mentales.
Toutes ces pensées qu'on ne choisit pas,
Qui arrivent quand elles veulent,
En réaction aux ressentis et aux souvenirs que ces ressentis éveillent en nous.
C'est agréable,
J'aime,
J'en veux encore,
Ou bien je déteste cela,
Je veux m'en débarrasser au plus vite.
Et le train des pensées se met en route avec toutes sortes d'associations,
Toujours liées à la mémoire d'expériences passées.
Quant à la conscience qui nous fait croire que nous sommes ce corps et cet esprit,
C'est uniquement une conscience sensorielle.
Elle nous informe des contacts entre les objets extérieurs et nos sens.
Il y a la conscience visuelle,
La conscience auditive,
La conscience olfactive,
La conscience gustative,
La conscience tactile et la conscience mentale.
La notion de « moi » intervient lorsque ces différents agrégats sont stimulés.
En ce moment par exemple,
Nous avons le sentiment d'être une personne assise qui écoute ses paroles.
Mais ce sentiment vient simplement du contact du corps avec un coussin ou une chaise et du contact entre les oreilles et le son.
Alors pourquoi nous identifions-nous à ces réactions sensorielles ?
Pourquoi le « moi » apparaît-il au moment de ces contacts ?
Simplement parce que nous croyons posséder ces agrégats,
Posséder la capacité de ressentir,
De nous souvenir,
De penser,
D'être conscient.
Mais en contemplant ainsi les cinq agrégats,
Nous allons voir de plus en plus distinctement qu'il y a seulement en nous des processus naturels,
Physiques et mentaux,
En flux constant,
Dans lesquels nous ne jouons pratiquement aucun rôle.
Ces fluctuations apparaissent,
Se transforment et disparaissent constamment,
Comme les nuages dans le ciel.
Elles n'ont aucune substance ferme,
Réelle ou absolue.
Déconstruire le concept de « moi » va nous permettre de revenir à la réalité et nous verrons alors clairement que nous ne possédons ni ce corps ni ce mental.
Aujourd'hui nous nous emparons de toutes les histoires qui courent dans notre tête,
Des histoires que nous avons fabriquées sur nous-mêmes ou sur les autres.
Nous nous en emparons,
Nous les croyons nôtres et nous les croyons vrais.
Mais en voyant par nous-mêmes l'insubstantialité de ces pensées,
En voyant à quel point elles sont conditionnées par nos expériences passées et donc forcément limitées,
Nous allons mieux comprendre le conseil d'Ajahn Chah,
Ce grand maître qui nous dit « n'y croyez pas,
Ne croyez pas à la réalité de vos pensées » et Dipamma renchérit en disant « ne croyez à aucune des histoires que vous raconte votre esprit ».
L'une des révélations les plus libératrices de la pratique méditative est de réaliser que le seul pouvoir que détiennent les pensées,
C'est le pouvoir que nous leur donnons.
Les pensées et les souvenirs ne sont que des pensées et des souvenirs qui arrivent sans prévenir selon un enchaînement de circonstances et de contacts sensoriels.
Nous n'avons pas de contrôle sur leur apparition.
Or les pensées dont nous ne sommes pas conscients ont un énorme pouvoir dans notre vie,
Mais tout devient différent dès que nous en sommes conscients.
Nous revenons dans l'instant présent et nous réalisons la non-existence,
La non-réalité de nos pensées.
Le problème,
C'est que l'illusion du moi crée une insatisfaction fondamentale.
Nous n'en sommes généralement pas conscients parce que nous faisons tout notre possible pour nous distraire de notre mal-être,
Pour soulager au plus vite nos souffrances.
Mais l'insatisfaction est là,
En sourdine,
Constamment.
Si nous refusons de la voir,
C'est parce que nous serions obligés d'admettre que nous ne contrôlons pas réellement ce corps et cet esprit.
Mais réfléchissons un peu.
Qu'y a-t-il dans ce corps qui nous appartienne vraiment ?
Que maîtrisons-nous vraiment ?
Que pouvons-nous maintenir en l'état,
À volonté ?
Qu'y a-t-il de vraiment stable,
Solide,
Non fluctuant ?
Et puis posons-nous la même question pour chacun des agrégats de l'esprit.
Pouvons-nous garder un ressenti aussi longtemps que nous le souhaiterions ?
Pouvons-nous garder un souvenir,
Une mémoire,
Aussi longtemps que nous le voudrions ?
Et nos pensées ?
Nous appartiennent-elles vraiment ?
Sont-elles stables,
Non fluctuantes ?
Et la conscience sensorielle ?
En faisons-nous ce que nous voulons ?
N'est-elle pas sans cesse en train de s'évader vers un son,
Vers une image,
Vers une odeur ?
Qu'y a-t-il dans tout cela de stable,
De solide,
De permanent,
Dont nous pourrions dire que c'est moi ou à moi ?
Voir la nature impermanente et insatisfaisante des agrégats nous ouvre à l'expérience la plus profonde qui soit.
Nous voyons l'impersonnalité de ce corps et de ce mental,
De tout ce que nous appelons moi,
Et nous ne prétendons plus posséder ce moi.
Cet abandon de l'illusion du moi,
A dit le Bouddha,
Nous conduit enfin au bien-être et au bonheur.
Ainsi,
Lorsque des changements inévitables de la vie se produisent,
Suite à un accident,
À un problème de santé,
Ou simplement au vieillissement,
Nous n'en souffrons pas outre mesure.
Et qu'est-ce qui nous permet de voir la nature illusoire du moi,
De ces cinq agrégats ?
C'est ce qui sait,
La pure connaissance qui est en nous,
Qui est le fruit de l'attention et de la sagesse.
En pali,
On l'appelle satipanya,
Mais il n'y a personne qui possède cette connaissance,
Elle est,
Tout simplement.
Dès lors,
Il est clair que le moi n'est pas une chose dont il faille se débarrasser,
Ou qu'il faut éradiquer,
Mais qu'il n'a tout simplement jamais existé.
C'est une transformation stupéfiante et radicale de notre compréhension des choses.
Méditer ainsi,
Est une action méritoire,
Et nous pouvons dédier le mérite de cette pratique à tous les êtres qui souffrent dans le monde.
Puissent tous les êtres trouver la voie de la libération de la souffrance et de l'ignorance.
Puissent tous les êtres trouver le véritable bonheur et la paix.
Puissions-nous tous trouver le véritable bonheur et la paix.
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