
Leçons de vie
Nous portons déjà en nous les réponses à nos questions et les solutions à nos problèmes. Mais, tant et aussi longtemps que nous nous obstinerons à les chercher à l'extérieur de nous, ces solutions demeureront éphémères. Dans ce premier épisode, Nicole retrace les grandes lignes de son parcours personnel et les leçons de vie qui ont jalonné son cheminement intérieur.
Script
Bonjour,
Ici Nicole Bordeleau et d'abord merci d'avoir souscrit à cette série balado intitulée simplement Nicole Bordeleau en balado.
Ça manque peut-être d'originalité mais je voulais que ce soit authentique,
Que ce soit un lieu de conversation,
Un lieu de rencontre et à force de chercher des titres,
Le plus simple c'était de commencer avec qui je suis,
Avec mon histoire personnelle,
Avec mon parcours et si c'est de cela que je vous parle aujourd'hui c'est peut-être parce que mon cheminement ressemble à celui de bien d'autres personnes.
Je suis née dans une région du Québec qui est connue pour ses espaces vertigineux,
Ses vastes forêts,
Ses routes de gravier,
Ses mines et ses grands lacs,
Un coin de pays qu'on appelle l'Abitibi et d'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours eu la certitude que nous venions sur cette terre pour être heureux,
Pour être en paix,
Pour connaître l'espace de la créativité,
De l'imagination,
De l'émerveillement.
Je puisais dans des univers variés,
Dans toutes sortes de livres,
Des aventures rocambolesques dans lesquelles je me projetais.
Je me rappelle que l'une de mes rêveries préférées le soir avant de m'endormir c'est que je m'imaginais plus tard vivre comme une nomade,
Pieds nus,
Dormant à la belle étoile ou dans une caravane mais sans domicile fixe et je me voyais ainsi parcourir tous les continents sans avoir à rendre de compte à personne.
Donc c'est ainsi qu'au milieu de l'adolescence pour moi le mot liberté a pris la même signification que le mot danger.
J'ai commencé à être attiré par des interdits,
Par des univers qui étaient loin de ceux de mon climat familial.
Je suis partie de la maison pour poursuivre mes études,
Je me suis rendue à Québec dans un appartement où sans surveillance parentale je pouvais enfin satisfaire ma curiosité insatiable et ma soif d'horizons nouveaux.
Mais après quelques mois,
Comme c'est souvent le cas,
Comme j'avais de moins en moins de repères et d'interdits,
Je me suis retrouvée déstabilisée intérieurement.
Et là la tension,
Le stress de devoir étudier à plein temps,
De devoir subvenir à mes besoins,
Amplifiaient mes angoisses existentielles.
Alors que je me croyais libre,
Je m'étais jamais sentie si emprisonnée intérieurement.
Puis un beau jour,
Il y a une amie qui m'a demandé si je voulais l'accompagner aux États-Unis dans un voyage d'un week-end pour aller voir la mer,
Et je n'avais jamais vu la mer à cette époque,
Et d'emblée j'ai dit oui.
À l'instant même où j'ai vu surgir l'océan devant mes yeux,
Où j'ai pu mesurer son immensité,
Où j'ai senti son souffle,
J'ai été parcourue par un énorme frisson.
J'ai eu un sentiment d'euphorie,
Mais aussi un pressentiment que ma vie venait de prendre un tournant,
Un dangereux tournant.
Alors que 72 heures plus tard,
Mon amie rentrait au Québec,
Moi j'avais décidé,
Contre toute attente,
De rester sur les lieux et de repartir à zéro pour être libre et heureuse.
Et là la première année,
Tout s'est déroulé comme je l'espérais.
En fait,
Je vivais le rêve de mon enfance.
Je partageais un petit appartement avec des amis,
Je vivais de petits boulots ici et là,
Je marchais pieds nus au bord de la mer,
Je passais mon temps libre au milieu des touristes,
La nuit je pouvais sous les étoiles faire la fête.
Bref,
Je croyais que mon plan était parfait et que j'étais pour vivre ainsi libre et heureuse pour le restant de mon existence.
Or,
J'avais tort.
On peut métamorphoser son apparence physique,
On peut changer d'emploi,
On peut délaisser une relation amoureuse pour une autre,
On peut déménager de ville,
On peut changer de pays.
Mais là où tu vas,
Tu es.
Et c'est ainsi qu'un soir,
Par souci de liberté ou par immaturité,
Manque de discernement,
Par arrogance ou par excès de confiance,
J'allais pour la première fois de mon existence pousser la sensation enivrante d'étourdissement jusqu'à consommer de la cocaïne.
Et à partir de ce moment-là,
Ma vie allait emprunter une spirale descendante pour les cinq prochaines années.
Alors que j'ignore encore tout de la vraie vie,
Alors que je n'ai pas véritablement vécu,
J'allais m'émisser dans un univers qui est dur et cruel,
Qui est celui de l'indépendance,
Dans un milieu où j'allais rencontrer toutes sortes de gens,
Des fêtards occasionnels,
Des manipulateurs professionnels,
Des excessifs,
Des menteurs,
Des dépressifs,
Mais surtout des gens comme vous et moi qui veulent fuir un moment d'inconfort et qui,
Par malchance ou par manque de discernement,
Ont pris un chemin qui est,
Et je le répète,
Une spirale descendante.
Et ce qui est étonnant,
C'est que c'est là que je vais apprendre que le mantra d'indépendant,
Qu'on soit dépendant à la drogue,
À la nourriture,
Aux jeux de hasard,
Au sexe,
Aux médicaments,
À l'alcool,
À la drogue,
Au travail,
Au sport,
Peu importe notre forme de refuge ou de dépendance,
Le mantra d'indépendant,
C'est la prochaine fois.
La prochaine fois,
Je ne miserai pas autant.
La prochaine fois,
Je ne boirai pas autant.
La prochaine fois,
Je ne passerai pas autant d'heures devant mon écran.
La prochaine fois,
Je ne mangerai pas autant.
La prochaine fois,
Je vais arrêter de travailler avant d'être épuisé.
La prochaine fois,
La prochaine fois,
La prochaine fois,
C'est le mantra du dépendant.
Et pendant ce temps-là,
Eh bien,
Chaque jour,
Personnellement,
Je vivais avec une multitude de symptômes physiques,
De nausées,
D'insomnie,
De maux de tête,
De fatigue excessive,
Mais je continuais à répéter la prochaine fois.
À cette époque,
Je n'avais que 25 ans,
Mais j'avais déjà l'impression d'en avoir 105 parce que tout m'apparaissait tellement lourd et difficile à vivre.
Et je ne savais pas du tout comment j'étais pour m'en sortir.
Jusqu'au beau jour où,
Par excès de confiance ou d'arrogance encore une fois,
J'allais consommer davantage que d'habitude.
Et ce soir-là,
J'ai compris qu'il n'y aurait pas de prochaine fois.
Si je ne changeais pas de vie,
Si je ne me réinventais pas,
Durablement et profondément,
Il n'y aurait jamais de prochaine fois.
La seule bonne nouvelle,
Lorsque notre vie s'effondre à nos pieds en mille et une miettes,
La seule bonne nouvelle,
C'est que c'est à nous,
Cette fois-ci,
D'en choisir les morceaux pour se reconstruire.
Ce n'est plus à nos parents,
Nos amis,
Nos professeurs,
La société,
Notre éducation,
Mais c'est à nous de nous recréer intérieurement.
Donc,
Pour les dix prochaines années,
J'allais tout mettre en œuvre pour recréer ma vie,
Pour me refaire une santé,
Pour retourner aux études.
Et après une dizaine d'années,
Non seulement j'enseignais dans une grande école de mode et je travaillais dans les médias,
Mais j'avais aussi rencontré le grand amour.
Et j'avais l'impression que la vie dont j'avais toujours rêvé,
Pas celle que j'avais fantasmé,
Pas celle de mes illusions,
Mais celle qui demandait à naître et avoir le jour à l'intérieur de moi,
Pouvait enfin m'être donnée.
Cependant,
Tant et aussi longtemps que nous n'avons pas déployé tout notre potentiel,
Que nous n'avons pas exploré toutes les ressources,
Tous les talents qui nous ont été donnés,
Qui sommeillent à l'intérieur de nous,
Et bien la vie va continuer à mettre sur notre chemin des défis,
Des opportunités,
De l'adversité,
Des situations,
Des circonstances,
Des personnes qui vont constamment nous mettre au défi de prendre le risque,
Le très très grand risque de devenir pleinement qui nous sommes.
Et c'est ainsi,
Alors que je croyais être finalement arrivé à me réinventer,
Qu'un beau matin de l'année 1996,
On m'apprenait que j'étais porteuse d'un virus mortel à l'époque qui s'appelait l'hépatite C,
Et pour laquelle,
À cet instant,
Il n'y avait aucun médicament.
Après quelques mois,
J'ai compris.
J'ai compris que la vie m'invitait à descendre beaucoup plus profondément au cœur de mon être,
Pour m'y assembler,
Pour m'y recréer intérieurement.
Mais à l'époque,
Je vivais avec une obsession parce que,
Étant au cœur d'une maladie,
Je comptais le temps qui passait.
Moi qui n'avais jamais accordé d'importance avant aux mois,
Aux années,
À la date du jour,
Eh bien j'en circulais chaque jour sur un calendrier à l'époque.
Je comptais les heures,
Les minutes,
Les secondes de la journée.
Le soir,
Fébrilement,
J'essayais de voir s'il me reste cinq ans à vivre,
S'il me reste dix ans à vivre,
Qu'est-ce que j'aimerais faire de ce temps.
Le lendemain matin,
Je me réveillais effrayée et angoissée.
Et tout cela a duré des semaines,
Des mois,
Jusqu'à un moment donné où j'ai réalisé que je ne pouvais plus attendre de guérir pour vivre.
Vivre était guérir.
Et dans les jours qui vont suivre,
Une foule de questions vont se présenter à moi.
Qui suis-je?
Qui suis-je sans cette maladie?
Qui suis-je sans mes peurs,
Sans mes angoisses existentielles?
Qui suis-je au-delà de mes projets,
De mes biens matériels,
De mes connaissances,
De mon savoir,
De ma carrière?
Qui suis-je au-delà de mes désirs,
De mes peurs?
Qui suis-je au fond de moi,
Au creux de mon être?
Et aujourd'hui,
Avec le recul,
Je vois que c'est précisément ce questionnement qui allait me mener à la découverte de l'extraordinaire monde que l'on porte chacun de nous en soi et qui est celui de notre esprit.
Et peu importe qui nous sommes,
Peu importe notre histoire,
Peu importe notre âge,
Notre état de santé,
Notre niveau d'éducation ou nos conditions de vie,
C'est en notre esprit que se trouve un incroyable pouvoir de transformation.
Mais pour parvenir à cette véritable métamorphose,
Il faut se dégager de nos conditionnements,
De nos croyances,
De nos projections,
De nos idées fixes,
De nos préjugés.
Et c'est un travail de longue haleine.
C'est un travail qui pour moi se poursuit encore jour après jour,
Mais c'est en découvrant que le véritable bonheur,
Celui dont je rêvais depuis que je suis enfant,
Ne tient pas une circonstance extérieure,
Ni à une situation particulière,
Mais que le bonheur,
La paix intérieure,
La liberté,
C'est un état d'être qui est déjà là en soi et qui ne demande qu'à surgir,
Qu'à être retrouvé.
Et la voie que l'on va prendre pour atteindre et retrouver cet état initial de qui nous sommes,
Et bien pour moi ça sera le yoga et la méditation qui m'émenera.
Pour d'autres ça pourrait être différentes voies,
Différents cheminements,
Différents parcours,
Mais nous traverserons tous,
À un moment ou l'autre de notre existence,
Des passages où nous devons nous remettre en question,
Où nous devons nous interroger sur le sens profond de notre vie.
Au moment d'enregistrer ce podcast,
Nous sommes à la fin septembre de l'année 2020 et nous sommes au cœur d'une pandémie qui sévit depuis le printemps dernier.
Et à travers cette période de grand bouleversement,
Nous perdons nos repères,
Nos habitudes de vie sont chamboulées,
Nous vivons dans l'inquiétude et dans l'angoisse,
C'est normal et c'est humain.
Il y a des gens qui sont inquiets,
Inquiets pour leur santé,
Inquiets pour leur emploi,
Inquiets pour leur entreprise,
Inquiets pour leurs enfants,
Le futur de leurs enfants,
Inquiets pour la santé d'un parent qui est vieillissant.
Bref,
Notre société présentement est chamboulée et ballotée par les grands vents des changements.
Mais je pense que c'est aussi une opportunité qui nous est donnée de remettre de l'ordre dans nos priorités,
De revoir nos valeurs et on peut trouver au cœur des difficultés un cadeau inestimable,
Vous et moi,
Et c'est celui de faire la connaissance réelle de qui nous sommes dans notre fort intérieur.
Nous ne sommes pas notre histoire et même si aujourd'hui je vous ai raconté mon parcours,
Tout cela fait partie du passé,
Ce n'est pas qui je suis en cet instant même,
C'est une expérience sur laquelle je peux m'appuyer,
Peut-être ou peut-être pas,
Mais ça ne définit pas qui je suis.
Aujourd'hui,
Alors qu'il m'a fallu 30 ans pour guérir de la maladie,
Que je suis devenue maître en yoga et professeur de méditation,
Autrice et conférencière,
Je vois que la véritable guérison est celle qui débute par la connaissance de soi.
De la connaissance de soi,
Mais aussi de la compassion envers soi.
Indépendamment de la situation dans laquelle vous vous trouvez présentement,
Indépendamment du défi ou du conflit qui est devant vous,
Quelles que soient les circonstances,
La première chose est d'adoucir votre regard envers vous-même.
De vous rappeler que vous n'êtes qu'un être humain,
Avec ses forces et ses faiblesses,
Ses limites et ses capacités,
Ses qualités et ses défauts.
Quels que soient vos problèmes,
Quels que soient les moments difficiles que vous ayez à traverser,
La compassion remplace un sentiment d'injustice ou d'impuissance par la conscience de ne pas être seul à vivre de tels instants.
Lorsque notre cœur s'ouvre à la compassion,
Nous réalisons que bien que cet instant soit inconfortable,
D'autres le vivent également.
La compassion ouvre le cœur et ouvre l'esprit.
On se sent unifié,
Centré en nous-mêmes,
Enraciné à la vie.
Et cette connexion,
Cette compassion nous apporte la force et le courage d'avancer,
Mais la force et le courage également de demeurer entièrement présent,
Totalement conscient,
Pleinement vivant en cet instant.
Alors que toute petite,
En Abitibi,
Je rêvais de liberté,
Je réalise aujourd'hui que la véritable liberté,
C'est celle qui est intérieure et c'est celle qui nous donne le courage d'accueillir la totalité de qui nous sommes.
En ce moment,
Vous et moi,
Nous avons le choix.
Nous pouvons rester enfermés dans la résistance,
Dans nos peurs,
Nos inquiétudes,
Nos angoisses.
Nous pouvons endurcir notre cœur et laisser notre esprit se fermer,
Où nous pourrons prendre le risque,
Le très beau risque,
Le vertigineux risque d'être pleinement présent,
De nous ouvrir à la totalité de la réalité,
Si inconfortable soit-elle,
Et nous pouvons prendre le risque,
Dès maintenant,
De dire oui à notre vie.
Oui,
Dans ce qu'elle a de plus merveilleux et de douloureux.
Oui,
Dans ce qu'elle a de plus magnifique et de tragique,
Car le seul instant où vous et moi,
Nous sommes vivants,
C'est ici et maintenant,
En cet instant même.
Sur ce,
Je vous dis merci de votre présence,
De votre écoute bienveillante.
Que la vie vous soit douce et à la semaine prochaine.
Rencontrez votre professeur
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