
S.N. Goenka - Enseignements sur la méditation Vipassana - 1
Voici la première des trois conférences données par S.N. Goenka en 1991 à Rangoon. "Goenkaji" y présente les enseignements du Bouddha comme une progression logique à poursuivre sans interruption depuis le premier pas jusqu'au but final, la libération des conditionnements mentaux, causes de la souffrance. Ce chemin commence avec sila, la discipline éthique apaisant l'esprit. Ensuite vient samadhi, la concentration ou maîtrise de l'esprit, pour se terminer à panna, la discipline de la sagesse.
Script
Sathya Narayan Goenka Enseignement sur la méditation Vipassana Premier jour Je salue le bienheureux,
Le véritable Bouddha.
Très vénérable moine et chers amis,
Nous sommes réunis pour que je vous présente l'enseignement de l'être éveillé,
Un enseignement très simple mais d'une grande profondeur.
Le Bouddha l'a exposé en peu de mots.
Abstenez-vous de toute action impure,
Mauvaise,
Immorale.
N'accomplissez que de bonnes actions,
Des actions pieuses.
Et purifiez sans cesse votre esprit.
Voilà l'enseignement de Gautama le Bouddha et celui de tous les Bouddhas.
Quiconque devient Bouddha n'enseigne que ces trois choses,
C'est tout.
C'est simple mais cela atteint les profondeurs de l'esprit.
À un niveau superficiel,
Ces préceptes ont l'air d'aller de soi.
Toute religion digne de ce nom proclame,
D'une façon ou d'une autre,
Abstenez-vous de mauvaises actions,
Accomplissez-en de bonnes,
Et purifiez votre esprit.
Je le sais bien moi-même.
Je viens d'une famille hindoue extrêmement orthodoxe et ces trois préceptes étaient enseignés dans la religion que j'ai pratiquée dès l'enfance.
Les écritures de l'Inde,
Les écritures brahmaniques,
Jain,
Sikh,
Comme les enseignements des religions du monde entier,
Recommandent de s'abstenir de mauvaises actions,
D'en accomplir de bonnes,
Et de purifier son esprit.
Alors,
Qu'est-ce que le Bouddha enseignait de spécial ?
C'est ce que nous allons essayer de comprendre.
S'il s'était contenté de prononcer des sermons,
Le Bouddha serait comparable à tous les autres maîtres spirituels.
Or,
Il a fait plus que cela.
Il a indiqué une voie,
Une technique,
Une pratique grâce à laquelle nous pouvons vivre une vie conforme aux dames,
Car les sermons seuls ne servent à rien.
Intellectuellement,
Tout le monde reconnaît qu'il faut mener une vie morale.
On l'accepte aussi à un niveau dévotionnel parce que le Bouddha,
Le fondateur de la religion ou de la tradition à laquelle on appartient,
L'a dit.
Mais l'accepter au niveau du réel,
C'est-à-dire celui de l'expérience personnelle,
Est extrêmement difficile.
Or,
Si ce niveau manque,
Tout manque,
On vous dit « abstenez-vous de mauvaises actions ».
D'accord,
Mais comment s'en abstenir ?
On vous dit « accomplissez de bonnes actions ».
À nouveau d'accord,
Mais comment les accomplir ?
Et l'on vous dit « purifiez votre esprit ».
D'accord,
Mais comment le purifier ?
C'est ici que la spécificité,
La supériorité du Bouddha se manifeste.
Il indique comment faire.
Il indique une voie,
Une voie merveilleuse.
Un Bouddha enseigne le Dhamma que l'on acquiert par le biais de l'expérience.
La première partie de cette voie est la pratique de l'éthique,
Silla,
L'abstention de toute action négative du corps et de la parole.
Un maître spirituel pourra vous dire que si vous accomplissez de mauvaises actions,
Vous irez en enfer,
Et que si vous vous abstenez des mauvaises,
Vous irez au paradis.
Et cela est vrai.
Mais qui se soucie de sa vie future ?
Apprécier sa vie présente suffit.
Personne ne pense à ce qu'il attend après.
Et puis,
Outre ce fait universel,
Ce type de mise en garde à l'écart des actions négatives s'adresse à l'intellect.
On vous explique par exemple que l'être humain est un être social,
Qu'il ne peut vivre sans autrui,
Et qu'il doit donc coexister en bon entente avec les membres de sa famille comme avec les membres de la société,
Ou avec ceux qui l'entourent quand il s'agit d'un moine ou d'une nonne.
S'il a complicé quelque action que ce soit qui trouble la paix et l'harmonie générale,
Comment pourrait-il y goûter ?
Comment pourrait-il vivre une vie paisible et harmonieuse ?
Intellectuellement,
On peut comprendre ce discours.
Si je mets le feu autour de moi,
Je vais devoir en supporter la chaleur.
Je vais en pâtir car je l'ai provoqué.
C'est logique.
Et puis on vous fournit une autre explication.
Si quelqu'un avait l'intention de vous tuer,
Si quelqu'un vous frappait,
Vous n'aimeriez pas cela,
N'est-ce pas ?
Évidemment non,
Répondrez-vous.
La conclusion s'impose.
Vous ne devriez donc pas faire ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse.
Vous ne devriez pas tuer.
Vous ne devriez pas commettre d'abus sexuels.
Vous ne devriez pas voler,
Ni mentir,
Ou tromper quelqu'un.
Vous n'aimeriez pas subir ces actes,
Alors vous ne devez pas les perpétrer.
C'est un raisonnement tout à fait logique.
Vous ne devez pas prononcer de paroles qui nuisent à autrui,
Ni agir de façon à lui nuire.
Vous comprenez cela également.
De même,
Quand vous prenez des drogues et que vous en devenez esclave,
Vous finissez par accomplir des actions considérées comme mauvaises.
Dès lors,
Il ne faut pas que vous consommiez de drogues.
Vous le comprenez parfaitement aussi.
Ces cinq conduites éthiques,
Ces cinq silas,
Qui sont s'abstenir de tuer,
S'abstenir de voler,
S'abstenir de tout inconduite sexuelle,
S'abstenir de mentir ou de prononcer des paroles blessantes,
Et s'abstenir de consommer des intoxicants tels que les drogues,
L'alcool,
Donc ces cinq silas semblent tout à fait acceptables,
Logiquement,
Rationnellement,
Intellectuellement.
Pourtant,
Les gens ne les respectent pas,
Ne vivent pas selon une ligne de conduite éthique,
Même ceux qui sont convaincus qu'ils devraient pratiquer sila,
Qu'une vie morale est bonne pour soi comme pour autrui.
Pourquoi donc ?
Le Bouddha a compris pourquoi.
Parce qu'on n'est pas le maître de son esprit.
Un alcoolique sait parfaitement qu'il ne devrait pas boire,
Et pourtant,
Il succombe.
Un joueur sait parfaitement qu'il ne devrait pas jouer,
Mais le moment venu,
Il cède à la tentation.
Bien qu'on comprenne fort bien que ces actions nous sont nuisibles,
On les commet,
Parce qu'on n'est pas maître de son esprit,
Parce qu'on est devenu l'esclave de ses conditionnements mentaux.
C'est donc la raison pour laquelle le Bouddha enseigna la deuxième partie du Dhamma,
Samadhi,
La pratique de la concentration,
La maîtrise de l'esprit.
Là encore,
Essayons de discerner en quoi son enseignement différait de celui de tous les autres maîtres qui transmettaient le Samadhi.
Lui l'enseigna à un niveau beaucoup plus profond.
Pour comprendre ce que cela veut dire,
Admettons qu'on ait pratiqué le Samadhi,
Qu'on ait développé la capacité de contrôler et de diriger consciemment ses processus mentaux,
Et que par conséquent,
On ait acquis suffisamment de contrôle de soi pour n'effectuer aucune action qui détruise la paix et l'harmonie d'autrui,
C'est-à-dire qu'on vive une vie morale,
Une vie de Sila.
Eh bien,
Si au plus profond de l'esprit,
Il reste des impuretés,
Ces impulsions à commettre des actes négatifs qui sont comme des volcans assoupis,
Alors l'un ou l'autre de ces volcans peut entrer en éruption à tout moment,
Sans que l'on puisse prévenir cette explosion.
On reste donc dominé par ces impuretés,
Et l'on continuera ainsi à commettre des actes négatifs.
Le Bouddha a réalisé cela.
Il en a fait l'expérience.
Avant de devenir un Bouddha,
Il pratiquait les huit jhanas,
Ces huit états méditatifs d'absorption au niveau le plus élevé,
Le niveau supramondain,
Et les Lokiyajana,
Ces états méditatifs d'absorption moins élevé,
Au niveau mondain.
Mais il savait que cela ne suffisait pas,
Parce qu'il n'avait pas encore réalisé la libération,
Que l'illumination n'était pas complète parce qu'à un niveau inconscient de son esprit,
Des impuretés demeuraient.
Et tant que celles-ci ne sont pas éradiquées,
On n'est pas devenu un être libéré.
Alors il travailla la troisième partie de la voie,
Pājñā,
La discipline de la sagesse,
Le développement de la vision pénétrante sur notre propre nature,
La purification de l'esprit,
Au niveau le plus profond.
Là encore,
On retrouve la particularité du Bouddha.
La Pājñā qu'il enseigna est différente de celle des autres maîtres spirituels.
Certes,
En parcourant le vaste champ de la spiritualité indienne,
On trouve de multiples maîtres qui ont affirmé,
Comme lui,
« Développez Pājñā,
Libérez-vous de l'avidité,
Libérez-vous de l'aversion,
Libérez-vous de l'ignorance.
» Ce ne fut pas là une contribution inédite du Bouddha.
Pourtant,
Si l'on approfondit ce qu'il proposa,
Son apport se révèle incomparable.
Avant lui,
On savait purifier son esprit en surface,
Et à un niveau un peu plus profond.
Mais pour le purifier au niveau le plus profond,
Au niveau des racines des impuretés,
On ne disposait d'aucun moyen.
Le Bouddha découvrit ce moyen.
Il a appris comment arracher les racines des impuretés,
Car elles doivent l'être.
Aussi longtemps qu'elles sont là,
En effet,
Naissance après naissance,
On ne cesse de subir la souffrance,
On ne peut pas en émerger.
On peut renaître,
Vie après vie,
À des niveaux très élevés,
À des plans d'existence brahmiques matériels ou non matériels,
Et pourtant,
On ne cesse de reprendre naissance.
Aussi longtemps que ces racines existent,
Ces impuretés qui sont les graines de la renaissance,
Qui sont les impulsions du devenir,
Ces conditionnements mentaux qui induisent naissance après naissance,
On n'est pas débarrassé de la souffrance.
Le Bouddha réalisa cette vérité.
Au niveau de la théorie,
Son enseignement reste le même que celui de tous les autres maîtres spirituels.
Conduite éthique,
Concentration,
Sagesse,
Sila,
Samadhi,
Pagna.
Accomplissez de bonnes actions,
Abstenez-vous de toutes mauvaises actions,
Et purifiez votre esprit.
Le Bouddha affirmait que son enseignement consistait simplement en cela,
Qu'il n'y avait nul besoin d'y ajouter quoi que ce soit d'autre.
Le Dhamma tout entier y est contenu,
Et cet enseignement est si pur que rien ne peut lui être ôté,
Ni lui être ajouté.
Il ne contient aucune trace d'impureté,
Rien qui puisse être qualifié d'imperfection.
Mais la technique qu'il a découverte,
La technique de méditation vipassana,
Qui permet de purifier totalement son esprit,
Elle est originale.
On l'enseigne aujourd'hui durant des stages de méditation de dix jours,
Et elle a fait le tour du monde.
Les habitants de plus de cent pays l'ont essayé,
De grands intellectuels l'ont expérimenté,
Des penseurs,
Des savants,
Des ingénieurs,
Des docteurs,
Des psychiatres l'utilisent,
Des croyants et des pratiquants des différentes religions du monde,
Hindous,
Chrétiens,
Musulmans,
Jahines,
Bouddhistes,
Bien sûr,
Juifs,
Parsis,
Sikhs,
Viennent l'apprendre.
Et aucun d'eux n'y a jamais trouvé quoi que ce soit de contestable.
L'enseignement est complet.
Si vous pratiquez Silla,
Samadhi,
Epanya,
Il n'y a rien d'autre à rajouter.
Et il est si pur que rien ne peut en être retranché.
Si l'on crée une secte autour des enseignants du Bouddha,
Si l'on développe une foi aveugle en cet enseignement,
Si l'on en fait l'objet d'un culte ou une philosophie,
C'est alors que les difficultés se présentent.
Le Bouddha enseigne le Dhamma.
Il n'établit pas une religion.
Cela ne l'intéresse pas non plus de créer une secte autour de lui.
C'est un être pur,
Détaché.
Ce sont ses paroles qui importent.
Elles sont une grande source d'inspiration pour qui les lit et pratique Vipassana.
Cela ne m'intéresse pas de faire de vous mes disciples,
Expliquait-il.
Cela ne m'intéresse pas de vous enlever à vos anciens maîtres spirituels.
Votre but est de trouver une issue à la souffrance.
Et je suis là pour vous aider à atteindre ce but.
Tout le monde veut échapper à la souffrance.
J'ai une technique pour cela.
Essayez-la.
Je vous demande simplement d'y consacrer quelques jours de votre vie.
Telle est la manière d'enseigner du Bouddha.
Il enseigne avec détachement.
Peu lui importe que des milliers de gens dans le monde se mettent à se dire bouddhistes,
Ce n'est pas le but de son enseignement.
Mais s'ils se mettent à pratiquer Silla,
Samadhi,
Panya,
Alors oui,
Son enseignement a commencé à porter ses fruits.
Si l'on se prétend bouddhiste mais qu'on ne pratique ni Silla,
Ni Samadhi,
Ni Panya,
Quel bénéfice a-t-on obtenu des paroles du Bouddha ?
En revanche,
On peut pratiquer Silla,
Samadhi,
Panya sans être bouddhiste et obtenir les mêmes résultats.
Échapper à la souffrance.
De caste brahmane,
Moggallana a conservé son nom de caste même après être devenu bouddhiste et le Bouddha n'a pas non plus rebaptisé Kassapa,
Également de caste brahmane,
Après qu'il eut adopté son enseignement.
Ce qui importe,
C'est que chacun pratique Silla,
Samadhi,
Panya.
Ce n'est pas l'étiquette religieuse ou le nom qu'on adopte.
Jouer à des jeux dévotionnels ou à des jeux intellectuels au nom du Dhamma ne mène à rien.
C'est faire l'expérience du Dhamma par soi-même qui donne des résultats.
C'est cela qui est nécessaire et c'est cela la contribution spécifique du Bouddha.
Les autres maîtres ne faisaient que parler.
Vivez une vie bénéfique,
Une vie de Silla,
Contrôlez et purifiez votre esprit,
Soyez détachés,
Libres d'avidité,
Libres d'aversion.
Et il n'y avait personne pour dire « Voilà comment vous pouvez devenir libres d'avidité,
Comment vous libérez de l'aversion,
Comment purifier votre esprit au niveau le plus profond.
» C'est ce que nous apporta le Bouddha.
À un niveau superficiel,
Donc,
L'enseignement de Bouddha semble très simple.
Mais à un niveau plus profond,
Il est vraiment difficile.
Pratiquer le Dhamma demande un travail intense.
Écouter des sermons,
Lire les écritures,
C'est très bien,
Je ne prétends pas le contraire.
Écouter des conférences sur le Dhamma,
C'est très bien aussi.
Ou même discuter du Dhamma,
Tout cela est merveilleux,
Très bien.
Mais si vous ne faites qu'écouter et débattre,
Sans pratiquer,
Vous devenez pire que vous n'étiez auparavant.
Pour commencer,
Oui,
Vous devez écouter,
Puis vous efforcer de comprendre intellectuellement.
Mais ensuite,
Vous devez entreprendre de mettre en pratique ce que vous avez compris.
Si vous n'avancez pas dans la pratique du Dhamma,
Vous ne goûterez pas à ses fruits.
Le Bouddha enseigne le Dhamma,
Qui est la loi de la nature,
Applicable par tous,
Dans un langage simple.
Nous le rendons compliqué lorsque nous en faisons une philosophie,
Et qu'au lieu de le pratiquer,
Nous nous mettons à nous battre.
Ma croyance est juste,
La vôtre est erronée,
Ma croyance est correcte,
La vôtre non.
Qu'avons-nous à y gagner ?
Si ma croyance est juste,
Et que je ne le pratique pas,
À quoi me sert-elle ?
Il ne s'agit que de jeux intellectuels.
Je suis né ici,
En Birmanie,
Sur la terre du Dhamma.
Je suis très reconnaissant et heureux d'avoir vu le jour sur cette terre où plus de 80% des gens ne croient pas en l'existence de l'âme,
Ni en celle d'un Dieu créateur tout-puissant.
Depuis plus de 20 ans,
Je vis en Inde et je voyage à travers le monde où plus de 80% des gens croient en l'existence de l'âme et en celle d'un Dieu qui a créé l'univers.
Auparavant,
J'avais des discussions au sujet de ces croyances.
Je jouais moi-même à de tels jeux intellectuels.
C'était avant de me familiariser avec les enseignements du Bouddha,
C'est-à-dire avant que je ne rencontre Sayagyi Yubakin et qu'il m'enseigna le Dhamma,
Puis que je me mette à le pratiquer.
Je jouais ainsi en jonglant avec des arguments philosophiques,
En participant à des débats.
Il y a une âme ?
Non,
Il n'y a pas d'âme.
Bref,
Il y a mille et un arguments en faveur de l'âme et il y en a mille en sa défaveur.
Il y a mille arguments en faveur d'un Dieu créateur et il y en a mille et un en sa défaveur.
Où mènent ces discussions et ces débats ?
Nulle part.
Quand vous pratiquez le Dhamma,
Vous faites par vous-même l'expérience que les phénomènes de l'existence ne sont qu'interactions de l'esprit et de la matière.
Ce qui,
Au niveau des apparences,
À l'air si solide,
Se révèle ne pas l'être quand vous l'observez attentivement,
Comme le Bouddha veut que vous l'observiez,
Comme le Dhamma veut que vous l'observiez,
Comme la loi naturelle veut que vous l'observiez.
Cette solidité se dissout,
Se divise,
Se désintègre pour ne plus apparaître que comme des vibrations.
L'univers tout entier n'est que combustion et vibration.
Comme il est dit dans le Samyutta Nikaya,
Le monde entier part en fumée,
Le monde entier brûle,
Le monde entier est en vibration.
Cela fut une découverte extraordinaire,
Ce fut l'apport du Bouddha à l'humanité.
Tout a l'air solide,
Mais il s'agit seulement d'une vérité apparente.
La vérité profonde est que la matière et l'esprit ne sont que vibrations.
Mais cette vérité doit être vécue,
Elle doit être éprouvée.
Si vous n'en faites pas vous-même l'expérience et que vous en tirez une philosophie,
En affirmant « Voyez,
Il n'y a pas d'âme,
Il y a seulement des vibrations »,
Comment cela peut-il vous aider ?
Si au contraire vous faites vous-même l'expérience que l'esprit n'est qu'un flot de vibrations,
Vous constatez alors que votre ego se dissout,
Vous vous débarrassez de lui,
Vous vous libérez.
Et vous découvrez « Anatta »,
Le non-ego.
Vous découvrez qu'il n'existe pas de moi réel,
Aucun soi substantiel permanent.
Vous aurez beau affirmer « Il n'y a pas d'âme ».
Si vous êtes vous-même toujours plein d'ego,
Vous n'aurez rien appris du Bouddha.
Mais si vous constatez que votre ego se dissout,
C'est que vous aurez compris,
Par le biais de votre expérience personnelle,
Qu'il n'y a pas d'âme éternelle,
Mais seulement une interaction entre l'esprit et la matière,
Seulement des vibrations.
Lorsque nous aborderons le troisième aspect de l'enseignement,
« Pājñā »,
Le développement de la sagesse,
Vous comprendrez comment le Bouddha nous a conduits au stade où,
Par une compréhension issue de notre propre expérience,
L'ego se dissout naturellement.
L'ego désigne ici l'identification de l'individu avec un moi substantiel et qui est généralement perçu comme une âme éternelle.
L'individu génère alors un attachement immense à ce moi.
Mais il ne s'agit pas là d'un jeu intellectuel,
Ni d'un jeu émotionnel,
Ni d'une croyance aveugle.
Ce n'est pas non plus un dogme,
Ni un culte,
Ni une philosophie.
C'est la vérité,
La vérité dont nous pouvons tous faire l'expérience,
Que nous soyons chrétiens ou musulmans,
Hindous ou jahines,
Birmans ou américains,
Russes ou chinois.
La loi de la nature est la loi de la nature.
Elle est universelle.
Telle fut donc la découverte du Bouddha.
Certains continuèrent à argumenter contre elle.
D'autres,
Peu à peu,
La reconnurent comme vraie.
Mais le Bouddha n'avait rien à perdre.
Il était là pour dire la vérité,
Pour transmettre aux hommes cette découverte qui pouvait les conduire à une vie plus heureuse.
Que certains ne l'acceptent pas n'y changeait rien.
Si d'autres en faisaient une philosophie,
Un culte,
S'ils se mettaient à polimiquer à son propos,
Ils passaient à côté de l'essence du dhamma.
Mais cela ne remettait pas en cause sa vérité.
Les faits sont les faits.
La Terre est ronde et elle tourne sur elle-même.
Que les uns le croient et d'autres non,
Ne peut le modifier.
La Terre était ronde avant que Galilée ne le découvre.
Elle l'était au temps de Galilée et elle l'est restée après lui.
Il en va de même,
Quelles que fussent les protestations à ces découvertes,
Pour la gravitation universelle et Newton,
Pour la relativité et Einstein et pour la chaîne des origines dépendantes,
Dont le Bouddha fit l'expérience.
Elle agissait avant lui,
En son temps,
Et elle agit toujours aujourd'hui,
Car comme la gravitation universelle et la relativité,
C'est une loi de la nature.
L'ignorance fait que nous ne savons rien de ce qui se passe dans le corps.
À chaque instant,
Une sensation nouvelle le traverse et nous n'avons conscience que d'une infime part d'entre elles.
Partout où il y a de la vie,
Il y a sensation.
Dès que l'un de nos six sens entre en contact avec son objet propre,
L'œil avec l'objet de la vision,
L'oreille avec un son,
Le nez avec une odeur,
La langue avec un goût,
Le corps avec un objet tangible,
L'esprit avec l'une des formes de nos pensées,
Émotions,
Imaginations,
Idées,
Souvenirs,
Cela produit une sensation.
Tant que nos sens fonctionnent,
Le contact est donc inévitable,
À chaque instant.
Or,
Si l'on n'est pas capable de percevoir ces sensations,
Comment peut-on comprendre que la sensation engendre la vidité ?
Il s'agit pourtant là d'une loi,
Une loi du Dhamma,
Éternelle.
Elle était vraie avant le Bouddha,
Elle l'était également durant sa vie,
Et elle reste vraie aujourd'hui.
Qu'un Bouddha soit présent ou pas,
Cette loi de la nature n'en demeure pas moins universelle.
Le Bouddha,
Grâce à ses efforts,
L'a découverte et s'en est servi pour sa propre libération,
Avant de la partager avec d'autres,
Avec toute sa compassion,
En leur disant « Savez-vous pourquoi vous souffrez ?
Parce que les sensations engendrent la vidité.
Mais je vais vous donner un moyen de vous libérer de la souffrance.
» Chaque fois qu'une sensation,
Une Vedana,
Se produit,
La sagesse,
Pājñā,
La vision pénétrante de la nature,
Doit prévaloir.
Vous devez observer la sensation.
Eau,
Impermanence,
Impermanence,
Anicca,
Anicca,
Cette sensation-ci ou celle-là,
Toutes sont impermanentes.
Faites l'expérience de cette impermanence.
Observez.
Une sensation apparaît.
Tôt ou tard,
Elle disparaîtra.
Aussi désagréable qu'elle puisse être,
Elle disparaîtra.
Aussi agréable qu'elle soit,
Elle disparaîtra.
Elle n'est pas éternelle.
Elle apparaît,
Et elle disparaît immanquablement.
Je le répète,
Si cette sagesse devient une philosophie,
Si vous affirmez « les sensations sont impermanentes »,
Vous n'obtiendrez rien.
Vous en resterez à un point de vue théorique.
Mais si vous percevez cette impermanence,
Si vous l'observez et en faites l'expérience,
Alors,
Même quand une sensation apparaîtra,
Vous n'éprouverez plus d'avidité.
Comme il est dit dans le Digha Nikaya,
« Apparition,
Disparition.
Apparition,
Disparition.
» Il observe le phénomène d'apparition.
Il observe le phénomène de disparition.
Telle fut la contribution du Bouddha.
Il amena les gens à ce niveau de profondeur.
Comprenez cette loi.
Il n'y a pas un instant sans qu'une sensation apparaisse.
Dans chaque partie du corps,
Des sensations apparaissent.
Elles sont soumises au changement.
Leur apparition est toujours suivie de leur disparition.
Cependant,
À cause de votre ignorance,
Parce que vous n'avez pas conscience de cette impermanence,
Vous ne cessez d'y réagir.
Si elles sont agréables,
Vous réagissez avec avidité.
Si elles sont désagréables,
Vous réagissez avec aversion.
Ainsi faites-vous la vie durant,
Et vous créez souffrance après souffrance.
Vous ne cessez de multiplier vos souffrances.
Voyez plutôt,
Il y a un moyen d'échapper à cette souffrance,
Une technique qui vous conduit au stade où,
Comme il est dit dans le Samyutta Nikaya,
Les réactions aux sensations étant supprimées,
L'avidité est supprimée.
L'avidité étant supprimée,
La souffrance est supprimée.
Il y a une voie,
Il y a une pratique,
Il y a une technique pour échapper à la souffrance.
Et ce fut la grandeur du Bouddha que de la découvrir et de la faire connaître.
Il ne s'est pas contenté de faire des sermons.
S'il n'avait fait que cela,
Il n'aurait pas été un Bouddha,
Simplement un grand intellectuel.
Il aurait défendu sa philosophie contre d'autres philosophies.
Il aurait été un parmi tant d'autres.
Mais ce n'était pas simplement un intellectuel.
Oh non !
C'était quelqu'un de pragmatique,
À la recherche de résultats tangibles.
Il atteignit l'illumination parce qu'il pratiquait.
Et permettez-moi de vous dire une chose.
Je suis né dans une famille hindoue très stricte où l'on transmettait tous les enseignements de l'Inde,
La Bhagavad Gita,
Les Upanishads,
Les Vedas,
Etc.
Quand je suis allé trouver Sayagyi Yubakin,
Je lui suis tellement reconnaissant,
C'est mon père dans le Dhamma.
Il m'a donné une nouvelle vie.
Le quatrième jour,
Le cinquième jour,
Passés auprès de lui,
Ma coquille d'ignorance s'est brisée et il m'a fait réaliser profondément que le corps tout entier est une masse de particules subatomiques qui ne cessent de surgir et de disparaître sans interruption.
J'ai alors compris que c'était une vérité que je cherchais.
Dans toutes les écritures,
Bhagavad Gita,
Vedas,
Upanishads,
On trouve le même enseignement.
Libérez-vous de l'avidité,
Libérez-vous de l'aversion.
Mais comment se libérer de l'avidité ?
Comment se libérer de l'aversion ?
Aucun de ces textes ne répondait à cette question.
Ils ne l'abordaient que sous l'angle intellectuel et cela ne mettait d'aucun secours.
La question demeurait donc.
Et voici que quelqu'un m'offrait une voie grâce à laquelle il était possible d'explorer cet enseignement jusqu'au niveau le plus profond et plus seulement intellectuellement.
Cette voie permet d'observer que l'avidité et l'aversion se manifestent au plus profond de votre esprit,
D'observer l'interaction de l'esprit et de la matière,
Les courants,
Les contre-courants,
Les courants sous-jacents qui apparaissent sans cesse dans votre corps.
Lorsque Sayagyi Yubakin me fit réaliser cela,
Je lui en fus extrêmement reconnaissant.
C'est cette dimension qui me fascina.
L'enseignement du Bouddha me fascina à cause de la dimension pratique qu'il contenait.
S'il s'était seulement agi d'exercices intellectuels,
Je n'aurais sans doute pas suivi cette voie.
J'aurais simplement inquiété.
« Très bien,
Très bien.
Notre Gita et nos Upanishads disent la même chose.
Et cela n'aurait rien changé pour moi.
Mais une technique m'a été donnée.
Voilà comment vous pouvez échapper à l'avidité.
Voilà comment vous pouvez échapper à l'aversion.
Et elle était efficace.
J'étais quelqu'un de si colérique,
J'avais un ego surdimensionné.
À peine avais-je commencé à mettre en œuvre cette technique que les impuretés se mirent à se dissoudre en surface,
Mais également à un niveau profond,
Au niveau le plus profond de l'esprit.
J'ai beaucoup de chance d'être né sur cette magnifique terre du Dham.
Lorsque j'étais homme d'affaires et que je n'avais pas encore découvert ni mis en pratique la technique de Vipassana,
J'avais l'habitude de discuter de spiritualité et de questions religieuses avec les gens que je rencontrais au cours de mes voyages à travers le monde.
J'avais une grande attirance pour ces choses depuis l'enfance.
Mais après avoir reçu ce merveilleux Dham,
Je l'ai transmis dans différents pays que je visitais,
Et j'ai constaté que nulle part,
Pas même dans les pays dont les habitants prétendent être bouddhistes,
La technique découverte par le Bouddha n'a été maintenue dans un état aussi pur qu'ici.
Vipassana,
Telle qui doit être pratiquée,
A été conservée ici dans sa perfection originelle.
Et j'ai beaucoup de chance d'avoir rencontré quelqu'un comme Yubakin,
Plein de compassion pour moi et si libre,
Qui n'attendait rien en échange de son enseignement.
Il ne se souciait pas de faire de moi un bouddhiste.
« Soyez un adepte de Silla,
De Samadhi,
De Pājñā,
Et je serai content » disait-il.
C'était la seule chose qui lui importait.
Vous-même devez aussi avoir beaucoup de chance.
Quelques très bonnes actions du passé a dû vous faire naître dans ce pays.
Car grâce à cela,
Vous avez découvert le Dhamma.
Maintenant,
Le plus important,
C'est que vous pratiquiez.
Si vous acceptez le Dhamma uniquement au niveau dévotionnel,
« Oh,
L'enseignement du Bouddha est merveilleux,
Tellement merveilleux »,
Vous n'y gagnerez rien,
Excepté quelques petits mérites.
Si vous l'intellectualisez,
« L'enseignement du Bouddha est si rationnel,
Si logique,
Si scientifique »,
Vous n'y gagnerez rien non plus.
Il faut pratiquer.
C'est l'expérience même du Dhamma que le Bouddha enseigna.
C'est dans ce but qu'il prononçait des sermons.
« Puissiez-vous tous prendre le temps de goûter au Dhamma,
D'en faire l'expérience.
Puissiez-vous tous échapper à vos souffrances.
Puissiez-vous tous goûter à la paix véritable,
À la véritable harmonie,
Au véritable bonheur.
»
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