
Rester présent avec sérénité
by Stephane Nau
Notre relation au présent est étrange : nous aimerions qu'il soit calme, paisible et joyeux, et nous faisons tout pour qu'il soit agité, confus et tendu. Loin de nous juger, nous pourrions le regarder autrement : comme il est ! Et y puiser de la sérénité, même lorsque la tempête fait rage...
Script
En Inde,
Il y a une fameuse illustration d'un environnement de flammes,
De torrents,
De tempêtes et un dragon au milieu de tout ça qui crache ses flammes,
Le chaos absolu.
Et sur la langue du dragon au moment où il crache ses flammes,
Il y a un moine zen qui médite au calme.
Trouver le calme au cœur de la tempête,
De pouvoir retrouver un espace pour nous dans tout ce qui se passe et qu'on ne comprend pas,
Qu'on ne maîtrise pas et qui nous dépasse en fait complètement.
Ça peut commencer par choisir pour nous s'installer dans une posture qui nous va bien,
Quelque chose où on peut sentir le corps qui se dépose,
Quelque chose qui est stable.
Peut-être les uns et les autres,
Vous êtes assis sur une chaise ou dans un fauteuil,
Ou peut-être sur un coussin par terre ou sur un banc de méditation.
Et quel que soit l'endroit où vous êtes,
C'est de voir si vous pouvez déjà dans un premier temps ramener votre présence à ce qui est là.
Et peut-être pour faciliter ça,
La proposition c'est de fermer les yeux et juste de sentir comment vous êtes installé,
Comment le corps est posé,
Comment vous ressentez que vous êtes posé.
Et peut-être que vous pouvez toucher ça,
Sentir ça,
Que vous êtes posé.
Par exemple,
Juste en sentant les pieds qui sont posés au sol,
Ou bien les fesses,
L'arrière des cuisses qui est posée sur l'assise de là où vous êtes assis.
Peut-être le dos qui repose sur un dossier,
Simplement revenir au corps posé là.
Et en même temps,
On peut sentir qu'en ressentant cette stabilité-là,
On pourrait aussi sentir une forme de verticalité,
Quelque chose qui nous élève un peu plus vers le haut,
Vers le plafond,
Le ciel.
Juste sentir le dos et la colonne vertébrale qui maintient le haut du corps,
Sentir la tête se poser sur la nuque.
L'invitation vraiment à tout en douceur,
Poser ce regard qui peut-être encore à un moment était vers l'extérieur,
Vers les préoccupations,
Vers le faire,
Vers tout ce qui était dehors.
Juste de ramener ce regard là,
À cet instant,
Dedans,
Ressentir,
Ressentir,
Ressentir du mieux que nous pouvons.
Peut-être qu'il y a des endroits,
Peut-être qu'il y a des zones qu'on ne sent pas,
Qu'on ne ressent pas,
Et c'est ok aussi.
On ne se force pas à ressentir quelque chose,
Mais plutôt à voir déjà ce que nous ressentons.
Et s'il n'y a rien,
Il n'y a rien à cet instant,
À cet endroit,
Et c'est ok.
Et si ça nous va,
On pourrait inviter notre attention à venir se poser sur le souffle,
Juste sentir le souffle qui va et qui vient.
Sans changer quoi que ce soit au souffle,
Juste voir,
Être là avec ce souffle qui est là,
C'est juste ce mouvement du souffle et cette air qui entre et qui sort.
Sans chercher à obtenir quoi que ce soit du souffle,
Simplement être avec ce souffle-là qui va et qui vient.
Une invitation à nous établir dans le présent,
À nous établir dans la conscience du corps,
Du souffle,
Instant après instant.
Une invitation à laisser le corps se déposer par lui-même,
À laisser le souffle circuler par lui-même.
Et dans cet espace tel qu'il est là,
De notre conscience,
De ce qui se déroule instant après instant,
L'invitation serait de laisser venir en nous une image,
L'image d'une montagne,
De la montagne la plus belle que nous ayons jamais vue.
Peut-être une montagne que nous avons rencontrée en vrai,
Peut-être l'image d'une montagne.
Laissez juste l'image de cette montagne venir en nous et notez comment est cette montagne,
Juste constater comment est cette montagne,
Notez comment est sa base.
Peut-être que la base de la montagne est très rocailleuse ou alors pleine de végétation,
Peut-être qu'elle est très large ou très étroite.
Et puis comment sont les versants de cette montagne ?
Est-ce qu'ils sont doux dans leur montée ?
Est-ce que c'est chaotique ?
Est-ce que c'est très abrupt ?
Est la cime de cette montagne pointue ou plutôt douce et ronde,
Ou plutôt un plateau ?
Peu importe,
Juste voir la montagne qui nous paraît la plus belle là maintenant,
Jusqu'à ce que cette montagne finalement soit avec nous,
Que nous ne faisions plus qu'un avec cette montagne.
Et sentir comment notre corps est solidement posé,
Comme cette montagne est solidement ancrée dans le roc.
Comment nos bras,
Nos épaules nous élancent et notre dos nous élance vers le haut,
Comme les versants de cette montagne.
Et comment notre tête est posée au-dessus de nos épaules,
Comme la cime de cette montagne.
On entend simplement que nous sommes assis là,
Comme la montagne que nous voyons.
On entend que peut-être la montagne subit parfois des tempêtes,
Un climat rigoureux,
Chaud ou froid,
Du vent,
De la grêle,
De la pluie,
Du beau temps,
De la chaleur,
Un vent doux et tranquille.
Que le jour n'est pas la montagne la nuit,
Que les saisons changent.
Et dans toutes ces circonstances de changements permanents,
Quelles que soient ces situations-là,
La montagne reste la montagne.
Dans sa solidité,
Dans sa majesté,
La montagne garde cet ancrage et cette vue panoramique à son sommet.
Et peut-être qu'il y a des gens qui viennent voir cette montagne de temps en temps,
Certains la trouvent belle,
Prennent une selfie,
Une photo,
Puis d'autres se disent « waouh,
C'est juste ça ?
» ou alors « c'est moche ».
Ok.
Quelles que soient les visiteurs,
Et quels que soient les jugements,
Les opinions,
Les ressentiments,
La montagne reste la montagne.
Solide,
Majestueuse,
Souveraine,
Digne,
Élevée.
Et en été,
La montagne connaît la chaleur du ciel,
Du climat.
On voit bien qu'il n'y a plus beaucoup de neige au sommet,
Que l'eau coule dans les torrents et les rivières.
Et peut-être même qu'à sa base,
Il y a une végétation luxuriante et une faune en grande quantité.
On entend les couleurs vertes,
Vert foncé,
Et le climat chaud.
Et en été,
La montagne est la montagne.
Solide,
Majestueuse,
Souveraine,
Élevée,
Totalement présente à tout ce qui est avec elle,
À tout ce qui est à l'extérieur d'elle,
Mais la montagne reste la montagne.
Et en automne,
Les couleurs changent,
Le climat aussi.
Peut-être fait-il un petit peu plus froid ou un peu moins chaud et la pluie arrive,
La végétation s'obscurcit,
Change de couleur,
Les animaux préparent leur terrier pour l'hiver,
Les oiseaux,
Pour certains,
S'en vont.
Les visiteurs se font un peu plus rares.
En automne,
La montagne reste la montagne,
Totalement présente à ce qui la compose et à tout ce qui l'entoure,
À ses changements de climat,
À ses changements de végétation,
À ses changements d'état,
Et elle reste la montagne.
Montagne solide,
Ancrée,
Majestueuse et digne,
Souveraine,
Élevée.
Et arrive l'hiver où le climat devient de plus en plus froid,
Les premiers flocons de neige apparaissent.
Le gel aussi,
Les rivières se tarissent,
Les torrents commencent à geler,
La végétation a perdu son vert,
Les arbres n'ont plus de feuilles,
Les animaux ont disparu,
Les tempêtes commencent.
Et la montagne,
Pour autant,
Reste présente à tout ce qui la compose et à tous ses changements,
Attentive à ce qui se passe à l'extérieur et changeant d'état à l'intérieur.
Et elle reste la montagne,
Solide et majestueuse,
Souveraine,
Digne,
Élevée.
Arrive le printemps,
Période de renaissance,
Les bourgeons arrivent dans la végétation,
Les animaux reviennent un petit peu,
Sortent d'heures terriers,
Quelques fleurs apparaissent,
Nichées au creux de la forêt.
Le soleil se fait un peu plus présent,
Mais le froid est encore là,
De violentes tempêtes de froid,
De neige,
De grêle s'abattent sur la montagne encore,
De plus en plus rares.
La montagne reste présente à tous ces changements,
Présente à tous ces climats,
Présente à tous ces états qui changent.
La montagne n'en fait pas une affaire personnelle,
Elle reste simplement la montagne,
Solide et enracinée,
S'élevant vers le ciel avec dignité,
Avec majesté,
Avec souveraineté.
La montagne est la montagne.
Peut-être pourrions-nous ressentir un petit peu de cette montagne en nous à cet instant,
Ou peut-être épouser les qualités de la montagne,
À la fois cette solidité,
Cette souveraineté,
À la fois cet accueil des conditions,
Cette adaptation,
Tout en restant elle-même,
En restant présente à cette montagne en nous,
À notre corps qui respire,
Attentif à tout ce qui se présente dans le champ de l'expérience,
Toutes ces petites variations du climat intérieur,
Du climat extérieur,
Attentif aux sensations,
Aux sons,
Aux pensées,
Aux sentiments,
À tout ce qui se présente dans le champ de l'expérience,
Au cœur de l'expérience du moment.
Attentif à tout ce qui se présente,
Instant après instant,
En constatant peut-être à cet instant que nous sommes capturés par nos pensées,
Que notre attention est partie dans des choses à faire,
Dans des choses à penser encore et à penser encore,
Dans des problèmes,
Dans des jugements,
Dans des souvenirs,
Des ruminations.
Accueillons ces pensées,
Accueillons ce qui se présente comme ça se présente.
Les pensées ne sont que des pensées,
Invitation à ne pas s'agripper à quoi que ce soit,
Mais plutôt à laisser émerger ce qui émerge du champ de l'expérience,
Ce qui émerge comme sensation,
Le souffle,
Les sons,
Les pensées,
Les sentiments,
Les émotions.
Voyons comment tout ça apparaît et disparaît,
Instant après instant.
Présente,
Présent à tout ce qui apparaît,
Tout ce qui disparaît,
Le souffle,
Une sensation,
Un son,
Une pensée,
Un sentiment,
Une émotion.
Quoi qu'il apparaisse,
Quoi qu'il disparaisse,
Je suis présent,
Présent,
Attentif,
Attentif.
Présente,
Présent à notre climat intérieur,
Au climat extérieur,
Reconnaissant peut-être la multitude et la variété de tout ce qui apparaît dans le champ de l'expérience,
De la multitude des sensations,
De la multitude des sons qui arrivent à nos oreilles,
De la multitude des pensées qui apparaissent dans le champ de notre conscience,
L'infinie richesse de l'expérience,
Présence à tout ce qui est là,
Juste à cet instant,
Et instant après instant.
Quand c'est OK pour nous,
Quand nous décidons de le faire,
C'est juste quand c'est juste pour nous d'ouvrir les yeux,
De reprendre ce contact visuel,
De voir comment nous maintenons notre présence à ce qui nous entoure et à nous-mêmes dans la redécouverte de la vue.
C'est peut-être la pièce dans laquelle nous sommes et ce qui nous entoure,
Et maintenons vraiment cette attention à la fois douce et bienveillante sur un sens de plus qui est activé et qui fait partie du champ d'expérience.
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