
Ma Comédie Romantique… Horrifique
Dans cet épisode, Johan Brëant détourne avec humour les codes du cinéma pour explorer les blessures amoureuses et les mécanismes émotionnels que nous pouvons transporter d’une relation à l’autre. Entre romance, fantômes du passé et introspection, une réflexion sur ce qui se joue parfois derrière notre manière d’aimer — et sur la possibilité d’écrire un autre scénario.
Script
Bonjour,
Bienvenue dans le bien-être se pratique,
Petit partage d'expérience.
Je suis Johann Bréant.
Et aujourd'hui,
J'ai décidé de vous emmener au cinéma.
Au programme,
Une comédie romantique,
Enfin en principe.
Nous avons tout ce qu'il faut.
Deux personnages qui cherchent l'amour.
Une rencontre,
Des regards,
Des papillons dans le ventre,
Quelques blessures du passé,
Et bien évidemment,
La promesse du grand amour.
Sur le papier,
Ça ressemble à une comédie romantique.
Mais aujourd'hui,
Nous allons rendre visible ce qui normalement ne l'est pas.
Nous allons donner un corps à nos blessures émotionnelles.
Et vous allez voir,
Le résultat est beaucoup moins romantique.
Ce qui m'a inspiré ce podcast,
C'est que sans surprise.
.
.
La réparation symbolique est la plus populaire sur mon profil et celle consacrée aux blessures amoureuses.
Et ce n'est pas un hasard.
Nous le savons tous,
L'amour est au centre de nos vies.
Pour beaucoup d'entre nous,
C'est même la quête la plus importante.
L'amour romantique nous accompagne depuis notre plus tendre enfance.
Il commence avec les contes de fées,
Puis viennent les séries,
Les films,
Les romans.
Au début,
Il y a le célèbre « Ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps ».
Puis,
Peu à peu,
Quelque chose change.
Le bonheur devient moins vendeur,
Alors on le remplace par le drame.
Les larmes,
Les séparations,
Les trahisons,
Les « je t'aime mais je ne peux pas être avec toi »,
Ou encore je t'aime,
Je te trompe,
Tu me pardonnes et je vais recommencer parce que c'est ma façon d'aimer et de t'aimer au passage avec ta sœur,
Ton frère ou éventuellement ta mère.
Soyons honnêtes,
C'est divertissant,
Les rebondissements nous captivent,
Le personnage principal souffre,
Il tombe,
Il se relève,
Il replonge et nous,
Nous continuons à regarder.
À force,
Nous baignons dans cette soupe culturelle,
Une soupe tellement omniprésente qu'elle finit par devenir normale.
Et sans même nous en rendre compte,
Elle participe à construire notre propre vision de l'amour.
Petit à petit,
L'amour dysfonctionnel finit par changer de nom,
On l'appelle l'amour passionnel,
Le vrai,
Celui où l'on souffre,
Celui où l'on pleure,
Celui où l'autre nous brise pour que nous ayons enfin la preuve que nous aimons,
Comme si sans cris,
Sans larmes,
Sans montagne russe émotionnelle,
Ce n'était pas vraiment de l'amour.
Parfois,
Je me dis qu'il devrait y avoir un message d'avertissement au début de certains films.
Quelque chose comme.
.
.
Tout est guéri.
Alors aujourd'hui,
J'aimerais vous proposer une petite expérience.
Imaginez que vous êtes au cinéma,
Sauf que cette fois,
Le film projeté,
C'est votre histoire.
Vous en êtes le héros ou l'héroïne.
Vous l'avez toujours été et vous le serez toujours.
Avant de commencer,
Une précision importante,
Comme je le disais,
Les blessures psychologiques ne se voient pas,
Pourtant elles sont bien là,
Chez chacun de nous.
Alors pour cet exercice,
Nous allons leur donner une apparence physique.
Premier élément du scénario.
Vous avez grandi à Woodsboro,
Pour ceux qui n'ont pas la référence,
C'est la ville où se déroule le film Scream.
Là-bas,
Des lycéens se font massacrer les uns après les autres.
Vous avez survécu.
Mais à quel prix ?
Vous avez reçu plusieurs coups de couteau dans le dos,
Une balle dans la cuisse,
Un poignard dans la poitrine,
Vous êtes tombé du toit,
Vous avez perdu des litres de sang.
Bref,
Vous êtes littéralement dans un état catastrophique.
Et pourtant Vous continuez à vivre.
Vous avez même refusé d'aller à l'hôpital.
Vous avez regardé toutes ces blessures et vous vous êtes dit.
.
.
Ça ira,
Je peux fonctionner comme ça.
Après tout,
Vous avez perdu 5 litres de sang,
Il vous en reste 1,
Ça devrait suffire.
Quelques scènes plus tard,
Vous quittez Woodsboro.
Vous déménagez du côté de Notting Hill.
Et cette fois,
La vie semble enfin vous sourire.
Une personne célibataire vous invite à un rendez-vous.
Vous voulez mettre toutes les chances de votre côté.
Trois heures dans la salle de bain,
Quatre heures pour choisir la bonne tenue.
Vous êtes magnifique.
Vous vous regardez dans le miroir,
Vos vêtements cachent parfaitement votre corps meurtri.
Toutes ces blessures accumulées pendant vos années à Woodsboro ne se voient plus.
Pourtant,
Elles sont toujours là.
Vous en rêvez encore la nuit.
Vous y pensez encore le jour,
Mais grâce à ce magnifique ravalement de façade,
Personne ne remarque rien.
Tout va bien,
C'est devenu votre phrase préférée.
Bon,
Ça a un peu tiré quand vous avez enfilé le jean,
Mais franchement,
Ça va,
Vous êtes prêts,
Vous êtes prêtes,
Pour cette nouvelle histoire d'amour.
Le restaurant est magnifique,
La personne en face de vous est particulièrement séduisante,
Vous pensez déjà,
Cette fois c'est la bonne.
Et puis.
.
.
Au cours du dîner,
Le gin commence à gratter légèrement.
Juste au niveau de la balle.
Quelques secondes plus tard,
Vous sentez quelque chose couler dans votre dos.
Le vieux coup de couteau vient de se rouvrir.
La personne en face de vous se lève quelques instants.
Et c'est là que votre vente commence littéralement à s'ouvrir.
Vos intestins sortent doucement par cette immense plaie que vous aviez réussi à dissimuler jusque-là.
Votre magnifique tenue risque d'être ruinée.
Vous hésitez.
Vous partez ou vous restez ?
À ce moment précis,
La personne revient.
Alors,
Vous réajustez discrètement vos vêtements,
Vous rentrez ce que vous pouvez rentrer,
Vous affichez votre plus beau sourire,
Votre plus beau masque.
Et vous espérez simplement que tout tienne jusqu'à la fin du rendez-vous.
Et finalement,
C'est un « oui ».
Vous êtes choisis.
Puis,
Une petite voix,
Venue directement du téléphone resté en communication permanente avec Woodsboro,
Murmure doucement.
Faute de mieux.
Fondu au noir,
Le film recommence,
Mais cette fois en noir.
Du point de vue de la personne avec qui vous venez d'avoir rendez-vous.
Car elle aussi,
Elle a grandi ailleurs.
À Amityville.
Et autant vous dire que les fantômes et les maisons hantées,
Ça le connaît.
Elle est quasiment une experte.
Nous voilà donc devant une scène presque romantique.
Une jolie table,
Une chandelle,
Deux personnes qui se regardent.
Deux personnes qui espèrent aimer,
Mais si l'on regarde un peu mieux.
.
.
De chaque côté de cette table se trouve une personne au corps meurtrie et à l'esprit déchiqueté,
N'en parlons pas de son cœur brisé.
Pourtant.
Elles répètent toutes les deux la même phrase.
Savoir.
Mais est-ce vraiment elle qui parle ?
Ou est-ce leur plus vieille compagne,
L'injustice ?
La relation commence,
Les premiers rendez-vous s'enchaînent,
Les sentiments grandissent.
Et peu à peu,
Le langage de l'amour.
.
.
Commence à changer.
Les « je t'aime » laissent parfois place aux Tu m'aimes toujours ?
Pourquoi tu ne m'as pas répondu ?
Désolé de te déranger.
Tu me caches quelque chose ?
C'est toujours moi qui fais des efforts.
Sans même s'en apercevoir,
La maison de l'amour devient la maison des méprises.
Parfois même la maison du mépris.
Comme si les fantômes d'Amityville avaient trouvé une nouvelle demeure.
Mais ces fantômes ont des noms bien particuliers.
Abandon,
Rejet,
Injustice,
Trahison,
Humiliation.
Et puis presque sans bruit.
Arrivent les petites phrases.
Celles que personne n'entend,
Sauf celui ou celle qui les porte.
C'est trop beau pour durer.
Tous les hommes ou toutes les femmes finissent par partir.
Il finira par voir qui je suis vraiment.
Est-ce que c'est vraiment la bonne personne ?
Si je suis parfait,
Il restera.
Je préfère mettre fin à la relation avant qu'il me quitte.
Je ne suis pas assez beau,
Pas assez belle pour lui,
Pour elle.
Je préfère ne pas lui dire ce que je ressens.
Je voudrais lui faire confiance,
Mais quelque chose m'en empêche.
Le chapelet des blocages,
Une prière que l'on récite parfois sans même savoir que l'on est en train de la réciter.
Mais bon,
C'est le récit d'un film que vous entendez là.
Ce n'est pas du tout votre vie.
À ce moment-là de ce film,
Il y a une petite voix qui intervient.
Elle dit « dis donc ».
Ça en fait des choses !
Les pauvres.
Heureusement,
Moi je n'ai pas tout ça.
C'est les autres qui ont des blessures.
Moi,
J'ai grandi à Woodsboro,
J'ai le cuir dur.
Vous vous souvenez ?
Au début du film,
Nos deux héros sont entrés dans cette relation avec seulement un litre de sang.
Pour eux,
Ils étaient parfaitement fonctionnels.
Ils vivaient comme ça depuis tellement longtemps.
Qu'ils avaient fini par croire que c'était normal.
Puis la relation avance.
Six mois passent.
Et sans qu'il s'en rende compte,
Il continue à saigner.
À chaque peur,
À chaque silence,
À chaque interprétation.
À chaque blessure qui se réveille.
Et maintenant.
.
.
Il ne leur reste plus qu'un demi-litre de sang.
Pourtant,
Ils continuent d'avancer.
Ils sourient encore.
Ils disent encore que tout va bien.
Et lorsqu'on leur demande comment ils tiennent debout,
Ils répondent simplement Je tiens,
Je te dis,
Je tiens.
C'est un vendredi soir.
Il s'ennuie un peu.
Alors,
Comme beaucoup de couples,
Il décide de jouer à un jeu.
Le jeu s'appelle.
.
.
Souviens-toi de mon ex de l'été dernier.
On fait les comptes.
Qui en a eu le plus ?
Qui en a eu le moins ?
Qui est vraiment passé à autre chose ?
Et surtout,
Qui ne l'est pas encore tout à fait ?
Ça trotte,
Ça tourne,
Quelque part dans un coin de la tête.
Et parfois dans un sourire,
Dans une réaction.
Dans une façon de parler,
L'autre a soudain un petit faux air.
On dirait que j'ai embarqué un morceau de mon ex dans notre nouvelle maison de l'amour.
Ou peut-être que c'est l'inverse.
Peut-être qu'une partie de moi est restée vivre dans cette ancienne maison que nous avions construite ensemble.
Avec ce nouveau rebondissement,
La musique devient plus inquiétante et le litre de sang est à nouveau coupé de moitié.
Franchement,
À un demi-litre du demi-litre qui me restait,
Je suis large.
Et puis.
.
.
Sans prévenir.
Une porte claque.
Silence.
Il n'y a plus personne.
Il n'y a plus que moi.
Il n'y a plus d'amour.
Parce que l'autre est parti avec.
Et moi,
Je découvre que je n'en avais jamais vraiment gardé pour moi-même.
Pourtant j'y ai cru,
J'te jure,
J'y ai cru de toutes mes forces.
Alors comment est-ce possible ?
Je ne comprends pas.
Je viens de Woodsboro.
Je sais encaisser les coups.
Je sais serrer les dents.
Je sais avancer,
Comme si rien de tout cela n'avait jamais existé.
Et pourtant,
Je pleure.
J'ai mal.
Terriblement mal.
Je me fais une promesse.
Que jamais.
Plus jamais je ne revivrai ça.
Quelqu'un me sourit.
Il ou elle est plutôt mignon,
Mignonne.
J'y vais.
Après tout.
.
.
Un quart de litre de sang,
C'est largement suffisant.
Fondue au noir.
Ou peut-être pas.
Parce que si rien ne change,
À votre avis ?
Il ressemblera à quoi,
Le prochain film ?
Le problème,
Ce n'est peut-être pas le casting.
C'est que personne n'a jamais vraiment quitté Utsuboro.
Nous avons changé de décor.
Changer de partenaire,
Changer de maison.
Parfois même changer notre manière d'aimer.
Mais dans nos valises,
Nous avons emporté nos blessures.
Et pendant que nous faisons notre petit trajet L'abandon a pris place sur la banquette arrière.
La trahison s'est installée côté passager.
Le rejet est dans le coffre,
L'humiliation s'est glissée sous le siège et l'injustice,
Elle,
Conduit parfois à notre place.
Alors forcément,
Quand quelqu'un entre dans notre vie,
Il n'arrive pas toujours dans une maison vide.
Il rencontre aussi tous les fantômes que nous avons laissés s'y installer.
Et lui aussi arrive avec les siens.
Voilà comment deux personnes qui souhaitent simplement s'aimer peuvent parfois se retrouver à faire vivre ensemble deux histoires et une dizaine de fantômes.
Et après,
On s'étonne que ce soit compliqué.
Mais voici peut-être le véritable retournement de situation de notre film.
Nous ne sommes pas condamnés à tourner éternellement des suites,
Scream 2,
Scream 3,
Scream 4,
La même histoire,
Les mêmes blessures,
Simplement avec un nouveau casting.
À un moment,
Nous pouvons décider de changer de scénario.
Pas celui de l'autre,
Le nôtre.
Parce que nos blessures amoureuses ne sont pas notre identité.
Elles racontent ce que nous avons vécu.
Elle raconte parfois ce que nous avons perdu,
Ce que nous avons subi.
Ce que nous avons cru comprendre de l'amour.
Mais elles ne disent pas ce que nous sommes condamnés à vivre demain.
Et c'est peut-être là que commence réellement notre comédie romantique.
Pas lorsque quelqu'un arrive pour nous sauver.
Pas lorsque nous rencontrons enfin la personne parfaite.
Mais lorsque nous décidons de prendre soin de ce que nous transportons d'une histoire à l'autre.
Parce que nous demandons parfois à une nouvelle personne de rassurer une ancienne blessure qu'elle n'a jamais créée.
Prouve-moi que tu ne partiras pas.
Prouve-moi que je peux te faire confiance.
Prouve-moi que je suis suffisamment bien.
Prouve-moi que cette fois,
Je peux aimer sans souffrir.
Mais l'autre ne peut pas toujours réparer ce qu'il n'a pas cassé,
Et ce n'est peut-être même pas son rôle.
Alors peut-être qu'avant de chercher qui jouera dans le prochain film,
Nous pouvons nous demander.
.
.
Qu'est-ce que je ne veux plus emmener avec moi dans le prochain scénario ?
Quelle blessure continue de parler à ma place ?
Quelle ancienne histoire continue de réclamer des contes à quelqu'un qui n'y était même pas ?
Quelle peur est devenue tellement familière que j'ai fini par l'appeler ma façon d'aimer.
Voilà peut-être le véritable générique de fin dont nous avons besoin,
Pas celui de l'amour,
Celui de certaines blessures.
C'est notamment pour cela que j'ai créé mes réparations symboliques.
Pour travailler sur ces blessures,
Ces mémoires et ces mécanismes que nous pouvons continuer à transporter d'une relation à l'autre.
Vous trouverez sur mon profil plusieurs pratiques consacrées aux blessures amoureuses et aux blessures émotionnelles.
Parce que finalement,
Le prochain amour de votre vie n'a peut-être pas besoin d'un meilleur scénario.
Il a peut-être simplement besoin que certains fantômes ne soient plus au casting.
Merci pour votre écoute et souvenez-vous,
Vous pouvez avoir grandi à Woodsboro sans être obligé d'y passer le reste de votre vie.
Cette fois,
Vous pouvez quitter la ville et laisser les fantômes derrière vous.
Rencontrez votre professeur
5.0 (3)
Avis récents
More from Petitpartagedexperience
Méditations similaires
Professeurs similaires
Trusted by 37 million people. It's free.

Get the app
