
Marianne Leenart - Explorer le bazar en soi
by Colas Zibaut
Que faire quand vous cochez toutes les cases, mais qu’un certain sentiment d’insatisfaction vous poursuit ? L’histoire de Marianne Leenart, c’est celle d’une sceptique, de quelqu’un très loin de nager dans la pataugeoire de la spiritualité. C’est donc l’histoire d’une itinérance intérieure, d’une transfuge de la croyance et c’est pour ça que j’espère que cet épisode retentira tout particulièrement pour celles et ceux qui peuvent se dire “la méditation ça n’est pas pour moi…” Car s’il y a bien une personne sur laquelle Bouddha n’aurait pas misé un kopek, c’est bien Marianne. Et pourtant… Des bancs d’école de commerce aux hospices de lépreux en Inde et avec comme fil directeur les pina colada, voici les loopings exotiques et tropicaux de Marianne
Script
Je m'étais prise deux secondes pour Mère Thérésa,
Mais vraiment ça n'a pas duré longtemps et ça a été la claque.
J'en ai pris beaucoup des claques dans la méditation,
Mais celle-là elle était.
.
.
Elle était.
.
.
Elle était bien comme il faut.
Bienvenue dans Looping,
Des itinéraires d'aventuriers spirituels.
Je vous emmène virevolter dans les multiples virages que prend la vie quand on commence à s'asseoir et à regarder à l'intérieur de soi.
Si vos parents aiment ce que vous faites,
C'est que c'est probablement de la merde.
On doit cette citation tout en douceur à Case Richards,
Le célèbre guitariste des Rolling Stones,
Qui,
Il faut l'avouer,
N'était pas vraiment connu ni pour sa modération ni pour sa carrière de banquier.
Marianne,
Elle,
Avait tout pour rendre ses parents fiers d'elle.
Une scolarité brillante,
Exemplaire,
Une entreprise qu'elle a créée avec son frère qui cartonne,
Alors au temps intermédiaire du slalom de l'existence,
Elle était bien en avance.
Mais en enchaînant les succès et en dévalant la pente à toute vitesse,
Quelque chose s'est perdu.
Derrière les dorures d'un CV qui se remplissait vite,
L'éclat du regard s'est quelque peu terni,
Jusqu'à ce que le filament de la méditation apparaisse dans son ciel.
L'histoire de Marianne,
C'est celle d'une sceptique,
De quelqu'un très loin de nager dans la pataugeoire de la spiritualité.
C'est donc l'histoire d'une itinérance intérieure,
D'une transfuge de la croyance,
Et c'est pour ça que j'espère que cet épisode retentira tout,
Particulièrement pour celles et ceux qui se disent « la méditation c'est pas pour moi ».
Car s'il y avait bien une personne sur laquelle Bouddha n'aurait pas misé un copec,
C'est Marianne.
Des bancs d'école de commerce aux hospices de l'épreu en Inde,
Et avec comme fil directeur les pinacoladas,
Voici les loopings exotiques et tropicaux de Marianne.
Je viens d'un petit village de campagne dans les Yvelines,
Où j'habitais avec ma famille,
Ma mère,
Mon frère,
Mon père.
Je dis souvent que j'ai eu une enfance classique et surtout assez privilégiée.
Peut-être que c'est pas si classique que ça en fait,
Une enfance privilégiée.
Ce qui n'a pas empêché que je commence à me poser des questions existentielles banales mais lancinantes dès l'adolescence,
Jusqu'à ce que ça devienne carrément ce que j'appelle ma crise de la vingt-cinquaine.
Cette crise de la vingt-cinquaine venait d'un constat qui me laissait vraiment perplexe,
C'était comment ça se fait que j'ai tout pour être heureuse,
Que je sois très consciente d'avoir de la chance,
Mais que intérieurement,
Si j'étais honnête,
J'étais pas heureuse.
J'avais été quelqu'un d'assez obéissant,
On m'avait dit que si tu fais tout bien comme il faut,
Et bien à la fin tu seras heureuse.
Moi j'avais bien suivi les règles.
Règle numéro une qui m'a été très très forte inculquée dès mon jeune âge,
C'était soit une bonne élève,
Fait une bonne prépa,
Fait une bonne école,
Ensuite t'auras un bon métier,
Tu gagneras de l'argent,
Tu construiras ta famille,
T'auras des enfants et puis tu seras heureuse.
Je me suis arrêtée un peu plus tôt que prévu.
Donc cette crise de la vingt-cinquaine,
Elle a stoppé net la voie toute tracée qui se présentait à moi.
Je me suis arrêtée un peu après mes études en fait,
Je venais de finir mon école de commerce.
J'avais monté une boîte avec mon petit frère et elle marchait bien.
C'était pas une multinationale,
C'était une petite entreprise de famille mais je me retrouve à la vingt-cinquaine avec ce truc un peu fou de regarder la liste,
La checklist là et de voir bah ouais que je cochais bien toutes les cases en fait.
J'ai le bon diplôme,
J'ai une petite boîte qui marche,
J'avais un copain à l'époque,
J'avais plein d'amis,
Je voyageais,
Je faisais la fête,
J'allais au resto,
À l'opéra,
J'étais investie dans des assos.
Vraiment une vie riche et une vie qu'on pourrait appeler une vie réussie sur le papier en tout cas.
Et en fait,
À l'intérieur de moi,
Un espèce de bazar.
C'est vraiment,
C'est le chaos quoi.
Au lieu du paradis promis,
Moi ce que je ressens c'est beaucoup de stress,
Une insatisfaite chronique.
Je courais dans tous les sens,
Je trouvais que ça avait pas de sens.
Je m'ennuyais vite,
Je m'énervais vite.
Je me rappelle partir au Brésil avec mon amoureux de l'époque.
Et le Brésil,
Je sais pas pourquoi,
C'était mon rêve depuis toute petite.
Dans toute cette phase où il y avait ce mal-être,
Je me disais oui mais je vais aller au Brésil.
Et là j'arrive au Brésil et je me rappelle,
Je suis à Rio et tout est parfait.
Il y a la plage,
La musique,
Les mojitos,
Le soleil,
Mon mec.
Et moi,
Je regarde ça et je ressens rien.
Enfin si,
Je ressens comme d'habitude en fait.
Je ressens du stress,
Je ressens de l'agitation,
Je ressens de l'insatisfaction.
Je ressens une sorte aussi d'anesthésie un peu.
Je me sens à distance,
Je sens que je passe à côté de la vie et je comprends pas comment c'est possible parce que tout est là pour kiffer mais je kiffe pas.
Ça c'est un moment où je me dis non mais alors là meuf,
Tu débloques complètement,
T'es à côté de tes pompes.
T'as une vie de rêve,
T'es dans le pays dont tu rêvais,
T'es en vacances,
Tout est parfait.
Donc là c'est que t'as vraiment un problème.
Forcément.
Parce que là il n'y a plus rien à changer dans les conditions extérieures,
Elles sont parfaites.
Donc c'est qu'au niveau des conditions intérieures il y a quelque chose qui cloche je crois.
Sauf qu'à l'époque j'y connais rien du tout à la méditation,
Je connais pas,
Je connais rien de tous ces sujets,
Voire même je suis sceptique de ces sujets.
Ils m'intéressent pas et même ils me braquent.
J'ai l'impression que c'est un truc pour les gens perchés,
Contre fumées,
Qui sont perdus.
J'ai beaucoup de jugement en fait sur tous ces sujets de spiritualité ou de développement personnel.
Je crois que ça s'est pas fini tout de suite par une rupture avec mon mec de l'époque,
Mais clairement on n'a pas passé des bonnes vacances.
On a eu une conversation où je lui ai dit tout ça.
Je crois que c'est le premier à qui je confie mon état intérieur et où je dis je dois être toute cassée parce que tu vois là on est au paradis et moi je suis toujours pas heureuse.
Et je me rappelle après ressentir un grand soulagement juste de me dire,
D'avoir pu partager ça en fait.
Parce que je le gardais beaucoup pour moi.
Tous mes copains d'école,
De commerce,
Je trouvais ça compliqué de leur dire les gars est-ce que vous aussi là dans vos vies parfaites,
Vous trouvez qu'il y a un truc qui cloche et qui pue quoi ?
Ou est-ce que non il n'y a que moi ?
Et là c'était la première fois que j'en parlais à quelqu'un.
Donc je sais pas exactement comment ça se finit le Brésil,
Je sais juste ça finit avec la continuité de ce gros point d'interrogation et de cette prise de conscience que vraiment j'ai besoin de réponses.
J'ai besoin de comprendre en fait.
Et aussi j'ai besoin que ça change Je me rappelle me dire si c'est ça la vie en fait,
Ça m'intéresse pas.
C'est dur de se dire ça à 25 ans quand même.
C'est un peu bizarre.
Et en plus je culpabilisais de ressentir ça.
Je me trouvais horrible,
Je me disais t'es vraiment une enfant gâtée,
T'as pas le droit de te plaindre donc bouge ton cul et trouve des réponses.
Parce que cette crise de la 25e au début c'est une petite crise existentielle mais après ça s'aggrave quand même assez profondément.
Je pense que ça tombe en dépression en fait.
Et je me sens vraiment démunie parce que ça s'aggrave et que j'ai pas de solution vu que ma vie extérieure est parfaite.
À un moment sur un coup de tête je pars faire une retraite de méditation en Thaïlande.
Je me rappelais avoir une copine de l'ESSEC qui pendant qu'on était étudiante était partie faire cette même retraite.
Et je me souvenais quand elle était rentrée avoir vu un truc qui avait changé chez elle.
Je m'en rappelle encore c'est marrant ça me donne encore des frissons.
Je me rappelle avoir vu son regard et m'être dit mais what the fuck qu'est ce qui s'est passé là bas.
Mais dans cette phase où moi ma crise de la 25e elle s'était aggravée et où je sentais que mon regard il était devenu franchement terne et creux.
J'ai cette image là qui m'est revenue de j'avais vu les yeux de Fanny pour la qui pétillait d'un truc tellement plus vivant et plus joyeux et plus plus serein et j'avais envie d'essayer de trouver ça.
Je postule il y a de la place et je pars mais je crois vraiment du jour au lendemain en Thaïlande.
J'ai informé mes proches de cette retraite je pense qu'ils m'ont prise pour une fêlée.
Je crois que ma mère et mon frère m'ont soutenu bien qu'ils aient aussi eu peur que je finisse dans une secte.
Mais en fait comme à l'époque quand même j'allais pas bien je crois que les gens se disent bon bah peut-être que ça va lui faire du bien et c'est ok.
Oui parce que ce que j'ai pas dit c'est que entre temps mon père est mort suite à plusieurs années de maladie.
Ça a participé à aggraver le mal-être et en même temps ça m'insupportait d'avoir des explications simplistes quand je disais que j'allais mal tout le monde me disait bah oui c'est parce que ton père est mort.
Alors qu'en fait ce mal-être il était là depuis mon adolescence et donc je trouvais que les raisonnements étaient simplistes et que finalement il y avait un truc dans la mort de mon père qui m'avait aussi réveillé.
Ça m'avait mis une espèce de petite claque,
Une grosse claque même.
Avec une urgence justement de trouver des réponses et de pas gâcher cette vie courte et précieuse.
Donc voilà du coup quand je pars je pense que mes proches ont un peu peur mais la plupart me soutiennent.
Ma première impression quand j'arrive dans le centre c'est très joli,
C'est très simple.
C'est dans une forêt luxuriante,
Les bénévoles sont gentils mais peu loquaces.
Je sens qu'effectivement ça va pas être du grand bavardage et pour cause c'est une retraite en silence.
Non ma première impression elle est plutôt douce et je ne sais pas du tout ce qui m'attend.
Je ne sais pas encore que je vais me prendre un méga choc.
En tout cas ça ressemble pas à une secte donc je suis assez rassurée et je me rêve un peu que ça va du coup peut-être être une cure de relaxation et de zénitude totale vu que c'est à ça que j'associe la méditation.
Et ça va pas du tout être ça.
Déjà je me rappelle être impressionnée parce qu'on est je crois on est 200.
C'est un énorme centre de méditation.
Il n'y a que des Thaïlandaises,
Des Thaïlandais à part 2-3 touristes.
Les hommes et les femmes sont séparés.
C'est la première fois que je vois ça,
Hommes et femmes séparés à part dans les vestiaires de football.
Et quand on s'assoit,
Là je me redis qu'est ce que je fous là.
Je me rappelle il y a une espèce de musique qui commence avec une voix un peu caverneuse.
Je me dis mais n'importe quoi.
Allo ça va pas le faire du tout.
Et puis passez cette musique chelou.
Je suis la bonne élève,
Je suis les instructions.
Et par contre,
Ce que je découvre pendant cette pratique de méditation,
Ça n'est absolument pas la zénitude et la relaxation.
C'est le bordel total qui règne en moi,
Aussi bien dans ma tête que dans mon coeur que dans mon corps.
Et presque un sentiment de panique en fait,
De devoir,
De me dire mince en fait,
De rester dix jours en silence avec moi-même,
Face à face avec moi-même,
Sans aucun échappatoire parce qu'on peut pas lire,
Pas écrire,
Pas parler,
Pas de téléphone,
Pas d'internet,
Rien du tout.
Et du coup pour une hyperactive bavarde,
Fêtarde,
C'est assez contre-intuitif cette retraite de méditation.
Quand j'y repense.
Et je le vis hyper mal,
Je passe les pires jours,
Les pires dix jours de ma vie je pense.
Et donc je galère,
Je galère pendant dix jours,
Je comprends rien,
J'ai plein de pensées alors je croyais qu'on allait trouver du calme.
J'ai mal partout,
Je m'emmerde à tel point que je finis par,
On n'a pas le droit de lire,
Donc je finis par apprendre par coeur la composition de mon savon au dos de mon gel douche.
Tellement je m'ennuie et tellement je sais plus quoi faire d'autre.
L'autre truc que je fais,
Parce que je m'ennuie et qu'on a le droit de rien faire,
C'est que je prends des douches,
J'essaye toutes les douches,
Donc je prends plusieurs douches par jour,
J'essaye toutes les douches du centre.
Chaque fois qu'il y a un peu de temps libre et que je m'ennuie,
Je vais prendre une douche.
Il y a des moments où j'ai voulu partir et je suis pas partie pour plusieurs raisons.
La première c'est qu'on était paumé au milieu de nulle part,
Donc je savais pas comment repartir.
Et la deuxième c'est quand même chaque fois que je voulais partir,
Il y a quand même une petite voix qui disait bon quand même au point où t'en es,
De toute façon t'as tellement pas trouvé autre chose dans la vie qui t'attend dehors,
Donc va au moins au bout de cette expérience.
Et il y avait peut-être aussi un peu d'ego de,
Quand tu l'auras fait,
Tu pourras dire ouais j'ai fait dix jours en silence,
En méditant onze heures par jour,
Donc il y avait aussi un petit challenge je pense que je me mettais à rester jusqu'au bout.
Et puis tous les jours je me disais quand même peut-être que demain ça ira mieux et peut-être que demain,
Je sais pas,
Je vais atteindre l'éveil ou je vais atteindre cette fameuse zénitude etc.
Donc j'avais toujours ce petit truc qui me tenait et ça n'est jamais arrivé.
Plein de gens m'ont raconté leur première retraite avec des moments où ils touchent des états de grâce ou de transcendance,
Mais alors moi rien quoi.
Le bronx du début à la fin.
Je me rappelle quand je sors de la retraite je pleure parce que justement j'en ai bavé pendant dix jours et je vois une autre femme qui pleure à côté de moi et je me dis ah elle aussi elle en a bavé.
Alors du coup je vais vers elle à la fin de la retraite le dernier jour on a le droit de parler et je lui parle en anglais et je lui demande si ça va et pourquoi elle pleure et là elle me dit je pleure de bonheur.
Et moi je suis tellement en détresse,
Je me dis mince la seule personne qui pleure,
J'espérais un peu qu'elle était comme moi,
Qu'elle pleurait parce qu'elle en avait bavé mais c'est pas ça.
Elle pleure de bonheur.
Et donc c'est étrange la sensation que j'ai en sortant.
A la fois j'ai une frustration parce que j'ai pas touché des états particuliers de joie ou de sérénité ou de spiritualité ou que sais-je,
Pas du tout.
Je suis hyper frustrée,
Déçue,
Je me dis que j'ai un problème,
Que je suis pas normale.
Mais en fait il y a une autre partie de moi,
Une espèce d'énorme intuition qui débarque et c'est cette partie là qui va gagner.
Et cette intuition elle dit ah ça y est j'ai trouvé.
J'ai trouvé ce que je cherchais.
J'ai trouvé une pratique qui n'est pas une pilule magique clairement,
Mais une pratique qui va m'apprendre à vivre cette vie d'être humain.
Avec tout ce que ça comporte de complexité,
De joie,
De peine,
De bazar au niveau mental,
Émotionnel ou physique,
De ressources potentielles.
Une pratique qui allait m'aider à vivre quoi.
Parce qu'en fait j'avais appris beaucoup de choses à l'école mais pas ça.
Et c'est hyper fort parce que quand même moi d'habitude je fais que des trucs qui me font plaisir tout de suite.
Et là en fait j'en ai bavé pendant dix jours,
Ça m'a pas du tout fait plaisir.
Et pourtant il y a une voix en moi vraiment très très claire qui dit non c'est ça,
T'as trouvé ton truc,
T'as trouvé ce que tu cherchais.
Ça s'est vraiment imposé à moi comme une évidence que j'avais pas expliqué.
Contre laquelle je luttais un peu d'ailleurs en me disant non mais quand même n'importe quoi,
Cette pratique elle est douloureuse,
Elle est inconfortable,
Elle te fait pas plaisir.
En plus tu vas finir hippie ou dans une secte.
Pourtant je peux dire que j'avais pas eu de clarté comme ça depuis longtemps voire jamais.
Je me sens beaucoup mieux clairement et quelque temps après cette retraite je vais connaître un moment qui va durer longtemps,
Qui va durer plusieurs mois,
Presque un an.
Un état de grâce ouais on pourrait appeler ça comme ça.
Un état de joie en fait.
Comme j'étais en dépression je pense avant,
Ça faisait longtemps que j'avais pas expérimenté cette joie.
Et c'est ça aussi qui va soutenir le fait que je me mette après dans la méditation.
C'est que certes j'ai beaucoup galéré pendant ma première retraite mais ensuite j'ai connu une année un peu d'extase.
J'ai repris le travail,
J'avais repris tout comme avant mais c'était plus du tout pareil.
En fait extérieurement rien n'avait changé.
Les mêmes problèmes,
Les mêmes amis,
Les mêmes joies,
Peines,
Tout pareil mais plus vécu pareil.
En fait ma sensation c'était une sensation d'avoir ressuscité.
C'est-à-dire comme si je m'étais réveillée d'un coma,
D'une anesthésie hyper engluante qui avait duré plusieurs années,
Où tout était à distance,
Tout était un peu confus,
Tout était lointain,
Tout était un peu lourd.
Et tout d'un coup quelque chose s'était réveillé.
En fait la vie en moi s'était réveillée quoi.
Et m'avait remise en contact avec,
J'allais dire la vie m'avait remise en contact avec la vie mais un truc un peu comme ça.
Je me sentais hyper vivante,
Hyper reliée mais au point que parfois je me sentais cruchasse.
J'étais dans la rue,
Tout d'un coup je marchais et puis j'allais entendre un oiseau et je l'entendais tellement que ça me donnait envie de pleurer.
Mais ma peau fille tu deviens mystique.
Et ça allait aussi avec une énergie de dingue.
J'avais une énergie mais je ne pouvais plus dormir donc j'allais danser toutes les nuits,
Pratiquement toutes les nuits.
Je dansais,
Je dansais,
Je dansais,
Je faisais des after électro jusqu'à pas d'heure,
Je prenais pas de drogue.
Un jour en after électro,
Je sais pas il devait être midi,
Un dimanche quoi,
On avait dansé toute la nuit et ma mec il m'avait dit mais t'es sous quoi,
Ça a l'air trop bien.
Je lui avais dit je suis sous méditation et je prenais rien.
Et je me rappelle aussi dans cette période,
Du coup je regardais mes yeux dans le miroir parce que c'était le regard de Fanny qui m'avait fait partie en retraite.
Je voyais ça dans le miroir,
Je voyais que j'avais récupéré mes yeux.
Il s'était remis à pétiller quoi.
Et je me rappelle quand je suis revenue de la première retraite,
Je voulais convaincre tout le monde d'aller méditer.
J'ai bien vite compris qu'il fallait pas faire ça,
Que finalement tes proches ça les énerve quand tu essayes de les convaincre qu'il faut qu'ils aillent méditer.
Mais par contre ce que tu dégages,
Ce que tu rayonnes quand ça commence à transformer des choses en toi,
Ça ça a de l'impact.
Au bout d'un moment la méditation m'a fait faire des choix de vie différents,
Des choix on peut dire en rupture.
Notamment j'ai fini par quitter l'entreprise que j'avais montée avec mon frère.
Je suis restée associée mais j'ai travaillé de moins en moins jusqu'à plus du tout.
J'ai eu envie de me consacrer pleinement à la pratique de la méditation,
À la fois à titre personnel parce que j'avais plein de choses à guérir et que j'avais besoin,
Et à la fois parce que très très vite je me suis dit ah là là mais c'est ça que j'ai envie de faire de ma vie.
Pas juste méditer pour moi mais le partager aussi.
J'avais envie vraiment de plonger corps et âme dans la pratique et je me rendais compte que ça avait pas de sens pour moi de continuer ma vie d'avant,
Notamment ma vie professionnelle.
Je m'y retrouvais plus quoi.
J'ai eu beaucoup de chance que mon frère et associé me soutiennent dans ce choix là pour pouvoir partir l'esprit libre et au départ quand même quitter ce qu'on a construit,
Qui est solide,
Qui est sécurisant,
Qui est reconnu socialement etc.
C'est pas toujours facile non plus.
Je trouve que la méditation elle nous invite vraiment à aller à contre courant de beaucoup de nos habitudes,
De beaucoup de dictats aussi.
C'est pas aller à contre courant pour le principe d'aller à contre courant mais c'est aller à contre courant pour trouver le courant qui est vraiment le nôtre.
Et donc ça fait abandonner des masques,
Des représentations,
Des croyances,
Des liens aussi,
Certains liens,
Des lieux.
J'ai beaucoup beaucoup voyagé en Inde.
Alors ça pour le coup c'est méga cliché quand même mais il y avait un truc qui m'appelait en Inde.
Je pense de toutes mes expériences et c'est celle qui a été la plus fondatrice,
Transformatrice.
C'est une retraite que j'étais partie faire dans une communauté de lépreux.
Et en fait ça faisait déjà un petit moment que je méditais.
À un moment j'avais l'impression quand même de tourner un peu trop autour de mon nombril.
Ce qui était bien au début parce que j'avais eu besoin de prendre soin de plein de choses dont j'avais pas pris soin avant parce que je savais même pas qu'on avait une vie à l'intérieur.
Mais voilà au bout d'un moment je commençais à avoir la sensation dans les retraites de méditation d'être un peu trop autour de moi,
Moi-je,
Ce qu'est ce qui se passe en moi,
Mes pensées,
Mes émotions,
Mon corps,
Mes névroses.
Et j'ai découvert une retraite de méditation qui était aussi un bénévolat dans cette communauté de lépreux.
Donc c'était moitié moitié.
Et ça a été la claque.
J'en ai pris beaucoup des claques dans la méditation.
Mais celle-là elle était.
.
.
Elle était bien comme il faut.
Déjà la première claque c'est que moi je savais pas ce que c'était la lèpre mais c'est quand même un peu impressionnant.
Et en fait d'être plongée dans une communauté avec je crois qu'il y avait 2000 personnes atteintes de la lèpre,
J'étais pas préparée psychologiquement à rencontrer autant de souffrance autour de moi.
Je m'étais prise deux secondes pour mère Thérésa mais vraiment ça n'a pas duré longtemps.
J'ai vu assez vite mon incapacité à aider parce que j'étais choquée,
Je ressentais du dégoût parce que c'est physiquement éprouvant en fait.
Pareil encore une fois je me suis dit qu'est-ce que je fous là et j'ai eu envie de me barrer.
Me barrer à Goa,
Danser et hop recommencer l'épinacolada.
Et je suis restée,
C'était un mois.
En fait ce qui était très spécifique pour moi dans cette retraite déjà c'était l'alternance entre des temps de méditation et des temps d'action.
C'est-à-dire que pendant un mois pouvoir vraiment alterner des temps de pratique avec des temps en lien avec les autres,
Des temps de service,
Des temps de partage.
Ça ça avait été très aidant parce que d'habitude j'allais en retraite pendant une semaine ou pendant trois semaines puis après je sortais,
Je me retrouvais dans entre guillemets la vraie vie et j'arrivais pas à intégrer ce que j'avais appris dans la méditation,
Dans la retraite.
Et là en fait on était avec nos enseignants et toute la journée on intégrait.
On méditait,
Hop tout d'un coup on se retrouvait face à la souffrance,
Face au dégoût,
Face au rejet,
Face à la maladie et on intégrait en live en fait.
Les enseignements,
Ça c'était très très puissant.
Et l'autre élément majeur de cette retraite c'est que c'était une retraite très tournée autour de metta,
Autour des pratiques de bienveillance et de compassion.
Dans la pratique de la pleine conscience comme je l'avais apprise au départ,
Qui était plus orientée sur essentiellement l'attention,
À la respiration,
Aux sensations etc.
Les pratiques de bienveillance et de metta c'était un peu,
Ça venait un peu comme une cerise sur le gâteau.
Genre à la fin on en met un peu,
Alors que là c'était au centre.
Donc c'est vraiment les pratiques au niveau du coeur et moi c'est celles qui m'ont le plus transformée en fait.
Je pense que mon coeur il était complètement congelé,
Complètement barricadé,
Complètement,
Je disais tout le temps moi j'ai un coeur de pierre,
J'aimerais jamais quelqu'un.
Bon depuis j'ai pris conscience que tout ça c'était bien faux mais ouais j'avais une dureté intérieure à ce niveau-là,
Au niveau du coeur et ça m'a fait,
Cette pratique et cette retraite a fait fondre la paroi de glace quoi.
Mon corps c'est le truc le plus flagrant que j'ai ressenti.
J'avais un état quand même constant d'anxiété.
Ça s'était beaucoup diminué depuis la méditation mais il y avait une partie de moi toujours un peu anxieuse.
Je me réveillais anxieuse en fait,
C'était un état par défaut.
Le stress était là comme une seconde peau quoi et donc pendant cette retraite un matin je me suis réveillée et c'était fini.
Je me suis réveillée,
Mon corps il allait bien,
J'étais légère,
J'avais pas d'anxiété,
Ça m'a fait hyper bizarre d'ailleurs je me suis dit mais qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce que c'est que cet état ?
Ah c'est comme ça qu'ils se sentent les gens normaux,
Ils se réveillent le matin,
Ils vont bien,
Ils sont de bonne humeur et c'est comme si mon système nerveux avait basculé.
Au lieu d'être dans un état par défaut de stress et d'anxiété,
Il s'est mis par défaut dans un état de détente et de joie.
Et de temps en temps j'ai des moments de stress normal comme tout le monde.
Alors qu'avant c'était le stress tout le temps et de temps en temps des moments de joie et de repos et de détente.
Et ça cet équilibre il a complètement shifté.
Ce que je disais,
Ce que j'ai ressenti,
C'est j'ai ressenti un attendrissement au niveau du coeur.
En fait j'ai ressenti mon coeur.
C'est peut-être ça que je devrais dire.
Je disais souvent dans les retraites de méditation que je faisais avant,
Mon problème principal,
Je disais moi mon coeur je le trouve indifférent.
D'ailleurs je supportais pas du tout les pratiques de méditation qui parlaient d'équanimité parce que je croyais qu'équanimité ça voulait dire indifférence.
Et moi j'étais déjà dans l'indifférence et j'en souffrais.
Et j'avais l'impression que mon coeur il était froid,
Dur et pas très vivant.
Et là il est devenu doux,
Chaud,
Tendre.
Du coup le cadeau surprise qui va avec c'est la vulnérabilité.
Alors ça ça me plaisait pas trop.
Mais finalement je me disais il y a quand même un prix à payer à ça quoi.
Et le prix c'est la vulnérabilité clairement.
Et je l'éprouve là depuis plusieurs années.
Maintenant que mon coeur il est ouvert,
Oh là là disons.
Mais je comprends pourquoi on le planque ce truc.
J'ai passé quand même,
Ça fait dix ans que j'ai découvert la méditation.
Je pense les sept dernières années à voyager,
À méditer et à transmettre cette pratique.
Voilà c'était l'histoire de Marianne,
Celle d'une découverte plutôt précoce et salvatrice de la méditation.
Ce qui me touche dans son récit c'est d'entendre un autre chemin vers la méditation d'une personne à des années lumières de la spiritualité,
A priori étrangère au monde de la méditation et qui est pourtant entrée de plein pied dedans.
Après les péripéties qu'elle nous a raconté,
Marianne a continué son chemin dans la méditation.
Elle l'enseigne depuis plus de dix ans.
Elle a aussi écrit deux livres,
Le premier publié chez Flammarion et un deuxième qui vient de sortir et qui s'intitule Poétiquement et dans un style qui n'appartient qu'à elle,
Pète un coup.
Merci d'avoir écouté Looping,
Un podcast écrit et réalisé par Colasibo et soutenu par le fond de dotation Nouveau Monde.
On se retrouve la prochaine fois avec Noreen pour un récit de vie de méditant autour de la compassion animale.
Dans mes actes vétérinaires,
Ce qui m'importait c'est d'être le meilleur,
D'initier des choses que personne n'avait jamais faites,
De faire des premières mondiales,
De faire des publications que personne n'avait jamais faites.
J'étais dans cet état-là et j'ai réalisé qu'il y a quelque chose qui n'allait pas.
J'avais oublié qui j'étais,
Dans le sens où j'avais oublié la promesse que j'avais faite à mon ours en peluche de soigner le monde.
Et lorsqu'il est décédé,
Je me suis regardé devant la glace et je me suis dit que je voulais devenir.
A la prochaine fois donc,
Et d'ici là,
Si vous croisez la sagesse dont le verre est dangereusement vide,
N'hésitez pas à lui resservir une petite lichette de rhum.
Bonne méditation à toutes et à tous,
À la prochaine,
Ciao,
Bye bye.
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