
Caravan Dzair: Le Conte
Bien que voyageurs depuis des millénaires, grains de sable et petits animaux du Sahara vont voyager en caravane improvisée qui se fait et se défait au gré des éléments. Les grains de sable acceptent l'invitation du vent à danser sur les notes de la résilience. Que l'on voyage ou que l'on reste immobile, dans la nature rien n'est immuable.
Script
Par un jour d'octobre dans le Sahara,
Le vent se leva et se mit à souffler très fort.
Il forma alors un tourbillon de sable,
Virevoltant au flanc des dunes.
La spirale dorée embarqua une multitude de grains de sable.
Tout en s'élevant,
Ces derniers se demandaient où ils allaient et qui ils pouvaient bien rencontrer sur leur chemin.
Le voyage commença alors pour les minuscules passagers déserts.
Grain amusé rencontra un lézard qui passait par là et qui n'avait plus sa queue.
Il jubila l'idée de l'inviter à se joindre à lui,
Les autres grains et le vent,
Pour leur voyage.
« Aimerais-tu te joindre à notre caravane désert ?
» demanda Grain amusé.
« J'aimerais tant »,
Répondit le lézard avant d'ajouter.
« Seulement voilà,
Je ne pourrai pas vous suivre à la queue,
Lele.
» Alors Grain amusé,
Les autres grains et le vent continuèrent leur voyage sans le lézard.
Plus loin dans le désert,
Au ditour d'une nouvelle dune,
Grain attentif rencontra une araignée qui passait par là et qui n'avait plus que cette patte.
Il lui fit remarquer qu'elle pouvait se joindre à lui,
Les autres grains et le vent,
Pour leur voyage.
« Aimerais-tu te joindre à notre caravane désert ?
» demanda Grain attentif.
« J'aimerais tant »,
Répondit l'araignée avant d'ajouter.
« Seulement voilà,
Je pense que m'envoler dans les airs avec tes grains de sable me ferait une belle jambe.
» Alors Grain attentif,
Les autres grains et le vent continuèrent leur voyage sans l'araignée.
Avant de quitter les étendues désertiques,
À la dernière dune,
Grain curieux rencontra un serpent qui passait par là.
Il était bossu et recouvert de sa vieille peau.
Grain curieux lui demanda s'il aimerait se joindre à lui,
Les autres grains et le vent,
Pour leur voyage.
« Aimerais-tu te joindre à notre caravane désert ?
» demanda Grain curieux.
« J'aimerais tant »,
Répondit le serpent avant d'ajouter.
« Seulement voilà,
J'ai bien roulé ma bosse et aujourd'hui j'en ai la peau dure.
» Sans le serpent non plus,
Grain amusé,
Grain attentif,
Grain curieux,
Ainsi que tous les autres grains,
Poursuivirent leur vol dans les bras du vent.
De plus en plus fort,
Le vent souleva la caravane en pointillés au-delà des immensités du sarin.
Contemplant la terre en mosaïque,
Chaque petit grain la reconnut,
Elle qui les secoue quand elle rit aux éclats en faisant naître îles et montagnes de son ventre.
C'est alors que les petits voyageurs s'aperçurent qu'ils n'avaient plus les pieds sur terre.
Désormais libérés de leurs tourbillons,
Les grains de sable avaient la tête dans les nuages.
Le vent les avait confiés au ciel.
Là-haut,
Ils s'étalèrent et s'installèrent comme chez eux.
On aurait dit que les nuages étaient devenus des dunes flottantes et le ciel un Sahara suspendu.
Seulement voilà,
La nature finit toujours par reprendre ses droits.
La pluie,
Qui n'appréciait pas de voir sa place dans les nuages occupés par ses intrus,
Décida de demander son aide au vent.
Après tout,
C'est lui qui avait amené les petits grains jusqu'au ciel.
Celui-ci accepta de prêter main forte à la pluie pour qu'elle retrouve sa place.
Il souffla et poussa les nuages tellement fort que les grains de sable en furent chassés.
Gorgés de pluie,
Les nuages virent s'effacer leurs contours gravés d'ocre pour s'assombrir d'un gris anthracite.
Poursuivis par les gouttes d'eau,
Les grains de sable retombèrent lourdement à terre.
Trempés et tous secoués,
Ils ne reconnaissaient rien de ce qui les entourait.
Leurs sols,
Chauds et soyeux,
Leur manquaient.
À son tour,
Le vent tomba près d'eux.
Il se rapprocha et dit afin de les rassurer,
« Le Sahara est toujours à sa place.
Si vous souhaitez y retourner,
Je vous emmènerai.
Mais sachez qu'une fois de retour chez vous,
Vous ne serez plus les mêmes.
» Sans hésiter,
Les grains de sable acceptèrent.
Les voyants,
Alourdis par toute l'eau de pluie qu'ils avaient bu,
Le vent prévint ses passagers que le voyage du retour ne se ferait pas par les airs.
Il décida de les conduire à travers chemins et sentiers.
Les minuscules nomades ondulèrent et roulèrent des jours et des nuits,
Se serrèrent jusqu'à ne plus faire qu'un.
Quand le Sahara accueille ses habitants de retour,
Le soleil trône et octobre est déjà loin.
Le vent,
Désormais à hauteur de ses compagnons de voyage,
Découvre le paysage et s'étonne en revoyant le serpent bossue à la peau dure.
Celui-ci a mué et fait peau neuve.
L'araignée,
Si légère sur toutes ses pattes,
Pouvait enfin valser.
Une valse à huit ans,
Un temps sur chaque patte.
Sur la dune où tout avait commencé,
Le lézard qui n'avait plus sa queue au début du voyage l'a vu repousser depuis.
Alors tout va bien,
Il n'y a pas de lézard.
Intrigué par ce qu'elle voit,
Les trois petites créatures ont la même question qui leur brûle les lèvres.
Et comme la langue du lézard est la plus pendue,
Il la déroule en direction du vent et lui lance.
D'où vient cette fleur qui luit de mille cristaux au milieu du sable roux ?
Elle est d'ici,
Lui souffle le vent.
Transformés par leur aventure,
Les grains de sable n'étaient plus dispersés.
Unis à jamais,
Ils sont devenus une majestueuse rose des sables.
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