
Grands Textes de Méditation: le Tao Te King 2
Dans cette série, je vous propose une lecture du Tao Te King, ou Dao De Jing (chapitres 5 à 16), un des textes les plus anciens du taoïsme. Ce texte évoque le Tao, un principe qui habite notre expérience de la réalité, et qui offre des clefs a qui peut le réaliser et s’y connecter, notamment par la méditation. Il est présenté dans la traduction historique de Stanislas Julien que j’ai révisée pour intégrer les découvertes archéologiques récentes (publiées en anglais par Ames et Hall).
Script
Bienvenue dans cette série sur les grands textes de la méditation.
En nous reconnectant à leurs messages et à la vision de leurs auteurs,
Nous pouvons sentir,
Comprendre ou toucher la nature du mystère,
De la sagesse et de la créativité que la méditation libère en nous.
Aujourd'hui,
Nous lisons les chapitres 5 à 16 du Tao Te Ching,
Le classique sur le Tao et sa puissance.
Avant de découvrir le texte,
Quelques mots sur le Tao Te Ching et le Tao.
Le Tao Te Ching traite du Tao ou Dao.
Le Dao n'est pas un objet des sens comme une porte,
Un chemin,
Une personne,
Une idée ou un but.
Le Dao est au-delà des objets concrets ou abstraits.
Il est peut-être plus proche d'un verbe d'action,
D'une manière de faire,
D'être et de voir.
Cette action n'est pas faite par nous,
Sur des choses ou des objets.
Elle est accomplie simultanément par nous et les choses.
La nature du Dao rend celui ou celle qui s'y connecte en harmonie avec le jeu du monde,
Au-delà de nos logiques,
De nos attentes et de nos calculs.
Elle nous permet d'agir de manière juste,
En accord avec un ordre qui n'est pas établi,
Mais qui émerge nouveau,
En tout,
À chaque moment.
Si vous souhaitez une introduction historique,
Vous pouvez écouter le premier épisode ou consulter mon blog Méditation & Sens.
Et maintenant,
Le texte.
Chapitre 5 Le ciel et la terre ne connaissent pas la morale des hommes.
Ils traitent toutes choses sur terre comme le chien de paille du sacrifice,
Vénéré pendant la cérémonie et jeté juste après.
Les sages ne connaissent pas la morale des hommes.
Ils traitent toutes choses sur terre comme le chien de paille.
L'espace entre ciel et terre ne ressemble-t-il pas à un soufflet de forge ?
Il est vide mais ne s'épuise point.
On le met en mouvement et il produit de plus en plus.
Parler beaucoup mène inévitablement au silence.
Il vaut mieux rester avec le vide.
Chapitre 6 L'esprit de la vallée ne meurt jamais.
On l'appelle la femelle mystérieuse.
La porte de la femelle mystérieuse s'appelle la racine du ciel et de la terre,
Vaporeux,
À peine visible.
Cela paraît être là.
En faire usage ne l'épuisera jamais.
Chapitre 7 Le ciel et la terre durent éternellement.
Si le monde peut durer éternellement,
C'est parce qu'il ne vit pas pour lui seul.
C'est pourquoi il peut perdurer.
De là vient que les sages mettent leurs personnes après celles des autres et ils se retrouvent les premiers.
Ils se détachent de leurs personnes et elle est protégée.
N'est-ce pas parce qu'ils n'ont aucune pensée pour eux-mêmes qu'ils peuvent réussir dans leurs intérêts personnels ?
Chapitre 8 La plus haute justesse d'action est comme l'eau.
L'eau excelle à faire du bien à toute chose et ne lutte point.
Elle habite les lieux,
Fuit par la foule.
C'est pourquoi elle approche le Dao.
Pour un foyer,
Le lieu est important.
Pour penser et sentir,
La profondeur est importante.
Pour donner,
Avoir l'abondance de la nature est important.
Pour parler,
L'honnêteté est importante.
Pour gouverner,
L'efficacité est importante.
Pour servir,
L'aptitude est importante.
Pour agir,
L'accord avec le moment est important.
C'est seulement parce que cela n'est jamais en affrontement que cela n'est jamais en faute.
Chapitre 9 Il vaut mieux s'arrêter que de le tenir droit et de le remplir jusqu'au bord.
Martelé jusqu'à être asserré,
Un tranchant ne pourra être maintenu éternellement.
Si une salle est remplie d'or ou de jade,
Personne ne peut la garder intouchée.
Être arrogant,
Quand on est comblé d'honneur et de richesse,
N'attire que malheur.
Se retirer quand la tâche est accomplie,
C'est la voie du ciel.
Chapitre 10 Lorsque vous déplacez le spirituel et le physique et embrassez leur unité,
Pouvez-vous faire en sorte qu'il reste indissoluble ?
Lorsque vous concentrez votre Chi,
Pouvez-vous le rendre souple et devenir comme un nouveau-né ?
Lorsque vous polissez et purifiez votre miroir profond,
Pouvez-vous enlever toute imperfection ?
Lorsque vous chérissez le peuple et apportez la paix au royaume,
Pouvez-vous le faire sans recours à la contrainte ?
Lorsque les portes du ciel s'ouvrent et se ferment,
Pouvez-vous rester comme le féminin ?
Lorsque votre discernement pénètre les quatre directions,
Pouvez-vous abandonner vos connaissances établies ?
Cela donne vie aux choses et les cultive.
Il leur donne vie et ne les considère pas comme sa propriété.
Il leur fait du bien et ne compte pas sur elles.
Il les élève et n'exerce pas d'autorité sur elles.
C'est ce qu'on appelle la plus profonde justesse d'action.
Chapitre 11 Trente rayons se réunissent autour d'un moyeu.
C'est de son vide que dépend l'utilité du chariot.
On pétrit de la terre glaise pour faire un pot.
C'est de son vide que dépend l'utilité du pot.
On crée des portes et des fenêtres pour faire une maison.
C'est de leur vide que dépend l'utilité de la maison.
C'est pourquoi la valeur vient de la chose,
Mais l'utilité ne naît de rien.
Chapitre 12 Les cinq couleurs rendent une personne aveugle.
Les cinq notes de musique rendent une personne sourde.
Les cinq saveurs rendent une personne sans goût.
Les courses violentes et la chasse égarent le cœur et l'esprit.
Les biens difficiles à acquérir poussent une personne à des actes qui lui nuisent.
C'est pour cela que les sages agissent de l'abdomen et non des yeux.
C'est pour cela qu'ils abandonnent l'un et prennent l'autre.
Chapitre 13 Gloire et déshonneur sont cause de frayeur.
Une position élevée est,
Comme le corps,
Une source de grandes difficultés.
Qu'entend-on par ces mots « gloire et déshonneur sont cause de frayeur » ?
Une gloire obtenue est source de panique lorsqu'elle est acquise,
Et elle est source de panique lorsqu'elle est perdue.
C'est pour cela que l'on dit que « gloire et déshonneur sont cause de frayeur ».
Qu'entend-on par ces mots « une fonction élevée est,
Comme le corps,
Source de grandes difficultés » ?
Si nous éprouvons de grandes difficultés,
C'est parce que nous avons un corps.
Libérés du corps,
Quelles difficultés pourrions-nous éprouver ?
C'est pourquoi ceux qui valorisent leur corps plus que le contrôle du monde peuvent se voir confier le monde.
Ceux qui aiment leur corps plus que gouverner le monde peuvent recevoir la garde du monde.
Chapitre XIV Ce que nous observons mais ne voyons pas,
On le dit insaisissable.
Ce que nous écoutons et n'entendons pas,
On le dit imperceptible.
Ce que nous touchons mais ne sentons pas,
On le dit intangible.
Ces trois qualités ne peuvent être saisies,
Alors elles sont confondues,
Et nous le considérons comme une unité.
Sa partie supérieure n'est point lumineuse.
Sa partie inférieure n'est point obscur.
À peine perceptible,
Il ne peut être nommé.
À peine perceptible,
Il ne peut être nommé.
Et il retourne vers l'indéterminé.
On l'appelle la forme de l'absence de forme,
Image de l'indéterminé.
C'est le vague et l'indistinct.
Allez au devant de lui et vous ne voyez point son visage.
Suivez-le et vous ne voyez point son dos.
Saisissez le Dao des temps anciens pour contrôler ce qui est là aujourd'hui.
Pouvoir connaître l'origine des temps anciens,
C'est tenir le fil du Dao.
Chapitre XV Dans les temps anciens,
Ceux qui excellaient à être avec le Dao étaient mystérieux et subtils,
Abstraits et clairvoyants.
La profondeur était au-delà de toute compréhension.
Comme ils étaient au-delà de toute compréhension,
Je pourrais les décrire ainsi.
Hésitants,
Comme ceux qui traversent un torrent en hiver.
Dignes,
Comme un invité en présence de son hôte.
S'effaçants,
Comme la glace sur le point de fondre.
Brutes,
Comme le bois non travaillé.
Ils étaient troubles,
Comme une eau sédimentée.
Ils étaient vastes et ouverts,
Comme une vallée en montagne.
Une eau trouble se repose et lentement devient limpide.
Une chose reposée,
Quand elle est agitée,
Lentement revient à la vie.
Ceux qui restent proches du Dao ne désirent pas être pleins.
C'est parce qu'ils ne sont pas pleins qu'ils peuvent être en lambeaux et pourtant neufs.
Toutes les choses émergent ensemble et je les vois revenir à leur source.
Les choses foisonnent et à nouveau,
Chacune retourne vers son origine.
Revenir à son origine,
C'est être au repos.
Être au repos,
C'est revenir au mouvement de la vie.
Revenir au mouvement de la vie,
C'est être constant.
La réalisation de la constance,
C'est la lucidité.
Ceux qui ne savent pas être constant perdent le contrôle et agissant vont vers le désastre.
Ceux qui savent être constant sont impartiaux.
Ceux qui savent être impartiaux sont tolérants.
Ceux qui savent être tolérants deviennent comme des rois.
Ceux qui savent être comme des rois sont semblables au ciel.
Ceux qui savent être avec le Dao subsistent longtemps,
Jusqu'à la fin de leur vie.
Ils ne rencontreront aucun danger.
Ici se termine cette deuxième partie des grands textes de la méditation.
N'hésitez pas à partager vos pensées et questions en commentaires et à me suivre pour ne pas rater les chapitres suivants.
Merci pour ce moment de partage.
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