
Tout passe
Comment accueillir avec sérénité les changements ? Dans cet épisode, Nicole nous présente son nouvel ouvrage, « Tout passe », publié chez Édito - Québec. Elle nous propose des réflexions pour mieux accepter le caractère imprévisible de la vie
Script
Bonjour,
Ici Nicole Bordeleau et bienvenue à un autre épisode de Nicole Bordeleau en balado.
Aujourd'hui,
J'aimerais dédier ce balado à tous ceux et celles qui relèvent le vertigineux défi d'accueillir les changements et de changer notre monde pour le meilleur.
Ce matin,
Je me suis réveillée avec une joie profonde parce que mon nouveau livre « Tout passe » est arrivé en librairie.
Par le biais de cet ouvrage,
Je souhaitais vous partager des souvenirs personnels,
Des anecdotes inspirantes,
Mais surtout de riches leçons de vie qui m'ont aidée à travers les décennies à accueillir les changements avec plus de sérénité.
Je l'ai intitulé « Tout passe » parce que ces deux mots m'ont permis d'accepter maintes et maintes fois le caractère fugace et imprévisible de toute chose.
Dans cet ouvrage orchestré autour de deux grands thèmes,
L'impermanence et l'art de l'attention,
Je vous partage une façon d'être et de voir le monde qui peut radicalement changer votre quotidien.
Je ne sais pas ce qu'il en est de vous,
Mais pour ma part,
Dans un monde qui m'apparaît de plus en plus incertain,
Je ressens le besoin profond d'éveiller mes sens,
De pacifier mon esprit,
De transcender des peurs,
Mais aussi de libérer en moi la créativité,
La spontanéité et de préserver la joie de vivre ici et maintenant.
Mais pour y parvenir,
Il nous faut apprendre à accueillir l'impermanence.
L'impermanence,
C'est le grand souffle de l'existence.
C'est celui qui circule librement et qui fait et refait et défait continuellement notre monde.
Tout ce qui existe est soumis à sa loi de transformation.
Que ce soit du plus vaste des océans à la plus abrupte des montagnes,
Tout est touché par l'impermanence.
C'est sous son influence que le jour s'étend place à la nuit,
Que les semaines se succèdent,
Que les mois passent,
Que les saisons se suivent et que les années s'envolent.
Malgré que notre société soit obsédée par la jeunesse et la permanence,
Nos enfants grandissent,
Nos parents vieillissent,
Nos visages creusent de rides,
Nos cheveux grisonnent et nos corps changent.
Car rien ni personne n'est éternel.
Alors que notre monde glorifie le succès,
La renommée,
Le pouvoir,
La richesse,
Rien de tout cela ne perdure.
Et pourtant,
Je ne sais pas ce qu'il en est de vous,
Mais il m'arrive encore de croire ou d'espérer que certaines choses vont durer pour toujours.
Alors que l'existence m'apporte sans cesse des preuves que tout est transistoire,
Une part de moi continue de s'accrocher à chercher la permanence dans notre monde.
Et c'est une réaction des plus humaines qui soit.
Mais c'est aussi là la source de nos souffrances.
Je me rappelle que durant des années,
Cette fragilité de la vie m'angoissait littéralement.
Je n'arrivais pas à comprendre comment faire la paix avec le fait qu'un jour,
En raison de cette impermanence,
Tout ce que j'aimais était appelé à se transformer ou me serait retiré.
C'est parce que je n'avais pas compris l'aspect plus profond de cet enseignement.
Si tout passe,
S'applique à mes bonheurs,
À mes joies,
À mes succès,
L'impermanence m'assure aussi que mes angoisses,
Mes épreuves et mes expériences douloureuses auront elles aussi une fin.
Même au cœur d'une épreuve difficile,
Il ne faut jamais oublier que ces expériences ne sont que de passage.
Trop souvent,
On croit que nos difficultés seront permanentes,
Que nos épreuves ne finiront jamais,
Que nos problèmes sont là pour demeurer,
Que nos douleurs ne partiront pas.
Mais rien n'est permanent.
Tout a,
Tout finit par passer.
Et c'est peut-être là,
En ces mots,
Que se trouve le plus beau,
Le plus grand mystère de la vie,
Dans ce qu'on appelle simplement l'impermanence.
En fait,
Tout ce que l'on vit,
Tout ce que l'on ressent,
Tout est marqué du saut de l'éphémère.
Alors,
Comment fait-on pour vivre plus sereinement avec cet incessant mouvement de transformation?
Eh bien,
À cette grande question,
Il nous faudrait reprendre les mots d'Albert Einstein,
Qui dit ceci.
« Il n'existe que deux façons de vivre votre vie.
L'une,
Comme si rien n'était un miracle.
L'autre,
Comme si tout était un miracle.
» Si vous le permettez,
J'aimerais vous lire un passage de Toupasse.
« Pendant quelques instants,
Une pluie forte est tombée.
Maintenant,
Plus rien.
Sur la grande table de bois blanc devant moi,
Mon carnet est resté ouvert sur une page inachevée.
J'arrive à cette étape de la vie où je refuse de m'acharner.
Rien de l'impermanence ne s'écrira ce soir.
Tenter de brosser un tableau de ce mouvement perpétuel de l'existence,
C'est comme vouloir peindre une image à la surface de l'eau.
On peut posséder les plus beaux pinceaux,
Les outils les plus sophistiqués.
Rien ne s'y imprimera.
Le vertigineux temps touche et retouche tout ce qui a été,
Tout ce qui est,
Tout ce qui sera.
À quoi bon s'obstiner à vouloir décrire l'impermanence,
À vouloir la dépeindre sur papier?
Elle est ici,
Partout,
Ailleurs,
Toujours en mouvement.
Elle nous échappe continuellement.
Certes,
Il existe des choses,
Des situations,
Des relations,
Des souvenirs et des sentiments,
Comme des amours et des amitiés,
Qui durent longtemps,
Très longtemps,
Mais jamais éternellement.
Il suffit de regarder autour de nous pour comprendre et réaliser que rien n'est acquis pour toujours,
Alors que cette prise de conscience pourrait nous apparaître déprimante.
Au contraire,
C'est une invitation à vivre plus consciemment cet instant.
Mais comment fait-on pour vivre sereinement au cœur de ce perpétuel changement?
Eh bien,
Il existe une voie pour entrer en relation intime avec ce qui nous entoure.
C'est une façon d'être au monde qui permet de cultiver un sentiment d'unité avec les autres tout en nourrissant notre propre vie intérieure.
Il n'y a pas de plus bel apprentissage que celui de l'art de l'attention,
Car il conduit directement à l'acceptation du changement et de l'impermanence.
En ce sens,
Être en pleine attention,
C'est accueillir ce qui est.
L'attention est une faculté de notre esprit beaucoup plus vaste,
Plus ouverte,
Plus réceptive que la concentration.
Lorsque notre esprit est pleinement attentif,
Nous sommes présents à tout ce qui est,
À la fois dans notre monde intérieur et dans celui qui nous entoure.
J'aimerais vous en faire vivre l'expérience dès maintenant.
Tout en continuant de m'écouter,
À l'instant même,
Vous pouvez faire l'expérience vivante de l'attention.
Alors,
Tout en entendant ma voix,
Il n'y a aucun effort à faire que celui d'être là pleinement où vous êtes.
Ne changez rien.
Puis,
Tranquillement,
Déplacez votre regard autour de vous,
S'il vous est possible de le faire.
Et tout en m'entendant,
Portez une attention à ce qui vous entoure,
Les formes,
Les couleurs,
Les textures.
Et pendant que ma voix vous parvient,
Vous pouvez même sentir la connexion de vos pieds avec le sol ou celle de vos fessiers avec la chaise qui vous porte.
Écoutez les sons qui vous entourent.
Vivez pleinement cette expérience d'écouter,
De respirer,
De vivre,
Instant par instant.
Éventuellement,
Vous éprouverez une sensation d'espace en vous-même.
Peut-être pouvez-vous réaliser que de cet état peuvent naître la générosité,
L'humilité,
L'émerveillement,
Le respect spontané devant le caractère éphémère et sacré de la vie.
C'est la raison pour laquelle on ne devrait pas réserver l'art de l'attention à une séance méditative,
À une marche contemplative ou à une classe de yoga,
Mais en faire l'élément fondateur de notre vie entière.
Laissez-moi vous donner un autre exemple qui s'applique à notre vie de tous les jours.
Je sais qu'à première vue,
Ça peut paraître banal.
Mais en raison de la crise sanitaire en cours,
Nous devons nous laver les mains plusieurs fois par jour.
On pourrait le faire machinalement,
Mais ce serait une occasion ratée de pratiquer l'art de l'attention.
Par exemple,
Avant d'ouvrir le robinet,
Nous pourrions marquer une pause,
Si brève soit-elle,
Pour prêter attention à notre corps.
Est-il tendu ou détendu?
Notre esprit,
Lui,
Est-il calme,
Distrait ou agité?
Tout en respirant naturellement,
Nous pourrions sentir la solidité du sol sous nos pieds,
Écouter le bruit de l'eau,
Ressentir sa température et la texture du savon entre nos doigts,
Humer l'arôme qui se dégage de la mousse quand nous frottons nos mains.
Puis,
Juste avant de refermer le robinet,
Nous pourrions prendre une ou deux secondes pour savourer avec reconnaissance le simple fait d'être vivant.
En d'autres mots,
Pourquoi ne pas faire de ce geste quotidien un acte de pleine attention,
De pleine conscience?
Un tel état de présence peut transformer un geste quotidien devenu mécanique avec le temps en un véritable rituel.
Le poète Christian Bobin nous dit « Il faudrait accomplir toutes choses,
Et même les plus ordinaires,
Surtout les plus ordinaires,
Avec le plus grand soin et l'attention la plus vive,
Comme si le sort du monde et le cours des étoiles en dépendait.
» Pour moi,
Lorsque je prête attention à ce qui est là,
En moi et autour de moi,
J'ai l'impression de vivre un peu comme le suggérait Einstein,
Comme si tout était un miracle,
Et du coup je renoue avec le sens de l'émerveillement,
Et du coup je me sens tellement plus présente et plus vivante et plus disponible à accueillir l'impermanence.
Au final,
Pour raviver la beauté de vivre,
Il s'agit simplement de faire comme si tout était un miracle.
À la semaine prochaine.
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