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Relaxation sommeil : histoire "la belle au bois dormant"

by Catherine Paquet

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Méditation
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Enfants
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Le sommeil pour les enfants (ou adultes ayant une âme d'enfants) : 2 minutes de relaxation précèdent l'histoire afin de plonger l'enfant dans un univers rassurant (3 univers proposés : la plage, la forêt et la prairie). L'écoute de ces histoires favorisera le sommeil de l'enfant et son bien-être en général. Idéales avant de s'endormir, elles peuvent aussi être écoutées durant la journée, pour s'offrir un moment de détente.

Script

Bonjour,

Je vais te raconter une histoire qui va t'accompagner vers le sommeil mais avant ça nous allons prendre deux minutes ensemble pour que tu puisses te détendre et profiter pleinement de cette histoire.

Si tu es bien installé,

Peut-être dans ton lit si tu t'apprêtes à t'endormir,

Tu peux alors fermer les yeux si tu le souhaites.

Et maintenant imagine que tu es sur une plage,

Tu entends le bruit de la mer devant toi et celui des mouettes qui volent librement dans le ciel.

Tu es en sécurité,

Tu ressens le soleil sur ton visage et ça fait du bien,

C'est doux et chaud,

C'est réconfortant.

Le sable sous tes pieds est fin et te masse la plante des pieds comme une vraie caresse qui te détend profondément.

Tu ressens que tes jambes se relaxent,

Tous les muscles de ton corps se relâchent et lorsque tu respires c'est comme si le soleil entrait dans ton corps par tes narines et venait prendre soin de toi,

Des petites paillettes magiques qui te protègent.

Tu respires naturellement et lentement et chaque respiration te détend un peu plus.

Imagine que tu t'allonges sur le sable chaud pour faire une petite sieste pendant laquelle je te raconterai cette histoire.

Si tu t'endors vraiment c'est très bien,

Laisse-toi aller,

Tu pourras reprendre le cours de l'histoire demain.

Maintenant que tu es bien calme et détendu,

Je vais te raconter cette histoire.

C'est parti !

Il était une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants,

Si fâchés qu'on ne saurait dire.

Ils allèrent à toutes les eaux du monde,

Voeux,

Pèlerinages,

Menus dévotions,

Tout fut mis en oeuvre et rien n'y faisait.

Enfin pourtant la reine devint grosse et accoucha d'une fille.

On fit un beau baptême,

On donna pour ma reine à la petite princesse toutes les fées qu'on put trouver dans le pays,

Il s'en trouva sept,

Afin que chacune d'elles lui faisant un don,

Comme c'était la coutume des fées en ce temps-là,

La princesse eut par ce moyen toutes les perfections imaginables.

Après les cérémonies du baptême,

Toute la compagnie revint au palais du roi où il y avait un grand festin pour les fées.

On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique avec un étui d'or massif où il y avait une cuillère,

Une fourchette et un couteau de fin or garni de diamants et de rubis.

Mais comme chacun prenait sa place à table,

On vit entrer une vieille fée qu'on avait point priée parce qu'il y avait plus de cinquante ans qu'elle n'était sortie d'une tour et qu'on la croyait morte ou enchantée.

Le roi lui fit donner un couvert,

Mais il n'y eut pas moyen de lui donner un étui d'or massif comme les autres,

Parce que l'on n'en avait fait faire que sept pour les sept fées.

La vieille crut qu'on la méprisait et grommela quelques menaces entre ses dents.

Une des jeunes fées qui se trouva auprès d'elle l'entendit,

Et,

Jugeant qu'elle pourrait donner quelques fâcheux dons à la petite princesse,

Alla,

Dès qu'on fut sortis de table,

Se cacher derrière la tapisserie,

Afin de parler la dernière et de pouvoir réparer autant qu'il lui serait possible le mal que la vieille aurait fait.

Cependant les fées commencèrent à faire leur don à la princesse.

La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle personne du monde,

Celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un ange,

La troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait,

La quatrième qu'elle danserait parfaitement bien,

La cinquième qu'elle chanterait comme en rossignol,

Et la sixième qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments dans la dernière perfection.

Le rang de la vieille fée étant venu,

Elle dit,

En branlant la tête encore plus de dépit que de vieillesse,

Que la princesse se percerait la main d'un fuseau et qu'elle en mourrait.

Ce terrible don fit frémir toute la compagnie,

Et il n'y eut personne qui ne pleura.

Dans ce moment,

La jeune fée sortit de derrière la tapisserie,

Et elle dit tout haut ses paroles.

Rassurez-vous,

Rois et reines,

Votre fille n'en mourra pas.

Il est vrai que je n'ai pas assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait.

La princesse se percera la main d'un fuseau,

Mais au lieu d'en mourir,

Elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans,

Au bout desquels le fils d'un roi viendra la réveiller.

Le roi,

Pour tâcher d'éviter le malheur annoncé par la vieille,

Fit publier aussitôt un édit,

Par lequel il défendait à toute personne de filer au fuseau,

Ni d'avoir des fuseaux chez soi,

Sur peine de la vie.

Au bout de quinze ou seize ans,

Le roi et la reine étaient allés à une de leurs maisons de plaisance.

Il arriva que la jeune princesse,

Courant un jour dans le château et montant de chambre en chambre,

Alla jusqu'au haut d'un donjon dans un petit galeta,

Où une bonne vieille était seule à filer sa quenouille.

Cette bonne femme n'avait pas entendu parler des défenses que le roi avait faites de filer au fuseau.

— Que faites-vous là,

Ma bonne femme ?

Dit la princesse.

— Je file,

Ma belle enfant,

Lui répondit la vieille qui ne la connaissait pas.

— Ah !

Que c'est joli !

Reprit la princesse.

Comment faites-vous ?

Donnez-moi que je vois si j'en ferais bien autant.

Elle n'eut pas plutôt pris le fuseau que,

Comme elle était fort vive,

Un peu étourdie,

Et que d'ailleurs l'arrêt des faits l'ordonnait ainsi,

Elle s'en perça la main et tomba évanouie.

La bonne vieille,

Bien embarrassée,

Crie au secours.

On vient de tous les côtés,

On jette de l'eau au visage de la princesse,

On la délasse,

On lui frappe dans les mains,

On lui frotte les tempes avec l'eau de la reine de Hongrie.

Mais rien ne la faisait revenir.

Alors le roi,

Qui était monté au bruit,

Se souvint de la prédiction des faits,

Et,

Jugeant qu'il fallait que cela arriva,

Puisque les faits l'avaient dit,

Fit mettre la princesse dans le plus bel appartement du palais,

Sur un lit en broderie d'or et d'argent.

On eut dit un ange,

Tant elle était belle,

Car son évanouissement n'avait pas ôté les couleurs vives de son teint,

Ses joues étaient incarnates,

Et ses lèvres comme du corail.

Elle avait seulement les yeux fermés,

Mais on l'entendait respirer doucement,

Ce qui faisait voir qu'elle n'était pas morte.

Le roi ordonna qu'on la laissa dormir en repos,

Jusqu'à ce que son heure de se réveiller fût venue.

La bonne fée qui lui avait sauvé la vie en la condamnant à dormir cent ans,

Était dans le royaume du Mataquin,

À douze mille lieues de là,

Lorsque l'accident arriva à la princesse.

Mais elle en fut avertie en un instant par un petit nain qui avait des bottes de sept lieues.

C'étaient des bottes avec lesquelles on faisait sept lieues d'une seule enjambée.

La fée partit aussitôt,

Et on l'a vite au bout d'une heure arrivée dans un chariot tout feu,

Traîné par des dragons.

Le roi lui alla présenter la main à la descente du chariot.

Elle approuva tout ce qu'il avait fait,

Mais comme elle était grandement prévoyante,

Elle pensa que quand la princesse viendrait à se réveiller,

Elle serait bien embarrassée toute seule dans ce vieux château.

Voici ce qu'elle fit.

Elle toucha de sa baguette tout ce qui était dans le château,

Or le roi et la reine.

Gouvernante,

Fille d'honneur,

Femme de chambre,

Gentilhomme,

Officier,

Maître d'hôtel,

Cuisinier,

Marmiton,

Galopin,

Garde,

Suisse,

Page,

Valet de pied,

Elle toucha aussi tous les chevaux qui étaient dans les écuries,

Avec les pâles-freniers,

Les gros matins de basse-cour,

De la petite pouffe,

Petite chienne de la princesse,

Qui était auprès d'elle sur son lit.

Dès qu'elle les eut touchés,

Ils s'endormirent tous,

Pour ne se réveiller qu'en même temps que leur maîtresse,

Afin d'être tout prêts à la servir quand elle en aurait besoin.

Les broches mêmes qui étaient au feu,

Toutes pleines de perdris et de faisans,

S'endormirent,

Et le feu aussi.

Tout cela se fit en un moment.

Les faits n'étaient pas longs à leurs besognes.

Alors le roi et la reine,

Après avoir embrassé leur cher enfant sans qu'elle s'éveillât,

Sortirent du château,

Et firent publier des défenses à qui que ce soit d'en approcher.

Ces défenses n'étaient pas nécessaires,

Car ils crurent dans un quart d'heure tout autour du parc une si grande quantité de grands arbres et de petits,

De ronces et d'épines enlacées les unes dans les autres,

Que ni bête ni homme n'aurait pu passer,

En sorte qu'on ne voyait plus que le haut des tours du château.

Encore n'était-ce que de bien loin.

On ne doute à point que la fée n'eût encore fait là un tour de son métier,

Afin que la princesse,

Pendant qu'elle dormirait,

N'eût rien à craindre des curieux.

Au bout de cent ans,

Le fils du roi qui régnait alors,

Et qui était d'une autre famille que la princesse endormie,

Étant allé à la chasse de ce côté-là,

Demanda ce que c'était que ces tours qu'il voyait au-dessus d'un grand bois fort épais.

Chacun lui répondit selon qu'il en avait entendu parler.

Les uns disaient que c'était un vieux château où ils revenaient des esprits,

Les autres que tous les sorciers de la contrée y faisaient leur sabbat.

La plus commune opinion était qu'un ogre y demeurait,

Et que là il emportait tous les enfants qu'il pouvait attraper,

Pour pouvoir les manger à son aise,

Et sans qu'on pût le suivre,

Ayant seul le pouvoir de se faire un passage au travers du bois.

Le prince ne savait qu'en croire,

Lorsqu'un vieux paysan prit la parole et lui dit « Mon prince,

Il y a plus de cinquante ans que j'ai entendu dire à mon père qu'il y avait dans ce château une princesse,

La plus belle du monde,

Qu'elle y devait dormir cent ans,

Et qu'elle serait réveillée par le fils d'un roi à qui elle était réservée.

» Le jeune prince,

À ce discours,

Se sentit tout de feu,

Il crut sans balancer qu'il mettrait fin à une si belle aventure,

Et poussé par l'amour et par la gloire,

Il résolut de voir sur le champ ce qui en était.

À peine s'avança-t-il vers le bois,

Que tous ses grands arbres,

Ses ronces et ses épines s'écartèrent d'elles-mêmes pour le laisser passer.

Il marche vers le château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra,

Et ce qui le surprit un peu,

Il vit que personne de ces gens n'avait pu le suivre,

Parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé.

Il ne laissa pas de continuer son chemin,

Un prince jeune et amoureux est toujours vaillant.

Il entra dans une grande avant-cour,

Où tout ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte.

C'était un silence affreux,

L'image de la mort s'y présentait partout,

Et ce n'était que des corps étendus d'hommes et d'animaux qui paraissaient morts.

Il reconnut pourtant bien aux nez bourgeonnés et à la face vermeille des Suisses qu'ils n'étaient qu'endormis,

Et leur tasse où il y avait encore quelques gouttes de vin montrait assez qu'ils étaient endormis en buvant.

Il passe une grande cour pavée de marbre.

Il monte l'escalier.

Il entre dans la salle des gardes,

Qui était rangée en haies,

La carabine sur l'épaule et ronflant de leur mieux.

Il traverse plusieurs chambres,

Pleines de gentils hommes et de dames,

Dormant tous,

Les uns debout,

Les autres assis.

Il entre dans une chambre toute dorée,

Et il vit sur un lit,

Dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés,

Le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu.

Une princesse,

Dont l'éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin,

Il s'approcha en tremblant et en admirant,

Et se mit à genoux auprès d'elle.

Alors,

Comme la fin de l'enchantement était venue,

La princesse s'éveilla,

Et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre.

— Est-ce vous mon prince ?

Lui dit-elle.

Vous vous êtes fait bien attendre.

Le prince,

Charmé de ces paroles,

Et plus encore de la manière dont elles étaient dites,

Ne savait comment lui témoigner sa joie et sa reconnaissance.

Il assura qu'il l'aimait plus que lui-même.

Ses discours furent mal rangés.

Ils en pleurent davantage,

Peu d'éloquence,

Beaucoup d'amour.

Il était plus embarrassé qu'elle,

Et on ne doit pas s'en étonner.

Elle avait eu le temps de songer à ce qu'elle aurait à lui dire,

Car il y a apparence,

L'histoire n'en dit pourtant rien,

Que la bonne fée,

Pendant un si long sommeil,

Lui avait procuré le plaisir des songes agréables.

Enfin,

Il y avait quatre heures qu'ils se parlaient,

Et il ne s'était pas encore dit la moitié des choses qu'ils avaient à se dire.

Cependant,

Tout le palais s'était réveillé avec la princesse.

Chacun songeait à faire sa charge,

Et comme ils n'étaient pas tous amoureux,

Ils mouraient de faim.

La dame d'honneur,

Pressée comme les autres,

S'impatienta,

Et dit tout haut à la princesse que la viande était servie.

Le prince aida la princesse à se lever.

Elle était toute habillée et fort magnifiquement,

Mais il se garda bien de lui dire qu'elle était habillée comme ma grand-mère,

Et qu'elle avait un collet monté.

Elle n'en était pas moins belle.

Ils passèrent dans un salon de miroir,

Et y soupèrent,

Servis par les officiers de la princesse.

Les violons et les hauts bois jouèrent de vieilles pièces,

Mais excellentes,

Quoiqu'il eût près de cent ans qu'on ne les jouât plus.

Et après avoir mangé,

Sans perdre de temps,

Le grand aumônier les maria dans la chapelle du château,

Et la dame d'honneur leur tira le rideau.

Ils dormirent peu,

La princesse n'en avait pas grand besoin,

Et le prince la quitta dès le matin pour retourner à la ville,

Où son père devait être en peine de lui.

Le prince lui dit qu'en chassant,

Il s'était perdu dans la forêt,

Et qu'il avait couché dans la hutte d'un charbonnier,

Qui lui avait fait manger du pain noir et du fromage.

Le roi,

Son père,

Qui était un homme bon,

Le crut,

Mais sa mère n'en fut pas bien persuadée,

Et voyant qu'il allait presque tous les jours à la chasse,

Et qu'il avait toujours une raison en main pour s'excuser,

Quand il avait couché deux ou trois nuits dehors,

Elle ne douta plus qu'il n'eût qu'elle camourette,

Car il vécut avec la princesse plus de deux ans entiers,

Et en eut deux enfants,

Dont le premier,

Qui fut une fille,

Fut nommé Lauror,

Et le second un fils,

Qu'on nomma Lejour,

Parce qu'il paraissait encore plus beau que sa soeur.

La reine dit plusieurs fois à son fils,

Pour le faire expliquer,

Qu'il fallait se contenter dans la vie,

Mais il n'osa jamais se fier à elle de son secret.

Il la craignait,

Quoiqu'il l'aima,

Car elle était de race ogresse,

Et le roi ne l'avait épousée qu'à cause de ses grands biens.

On disait même tout bas à la cour qu'elle avait les inclinations des ogres,

Et qu'en voyant passer de petits enfants,

Elle avait toutes les peines du monde à se retenir de se jeter sur eux.

Ainsi le prince ne voulut jamais rien dire.

Mais quand le roi fut mort,

Ce qui arriva au bout de deux ans,

Et qu'il se vit le maître,

Il déclara publiquement son mariage,

Et alla en grande cérémonie guérir la reine,

Sa femme,

Dans son château.

On lui fit une entrée magnifique dans la ville capitale,

Où elle entra au milieu de ses deux enfants.

Quelques temps après,

Le roi alla faire la guerre à l'empereur Kantalabuth,

Son voisin.

Il laissa la régence du royaume à la reine,

Sa mère,

Et lui recommanda fort sa femme et ses enfants.

Ils devaient être à la guerre tout l'été,

Et dès qu'il fut parti,

La reine-mère envoya sa brue et ses enfants à une maison de campagne dans les bois,

Pour pouvoir plus aisément assouvir son horrible envie.

Elle y alla quelques jours après,

Et dit un soir à son maître d'hôtel,

« Je veux manger demain à mon dîner la petite aurore.

— Ah !

Madame,

Dit le maître d'hôtel,

Je le veux,

Dit la reine.

— Et elle le dit d'un thon d'eau graisse qui a envie de manger de la chair fraîche,

Et je la veux manger à la sauce Robert.

» Ce pauvre homme,

Voyant bien qu'il ne fallait pas se jouer à une graisse,

Prit son couteau,

Et monta à la chambre de la petite aurore.

Elle avait pour l'heure quatre ans,

Et vint en sautant et en riant se jeter à son col,

Et lui demander du bonbon.

Il se mit à pleurer,

Le couteau lui tomba des mains,

Et il alla dans la basse-cour couper la gorge à un petit agneau,

Et il lui fit une si bonne sauce que sa maîtresse l'assura qu'elle n'avait jamais rien mangé de si bon.

Il avait emporté en même temps la petite aurore,

Et l'avait donnée à sa femme pour la cacher dans le logement qu'il avait au fond de la basse-cour.

Huit jours après,

La méchante reine dit à son maître d'hôtel « Je veux manger à mon souper le petit jour.

» Il ne répliqua pas,

Résolu de la tromper comme l'autre fois.

Il alla chercher le petit jour,

Et le trouva avec un petit fleuret à la main,

Dont il faisait des armes avec un gros singe.

Il n'avait pourtant que trois ans.

Il le porta à sa femme,

Qui le cacha avec la petite aurore,

Et donna à la place du petit jour un petit chevreau fort tendre que l'ogresse trouva admirablement bon.

Cela était fort bien allé jusque-là,

Mais un soir,

Cette méchante reine dit au maître d'hôtel « Je veux manger la reine à la même sauce que ses enfants.

» Ce fut alors que le pauvre maître d'hôtel désespéra de pouvoir encore la tromper.

La jeune reine avait vingt ans passé,

Sans compter les cent ans qu'elle avait dormi.

Sa peau était un peu dure,

Quoique belle et blanche,

Et le moyen de trouver dans la ménagerie une bête aussi dure que cela ?

Il prit la résolution,

Pour sauver sa vie,

De couper la gorge à la reine,

Et monta dans sa chambre dans l'intention de n'en pas faire à deux fois.

Il s'excitait à la fureur et entra le poignard à la main dans la chambre de la jeune reine.

Il ne voulut pourtant point la surprendre,

Et il lui dit avec beaucoup de respect l'ordre qu'il avait reçu de la reine-mère.

« Faites votre devoir,

Lui dit-elle,

En tendant le col.

Exécutez l'ordre qu'on vous a donné.

J'irai revoir mes enfants,

Mes pauvres enfants,

Que j'ai tant aimés.

» Car elle les croyait morts depuis qu'on ne les avait enlevés sans rien lui dire.

« Non,

Non,

Madame,

Lui répondit le pauvre maître d'hôtel tout attendri.

Vous ne mourrez point,

Et vous ne laisserez pas d'aller revoir vos chers enfants,

Mais ce sera chez moi où je les ai cachés,

Et je tromperai encore la reine en lui faisant manger une jeune biche à votre place.

» Il la mena aussitôt à sa chambre,

Où,

La laissant embrasser ses enfants et pleurer avec eux,

Il alla accommoder une biche que la reine mangea à son souper,

Avec le même appétit que s'y sut été la jeune reine.

Elle était bien contente de sa cruauté,

Et elle se préparait à dire au roi,

À son retour,

Que les loups enragés avaient mangé la reine,

Sa femme,

Et ses deux enfants.

Un soir,

Qu'elle rodait à son ordinaire dans les cours et basses cours du château pour y hâler quelques viandes fraîches,

Elle entendit dans une salle basse le petit jour qui pleurait,

Parce que la reine sa mère voulait le punir parce qu'il avait été méchant,

Et elle entendit aussi la petite Aurore qui demandait pardon pour son frère.

Logres reconnut la voix de la reine et de ses enfants,

Et furieuse d'avoir été trompée,

Elle commande dès le lendemain matin,

Avec une voix épouvantable qui faisait trembler tout le monde,

Qu'on apporta au milieu de la cour une grande cuve qu'elle fit remplir de crapauds,

De vipères,

De coulœuvres et de serpents,

Pour y faire jeter la reine et ses enfants,

Le maître d'hôtel,

Sa femme et sa servante.

Elle avait donné ordre de les amener les mains liées derrière le dos.

Ils étaient là,

Et les bourreaux se préparaient à les jeter dans la cuve,

Lorsque le roi,

Qu'on n'attendait pas si tôt,

Entra dans la cour à cheval.

Il était venu en poste et demanda tout étonné ce que voulait dire cet horrible spectacle.

Personne n'osait l'en instruire,

Quand l'ogresse,

Enragée de voir ce qu'elle voyait,

Se jeta elle-même la tête la première dans la cuve,

Et fut dévorée en un instant par les vilaines bêtes qu'elle y avait fait mettre.

Le roi ne laissa pas d'en être fâchée,

Elle était sa mère,

Mais il s'en consola bientôt avec sa belle-femme et ses enfants.

Voilà,

Je te laisse maintenant à ton sommeil qui sera doux et tranquille,

Et on se retrouve très vite pour une nouvelle histoire.

À bientôt !

4.6 (58)

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